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La (mauvaise) éducation sentimentale : comment les réseaux sociaux façonnent nos dérives amoureuses 2.0

Facebook, Instagram, Snapchat... Ces réseaux sociaux sont bien plus que des divertissements, ils ont également un impact incontestable sur notre comportement.

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La (mauvaise) éducation sentimentale : comment les réseaux sociaux façonnent nos dérives amoureuses 2.0

Les réseaux sociaux invitent à plus surveiller son partenaire amoureux.  Crédit Reuters

Atlantico : Une post doctorante en psychologie ainsi qu'une étude basée sur 156 étudiants malaisiens se sont intéressés aux "iDésorders". Il s'agit de troubles obsessionnels accentués par la présence sur les réseaux sociaux. Ce type de troubles n'est pas nouveau, ont-ils évolué avec l'impact des réseaux sociaux ? Comment ?

Sylvie Duchamp : Les réseaux sociaux sont, me semble-il, le moyen privilégié d’une frange de la population, et notamment les adolescents et jeunes adultes, pour entrer en contact avec l’autre.

La rencontre de l’autre parait se faire plus simplement par le biais d’un réseau social que dans la réalité. En effet un ensemble d’information sont accessibles d’emblée et les inhibitions qui peuvent freiner la rencontre de l’autre sont en partie levées – on est face à un écran et non face à la personne.

Mais l’individu reste le même avec ses névroses ou autres troubles indépendamment de sa présence sur les réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux sont un magnifique terrain de jeux où l’on peut observer tout cela de manière concentrée. Et comme sur tous terrain de jeux ces troubles apparaissent comme au travers d’une loupe grossissante.

Ce que cette étude met en évidence c’est l’exacerbation de la névrose obsessionnelle. Juste à titre de rappel, Freud définit la névrose obsessionnelle comme un entrelacs étroit entre le conflit œdipien et le conflit entre amour et haine. Les obsessions résultent du déséquilibre affectif lié à ce que la haine soit plus forte que l’amour.

Qu'est-ce qui, dans le principe des réseaux sociaux, grossit ces failles que nous avons tous ? Se manifestent-elles différemment chez chacun d'entre nous ? Peuvent-elles atteindre des proportions inquiétantes, voire dangereuses ?

On peut lire l’acte compulsif d’aller surveiller les faits et gestes de l’autre au travers des réseaux sociaux comme l’expression des doutes de ces personnes quand à le lien (amour) qui les unit. La composante de haine échappe à la conscience du sujet qui justifie son acte par des rationalisations. Les réseaux sociaux sont cette cour de recréation où ces compulsions trouvent toutes les possibilités d’expression. Tout est accessible en profusion, c’est une fenêtre grande ouverte sur l’autre. Sans limite.

L’étude met en évidence une différence entre homme et femme quand à cette propension à surveiller l’autre via Facebook. Je pense qu’il s’agit aussi de l’expression de symptômes différents. De manière très caricaturale, l’hystérique va chercher des éléments qui vont la rassurer que quelque chose dans la relation n’est pas satisfaisant et par là entretenir sa névrose. Le résultat paraît le même mais il est l’expression de conflits internes différents.

De plus, l’étude fait mention de l’attachement. Pour John Bowlby qui est l'initiateur des recherches cliniques modernes sur l’attachement, il est un besoin primaire comme d'être nourri, il ne découle d'aucun autre. Pour s'attacher à un adulte, le bébé développe un ensemble de réactions et comportements afin de s'assurer de la présence, de la proximité et de la disponibilité de la figure maternelle. Cet attachement existe chez tous les primates, mais il est vital pour les humains qui sont les plus démunis à la naissance, les plus longtemps dépendants de soins d'un adulte. Cependant, l'attachement, loin de n'être qu'une dépendance, est un moyen pour l'enfant de développer une sécurité qui le mènera vers la possibilité d'explorer autour de lui, puis vers l'autonomie. L’individuation (comme processus progressif de construction identitaire issu du mouvement de séparation et de différenciation  d’avec l’autre (mère ou substitut maternel)) de l’enfant se réalise par combinaison du maintien solide des ses attaches et par son ouverture vers le monde extérieur. Ce n’est que lorsque ses besoins de proximité sont satisfaits qu’il peut s’éloigner de la figure qui le sécurise sur le plan vital mais aussi affectif pour explorer ce qu’il ne connaît pas.

Cet attachement va aussi conditionner les comportements de chaque sujet sur les réseaux sociaux comme dans la réalité. Encore une fois les réseaux sont comme un aquarium au travers desquels on voit des comportements exacerbés.

 
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Sylvie Duchamp

Sylvie Duchamp est psychanalyste, psychologue clinicienne, (Master II pro, Master II recherché), université Paris Diderot. Consultation jeune adulte et adolescent à l’Hôpital Sainte-Anne et activité libérale.

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