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Mariage homosexuel, avortement, GPA, fin de vie… l’Europe sociétale dans un grand écart de plus en plus périlleux

Le processus d'intégration européenne n'empêche pas certains pays de l'Union à prendre des orientations différentes, notamment en ce qui concerne les questions sociétales. Des orientations qui dépendent de l'Histoire du pays, de ses choix politiques et qui produisent une Europe à plusieurs vitesses. Avec quelques surprises à la clé.

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Publié le - Mis à jour le 1 Janvier 2016
Mariage homosexuel, avortement, GPA, fin de vie… l’Europe sociétale dans un grand écart de plus en plus périlleux

Atlantico : La Slovénie vient de dire "non" au mariage gay. Comment s'inscrit ce positionnement sur cette question sociétale par rapport aux autres pays au sein de l'Union européenne, d'un point de vue sociologique ?

Jean-François Tchernia : Le "non" au mariage gay ne peut pas être traité de manière unifiée. Au sein d'un pays comme la France par exemple, on a bien vu qu'il y avait des mouvements hostiles qui s'exprimaient très fortement.

En revanche, on observe une tendance majoritaire dans l'Union européenne qui va vers davantage de tolérance sur les questions de société.

Au regard des analyses issues du Programme d'Etudes sur les valeurs des Européens - que nous menons depuis plus de 30 ans et qui a porté en 2008 sur plus de 40 pays européens -, on remarque en effet un mouvement consistant dans une plus grande libéralisation des mœurs au niveau de l'ensemble des pays européens. Cette tendance touche la plupart d'entre eux.

Le grand mouvement sur les valeurs qui se dessine en Europe, c'est celui de l'individualisation. On observe une tendance majoritaire vers la reconnaissance des droits de l'individu. L'épanouissement personnel est aujourd'hui la norme qui prévaut en Europe. C'est une notion qui passe par la tolérance. Cela signifie qu'il y a une acceptation des choix individuels du moment qu'ils ne nuisent pas à autrui. A cet égard, nos enquêtes montrent vraiment que cette tolérance a beaucoup grandi notamment sur les questions d'homosexualité, d'euthanasie et d'adultère.

Dans ce contexte, la Slovénie fait figure d'exception, même à l'intérieur d'un bloc constitué par les pays d'Europe de l'Est. Il y a en effet beaucoup de diversité au sein de ces pays : certains d'entre eux sont fortement sécularisés, d'autres sont beaucoup plus ancrés dans les traditions et la religion. Il est donc très difficile de parler d'un bloc des pays de l'Est. Il y a une trop grande diversité de valeurs au sein de ce bloc.

Quelles sont les différentes valeurs qui déterminent les prises de décisions des Etats au niveau européen et qui font qu'ils n'avancent pas à la même vitesse ?

Jean-François Tchernia : Au sein de l'Europe, on distingue d'abord deux grandes matrices culturelles qui sont liées à la religion: la matrice catholique et la matrice protestante. Celles-ci correspondent à des visions de la vie en société assez différentes. Dans les pays de matrice protestante, on observe une société plus collégiale, plus ouverte sur le travail collectif, avec une plus grande participation aux associations. Dans les pays catholiques, la société est plus hiérarchisée et attend davantage de l'Etat. Cette grande matrice-là imprègne largement les questions de valeur, notamment dans le domaine des questions liées aux mœurs et aux interactions sociales.

On distingue aussi les pays qui accordent une place importante à la religion (comme la Pologne ou l'Irlande) et les pays plus laïcisés (comme la France, les Pays-Bas ou la Belgique). Les premiers ont une morale chrétienne plus traditionnelle.

Un autre facteur qui peut jouer sur les questions de société est constitué par le développement économique. A ce niveau-là, il y a des différences importantes entre les pays. Ceux de l'Est et du Sud sont moins développés que les pays du Nord et de l'Ouest.

Il peut enfin aussi y avoir une influence politique. La plupart des gens qu'on interroge dans les pays d'Europe de l'Est ont connu le régime communiste et cela doit certainement encore beaucoup marquer au niveau des mouvements d'opinion.

 
Commentaires

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  • Par cloette - 26/12/2015 - 10:43 - Signaler un abus il aurait fallu un referendum

    On s'est moqué de l'avis du peuple Hollande a obéi aux Lobbies et à Obama qui veut imposer à l'Europe et au monde un nouveau droit de l'homme nullement évident on impose pas un changement de civilisation ( dixit C Taubira ) de cette façon !

  • Par cloette - 26/12/2015 - 10:54 - Signaler un abus La religion

    catholique n'a pas de rapport avec le refus du mariage gay comme pour l'avortement ou l'euthanasie : La Chine athée n'est pas complexée à ce propos et refuse ces nouveautés maritales !

  • Par Anguerrand - 26/12/2015 - 10:57 - Signaler un abus Sur toutes les questions sociétales en democratie

    En vraie democratie ( comme en Suisse avec la votation) la seule décision valable revient au peuple, c.-à-d. un référendum ou, seul le peuple décide de ce que sera son pays et sa vie. Quelle serait la réponse à un référendum sur l'immigration, l'islam, la peine de mort à l'heure des djihadistes criminels aveugles, le mariage homo et la GPA- PMA? Dans notre " democratie " ce sont dès auto proclamées élites de gauche bien pensantes qui décident ce qui est bien pour nous. Contre notre avis nous avons dès maintenant un pays qui est devenu un état sans Valeurs et un racisme qui ne fera que s'emplifier. Si nos parents ou grands parents voyaient la France actuelle pour laquelle ils se sont battus, pour certains morts, ils se demanderaient pourquoi ils se sont battus pour en arriver à un pays multiculturel que nous n'avons pas désiré.

  • Par winnie - 26/12/2015 - 11:58 - Signaler un abus la difference...

    C'est qu' en Slovénie, il y a eut un référendum, et s'il y en avait eu un en France le résultat aurait été non ! C'est d'ailleur pour cela que le gouvernement ne fait jamais de referendum dont il connait la réponse des Français. Encore une fois, il y a vraiment une europe a deux vitesses, celle qui est democratiques et la notre qui est devenue la dictaturede la pensee unique.

  • Par G.L. - 26/12/2015 - 13:19 - Signaler un abus la démocratie

    N'a pas toujours raison concernant les libertés individuelles. On a pas à demander au collectif ce qui concerne la vie privée des individus. La démocratie c'est la souveraineté du peuple mais c'est aussi la dictature de la majorité. La démocratie doit s'arrêter là où commence les droits naturels d'un individu.

  • Par vangog - 26/12/2015 - 13:25 - Signaler un abus D'avantage de tolérance?

    lorsque la gauche impose le mariage gay, contre l'avis majoritaire de sa population, qu'elle nie et réprime les manifestations des familles, qu'elle dévalorise et méprise les institutions solides qui ont résisté à l’écueil des siècles, va-t-elle vers la tolérance ou l'intolérance? Selon vous cela se nomme tolérance, selon moi c'est l'inverse, M. Tchernia! Bravo aux Polonais, Slovènes etc... de tolérer le "vrai mariage" et de ne pas tomber dans l'inversion gauchiste des valeurs, qui a prouvé qu'elle n'était jamais la tolérance...

  • Par cloette - 26/12/2015 - 14:53 - Signaler un abus vie privée

    Bien entendu les vies privées ne regardent en rien chacun , elles doivent être respectées , il s'agit dans cette affaire de tout autre chose , du droit des enfants tout simplement car il n'y a pas de droit à l'enfant cela n'existe pas , et de procréations dangereuses pour les dérives éthiques qu'ellespeuvent entrainer il y a des liens avec le transhumnisme et celui ci concerne l'humanité .

  • Par Le gorille - 27/12/2015 - 00:48 - Signaler un abus Evolution des sociétés ?

    "Comment voyez-vous l'avenir de l'UE en termes de l'évolution des questions de société au sein de l'UE ?" et la réponse qui tue : "Elle aura beaucoup de mal à imposer un modèle de société". Que faut-il en déduire ? C'est à l'ordre du jour ? Mais alors quel modèle ? Celui de la décadence ? Heureusement il y a un pourquoi : "Car elle ne trouvera pas de dénominateur commun." Désespérant et rassurant à la fois ! L'Europe a renié ses racines "chrétiennes", le socle qu'elle refuse, refus qui mène au désespoir, alors que l'adopter rassurerait, car ces "racines chrétiennes" sont le dénominateur commun justement !... Et donnerait une arme contre l'ennemi du jour !

  • Par Deudeuche - 27/12/2015 - 09:27 - Signaler un abus deux ennemis

    l'islamisme et le transhumanisme post-moderne. Les deux peuvent être alliés de circonstance pour des élections. Même tactiques de leur part, nier le droit à la parole, propagande par des médias aux ordres ou militantes, pratique du fait accompli décrit comme "le sens de l'histoire", et détournement des droits de l'homme devenus promotion d'un nouvel ordre sociétal..

  • Par Le gorille - 27/12/2015 - 19:53 - Signaler un abus Merci Deudeuche

    Je ne voyais qu'un ennemi. Le second est plus subtil, et vous l'appelez transhumanisme. Soit, même si je ne lui donne pas ce visage.

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Jean-François Tchernia

Jean-François Tchernia est consultant et professeur associé à Paris VII Diderot en sciences sociales

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Nicolas Hervieu

Nicolas Hervieu est juriste en droit public & droit européen des droits de l’homme. Il est ATER en droit public à l'Université Panthéon-Assas (Paris 2), doctorant au CREDOF à l'Université de Paris Ouest Nanterre La Défense, et responsable des Lettres “Actualités Droits-Libertés” (Revue des Droits de l’Homme - http://revdh.org/lettre-dl/)

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Jacques Rupnik

Jacques Rupnik est directeur de recherche au Centre d'Etudes et de Recherches Internationales (CERI) de Sciences Po, spécialiste de l'Europe centrale et des Balkans. Il est l'auteur de "Géopolitique de la démocratisation, l'Union européenne et ses voisinages".

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