Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 26 Mai 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

L’immigration dans les manuels scolaires

Afin de reconstituer la conception de l’immigration proposée aux enfants scolarisés en France, nous avons analysé vingt et un manuels d’histoire-géographie, parus de 1999 à 2014 et destinés aux classes de quatrième et de troisième du collège.

Derrière les discours stéréotypés

Publié le
L’immigration dans les manuels scolaires

Avec "Indigènes", des immigrés, dont Jamel Debbouze (photo), triomphent à Cannes : une vision enchantée de l’immigration. Le manuel demande : "En quoi ces comédiens représentent-ils l’intégration des immigrés dans la société française ?". Crédit Zoubeir Souissi / Reuters

On sait de longue date le caractère stéréotypé des discours tenus sur l’immigration dans l’espace politique et médiatique en France. On sait moins ce qu’en pensent les Français ordinaires. Des sondages existent, certes, mais ils se contentent d’apporter des réponses trop brèves à des questions trop sommaires. À défaut de pouvoir deviner ce que les Français pensent de l’immigration, il est possible de déterminer ce que l’école de la République les exhorte à en penser. Afin de reconstituer la conception de l’immigration proposée aux enfants scolarisés en France, nous avons analysé vingt et un manuels d’histoire-géographie, parus de 1999 à 2014 et destinés aux classes de quatrième et de troisième du collège.

Le discours de tous les manuels présente un haut degré de cohérence et de constance. En même temps, il donne à voir un certain nombre de contradictions qui semblent révélatrices non seulement d’une représentation de l’immigration, mais aussi d’une image que la société française cherche à construire d’elle-même, tout en l’inscrivant dans les cadres d’une véritable vision du monde, inculquée aux enfants par le truchement de l’enseignement scolaire.

La représentation que les manuels scolaires proposent de l’immigration est à la fois fortement positive et résolument rassurante. Le phénomène migratoire y est présenté comme quantitativement modeste et stable dans le temps ; s’il devait croître, il resterait néanmoins maîtrisé et limité. Les causes de l’immigration vers l’Europe en feraient un fait social inévitable et nécessaire : il résulterait d’un vieillissement démographique des sociétés européennes et d’une pénurie de la main-d’œuvre dans de nombreux secteurs de notre économie. Les effets de l’immigration sont présentés comme globalement bénéfiques pour les pays de départ et pour les pays d’accueil ; les éventuelles conséquences négatives sont peu nombreuses et de faible importance compte tenu des bénéfices considérables qui en résulteraient. De surcroît, les conséquences négatives ne constituent que des anomalies passagères, nullement liées à la nature même des migrations ; ce sont de simples paramètres de transition et de réajustement. Le jeu « gagnant-gagnant » est promis à satisfaire tout le monde, aussi bien le pauvre « Sud » que le riche « Nord », qui finiront par communier dans le « brassage des cultures » et l’« enrichissement culturel ». Le ton est optimiste, la vision idyllique. Les livres scolaires dépeignent un monde tel que l’on voudrait qu’il soit. Un monde auquel on voudrait que les Français croient.

Dialogue avec un Spectre

Pourtant, tous ne parviennent pas à y croire. L’école de la République construit son discours comme si elle voulait s’adresser à ceux qui doutent, comme si elle cherchait à les convaincre, à répondre à leurs appréhensions, à réfuter leurs arguments. Mais quels sont ces arguments ? Cela n’est pas dit. On ne dit pas non plus qui est l’adversaire dont il faudrait contrer les idées. Ses prises de position ne sont nulle part décrites, jamais affrontées dans un débat contradictoire. L’immigration – déclare un livre scolaire – n’est « ni invasion ni conquête ». Mais qui a dit que l’immigration était une invasion ou une conquête ? Les manuels s’adressent à un interlocuteur innommable. Ils semblent débattre avec un Spectre, argumenter contre un Spectre.

 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par ISABLEUE - 09/03/2016 - 09:59 - Signaler un abus On lui a raconté, à l'Indigeste, l'histoire des goumiers

    marocains, qui en 1944 violèrent des femmes et des enfants en Italie ?? Pas de film sur le sujet ???

  • Par tubixray - 09/03/2016 - 16:59 - Signaler un abus Conclusion pour les parents

    Passez en revue tous les livres, supports pédagogiques et cahiers / classeurs liés à l'histoire, la géographie et les lettres .... Il est de votre devoir de rectifier tout le contenu relevant du révisionnisme, du dogmatisme ou de la manipulation mentale .... Vaste travail ..... Enfin, précisez à vos enfants d'éviter de rapporter vos correctifs à leurs professeurs !

  • Par winnie - 10/03/2016 - 08:01 - Signaler un abus Nous savons tous...

    Nous,parents, que depuis les années 80 l'intoxication communautariste,la bien pensance,la diversité le genre étaient prones ,et dans les manuels et par les enseignants. Ce que nous disions il y a 20 ans était nier par les média et maintenant les média decouvrent le pot aux roses, c'est bizarre,pour quoi donc ?

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Wiktor Stoczkowski

Wiktor Stoczkowski, anthropologue, directeur d'études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) - PSL, chercheur au Laboratoire d’anthropologie sociale (Collège de France), École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) – PSL

Voir la bio en entier

Anastasia Krutikova

Anastasia Krutikova, Doctorante en anthropologie à L'École des hautes études en sciences sociales , École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) – PSL

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€