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Hausse de la CSG : le gouvernement osera-t-il essayer de rétablir
la compétitivité des entreprises
en transfèrant une partie du financement de la sécu aux salariés ?

Alors que le sommet social s'est ouvert lundi, Pierre Moscovici ne s'est pas déclaré opposé à une hausse de CSG si un consensus avec les syndicats se dégage. Objectif : transférer une partie du coût du financement de la sécurité sociale des entreprises aux salariés, afin de relancer la compétitivité. Une révolution pour un gouvernement de gauche ?

Salarié, tous frais payés

Publié le

Les débats actuels concernant un éventuel transfert de la CSG patronale aux salariés ont tout d’abord le mérite de rappeler cette évidence : le chômage en France est largement dû au coût trop élevé du travail, coût qui est aussi responsable de notre faible compétitivité. Sommes-nous pour autant devant les prémices d’un retour à une politique de l’offre ? On peut encore en douter, même si il y a huit mois je défendais précisément l’idée que, contrainte et forcée, la France finirait fatalement par se rendre à ce véritable Canossa idéologique [1].

Alors que des économistes tels que Philippe Aghion parlent - avec raison - du nécessaire « choc d’offre » qui pourrait seul relancer la croissance, les dispositifs complexes de transfert de la CSG dont on augmente par ailleurs le taux s’apparente beaucoup plus à des tours de passe-passe qu’à une politique économique volontariste en faveur des entreprises : on essaye surtout de masquer l’augmentation de la pression fiscale — alourdissement de la fiscalité pesant sur l’épargne, les placements, les revenus fonciers et les pensions — derrière des justifications plus facilement communicables.

En l’état actuel du projet gouvernemental, on parle d’une baisse de 5,5 points des cotisations patronales. C’est évidemment non négligeable, mais encore loin de « l’onde de choc en faveur des entreprises » dont parle le commissaire général à l’investissement Louis Gallois, et donne hélas surtout l’impression d’un Gouvernement manipulant des curseurs fiscaux de quelques crans pour continuer à colmater des déficits sociaux qu’il est incapable de maîtriser.

Il est frappant de constater combien l’Etat a peu d’idée de la psychologie élémentaire de l’entrepreneur. Les décisions d’embaucher ou la capacité à conquérir des nouveaux marchés à l’étranger dépendent d’un ensemble de facteurs dépassant de très loin les seules questions fiscales. L’atmosphère favorable à l’entreprise dépend sans doute bien plus de facteurs essentiels tels que la simplicité de l’environnement administratif et le degré de sécurité juridique. Or dans ces deux domaines, la France est un cauchemar pour les entreprises : la jungle de notre droit, la densité de nos règles sociales, la rigidité du contrat de travail et le tourbillon incessant des nouvelles normes et des palinodies créent l’ambiance la plus délétère qui soit pour celui qui entreprend.

La vérité, c’est qu’avec 44% de prélèvements obligatoires, le Gouvernement n’a aujourd’hui ni les moyens d’une réelle politique de la demande — et tant mieux, car elles ont prouvé leur inefficacité [2] — ni la volonté de mettre en œuvre une réelle politique de l’offre.

Si le Gouvernement commence à prendre conscience du fait qu’il n’y a ni emplois ni solidarité possibles sans activité économique — ô découverte ! —, qu’il en tire les conséquences et qu’il déroule enfin le tapis rouge aux entreprises à l’image de ce que le Royaume-Uni, on s’en souvient, sait faire depuis longtemps et se propose de faire encore.

Rompant avec les discours soupçonneux voire franchement comminatoires à l’égard de la sphère productive et de tous ceux qui ont réussi par leur travail, la France doit devenir un lieu accueillant à toutes les entreprises. Cela nécessiterait que l’on ose une révolution de notre logiciel de politique économique fondée sur le pragmatisme.

 

Notes

[1] « Le grand retour (forcé) des politiques de l’offre », La Tribune, 29/12/2011.

[2] Voir à ce sujet la tribune de F. Aftalion, « L’illusion de la relance par la dépense », Le Figaro, 29/05/2012

 
Commentaires

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  • Par le Gône - 10/07/2012 - 13:56 - Signaler un abus Que voulez vous...l'ENA..Sciences Po....Normale sup..

    aucunes de ces écoles ne preparent un entrepreneur..elles preparent toutes a être un haut fonctionaire infoutu de gerer un budget..infoutu de créer de la richesse...bref ce sont nos dirigeants actuels..ils n'ont jamais travaillé..ni pris aucunes decisions "personnel"..ils n'ont aucunes idées de ce qu'est une entreprise ni de ce qu'est le risque d'entreprendre...alors leur propositions nous savons tous deja qu'elles sont issues de la CGT ou CFDT ou encore FO..qu'elles concernent la fonction publique...point barre.

  • Par LSD - 11/07/2012 - 06:10 - Signaler un abus gouvernés

    par et pour les fonctionnaires . Il faut lire le livre de philippe némo ' la france aveuglée par le socialisme" C est pas demain la veille, a moins d un electrochoc, que les politicards francais changeront de disque, ils ont été formatés ainsi

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Olivier Babeau

Olivier Babeau est professeur de stratégie d’entreprise à l’université Paris 8. Il s'intéresse aux dynamiques concurrentielles liées au numérique. Parmi ses publications :  "La transgression ordinaire" (2011, Ed. Eska), "Devenez stratège de votre vie" (2012, éd. JC Lattès), "Le management expliqué par l'art" (2013, Ellipses).

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