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“Garde-corps”, le roman de la politique dans l’âpre

Virginie Martin, politologue et essayiste, livre un premier roman sans concession avec les cercles du pouvoir. Amoral et dur, mais aussi jouissif.

Madame la ministre

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“Garde-corps”, le roman de la politique dans l’âpre

Cécile Duflot éliminée, Nathalie Kosciusko-Morizet dans les choux… Si la période des primaires à la présidentielle raconte quelque chose de la politique actuelle, c’est bien la difficulté d’y être une femme. Et qui mieux qu’une politologue, féministe de surcroît, pour en parler ? Après divers travaux de recherche sur le Front National et un essai publié en 2015 (Ce monde qui nous échappe, pour un universalisme des différences, Editions de l'Aube), Virginie Martin a choisi cette fois-ci la forme du roman pour dire les nuances de gris – à tendance très sombre – de notre société.

Pendant que certaines rament pour obtenir leur part du pouvoir, son héroïne Gabrielle Clair, a réussi : elle est devenue ministre du Travail.

Et y gagne, en plus de ce titre qui fera si beau selon elle sur sa pierre tombale, l’accès aux ors de la République, ainsi qu’une voiture de fonction intérieur cuir qui devient vite familière. Un ventre chaud, quasi-maternel. Pourtant, son confort moelleux n’a pas grand-chose à voir avec l’enfance à Carnavet, dans le Var, ce pays sec aux pierres écrasées de soleil… Sauf que passé et présent vont se télescoper douloureusement, un chapitre bref et nerveux en chassant l’autre, au rythme d’enfer de la vie de Gabrielle Clair. Au cœur de l’intrigue, un viol. Et, gravitant autour, une technocrate idiote qui tient tout de la perruche, des journalistes attendant, caméras aux abois, qu’on trébuche sur le prix des chouquettes, mais aussi un ministre qu’on pourrait croire sympathique… avant qu’il n’apparaisse dans toute sa perversité au détour d’un SMS nocturne.

Toute ressemblance avec nos politiques n’est évidemment pas fortuite, et c’est là la force de ce roman âpre : nous emmener du côté de la fiction à suspens, puis, au détour d’une phrase, nous balancer en pleine figure que c’est bien dans ce monde-là que nous vivons. Un monde où on brise des petites filles, mais qui leur permet aussi de s’élever au sommet à coup de griffes et de crocs. Gare à la chute.

Garde-corps, de Virginie Martin. Lemieux éditeur, 176 pages, 15 €.

 
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Rosalie Avignon

Rosalie Avignon écrit sous pseudo.

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