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Fuite en avant européenne : Emmanuel Macron essaie de s’allier avec Mark Rutte, l’un se ses meilleurs ennemis

Selon des informations révélées par Politico Europe, La République en Marche se rapprocherait d'un accord européen avec l'ALDE, le parti libéral au niveau européen, au travers de discussions entre Emmanuel Macron et Mark Rutte, premier ministre néerlandais. A l'occasion d'une lettre ouverte aux électeurs, ce dernier avait pu déclarer, en s'adressant aux "personnes qui refusent de s'adapter, critiquent nos habitudes et rejettent nos valeurs" : « agissez normalement ou partez ». Emmanuel Macron songe donc à une "dream team" des libéraux, mais il oublie que premier ministre néerlandais s'est montré très ferme sur les question d'immigration et qu'il est responsable de l'échec du projet budgétaire européen.

Celui qui ne craignait pas la lèpre

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Fuite en avant européenne : Emmanuel Macron essaie de s’allier avec Mark Rutte, l’un se ses meilleurs ennemis

 Crédit Peter Dejong / POOL / AFP

Atlantico : En quoi les positions défendues par Mark Rutte, que cela soit sur l'immigration, ou la construction européenne, sont incohérentes avec celles défendues par Emmanuel Macron ?

 
Christophe Bouillaud : Sur l’immigration, il faut distinguer la pratique et les discours. Mark Rutte, à la tête du parti libéral, sous la pression des diverses extrêmes droites des Pays-Bas, a radicalisé son propos sur l’immigration. Au contraire, Emmanuel Macron a tenu une ligne centriste sur cette question lors de sa campagne de 2017. En pratique, par contre, depuis 2017,  le Ministère de l’intérieur a continué en France une politique de lutte contre l’immigration clandestine, que ne renierait sans doute pas Mark Rutte, et l’accent mis par la majorité LREM-MODEM sur l’intégration à la société française des immigrés est resté aussi comminatoire que peu financé.  La différence sur ce point tient au fait qu’en France, le Front national/Rassemblement national, installé dans le paysage politique français depuis les années 1980 que les extrêmes droites néerlandaises qui ne datent que du début des années 2000, est tellement propriétaire de certains propos, qu’il est difficile pour un politicien centriste de les reprendre sans donner l’impression de se rallier à ses thèses.
Mais au-delà de ces différences historiques et contextuelles, il faut bien dire que les libéraux Mark Rutte et Emmanuel Macron ne sont vraiment pas des « no borders »… 
 
Sur la construction européenne, c’est plus compliqué. Sur l’importance de frontières ouvertes au sein de l’Union aux biens, aux services, aux travailleurs et aux capitaux, sur l’idée même de « Grand Marché » européen, il n’y a pas de différence de conceptions, mais des désaccords d’intérêts. Les Pays-Bas sont en effet accusés d’être l’un des paradis fiscaux internes à l’Union européenne, ce que n’est pas vraiment la France.  Sur l’idée qu’à cette union de commerçants, s’ajoute une communauté de valeurs inscrites dans le droit positif depuis l’après-guerre, il y a là aussi accord. C’est l’aspect « progressiste » au sens où  dirigeants et  électeurs français de la LREM ou ceux des libéraux néerlandais sont contre le retour aux mœurs de la société ouest-européenne des années 1950, dominée par la religion, les hommes, les hétérosexuels, etc. Ils  ne font pas partie du « choc en retour » à toutes ces évolutions vers des mœurs plus libérales, qui donnent la primauté aux choix des individus, choc en retour qu’incarnent par exemple un Orban ou encore bien plus les dirigeants polonais actuels.
 
Par contre, sur l’évolution souhaitable de la gestion de la zone Euro, E. Macron et M. Rutte sont sur des positions très différentes : presque fédéraliste et discrètement post-keynésienne du côté Macron, totalement intergouvernementaliste et résolument ordo-libérale du côté Rutte. C’est en effet ce dernier qui a mobilisé huit pays pour dire non à toute idée d’avancée vers un budget plus élevé mis en commun entre Etats européens –  il est là bien en phase avec l’électorat néerlandais, qui ne veut pas du tout contribuer plus au pot commun. Cela correspond aussi au fait qu’historiquement les partis libéraux sont surtout présents en Scandinavie et au nord-ouest du continent, où l’électorat bourgeois, riche  et commerçant fait nombre, électorat peu partageux de ses richesses bien évidemment.
 
Il y a donc sur cette question de la gestion de  l’Euro une opposition majeure à ne pas négliger. On peut dire d’ailleurs la même chose pour  Ciudadanos, le parti espagnol, qui se rallierait aussi à l’ALDE.  A vrai dire, cela correspond déjà bien à l’ambiguïté totale du groupe ALDE au Parlement européen : il est censé être le groupe le plus fédéraliste, avec celui des Verts et celui du PSE, or, en pratique, ses partis nationaux sont très divisés sur la question, à la fois à cause des questions budgétaires et aussi à cause de leur côté nationaliste bien réel derrière cette façade. La tête du groupe, Guy Verhofstadt, fait partie des « grandes gueules » du fédéralisme européen, mais derrière, c’est autre chose…  
 
 
Commentaires

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  • Par vangog - 12/10/2018 - 09:30 - Signaler un abus Ratissage et démagogie!

    A force de vouloir ratisser large, il ne ratissera rien du tout Macrouille! Son projet politique multicommunautariste à la Kalergi a tourné court, et personne n’en veut en Europe...la GB, l’Italie, le groupe de Visgrad, la Hollande , l’Autriche disent non! c’est à Macron de changer totalement, ou de partir...mais Jupiter est-il capable de changer?...alors, dehors!

  • Par Ganesha - 12/10/2018 - 11:10 - Signaler un abus Macron est Libéral !

    Que Macron nous annonce que ses députés intégreront le groupe parlementaire Alde, cela présente au moins le mérite de la franchise et de la clarification ! Peut-on espérer que cela fera enfin taire les sinistres zigomars qui se ridiculisent en traitant Macron de ''Socialiste'' ?

  • Par Ganesha - 12/10/2018 - 11:12 - Signaler un abus Sondages français

    Pas mal de réalisme et de bon sens dans cet article... qui néglige cependant une information essentielle : il paraît probable que En Marche n'enverra qu'un petit nombre de députés au prochain parlement européen. Les sondages actuels qui annoncent des scores pratiquement équivalents pour les listes En Marche et Rassemblement National paraissent bien optimistes !

  • Par Ganesha - 12/10/2018 - 11:16 - Signaler un abus Sondages néerlandais ?

    Quant aux perspectives électorales aux Pays-Bas, je ne connais pas suffisamment bien la question. Mais, ne peut-on imaginer que dans ce pays également, un scrutin à la proportionnelle ne permette une belle poussée du Souverainisme ?

  • Par Beredan - 12/10/2018 - 12:03 - Signaler un abus Encore une louche de déconvenues et de camouflets ...

    ... et il osera de se papouilles à Orban et à Salvini ...

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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