Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 19 Novembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Forte hausse du nombre de migrants en provenance de Turquie : Erdogan remet la pression sur l’Union européenne

Selon plusieurs sources grecques, le nombre de migrants en provenance de Turquie aurait doublé depuis le coup d'état. Si cette variation est en partie la conséquence du putsch manqué, le passé a montré que l'importance des flux de la Turquie vers la Grèce était aussi le résultat des décisions du gouvernement turc. Ainsi, il semble que cette hausse du nombre de migrants sur les îles grecques résulte avant tout de la volonté d'Erdogan de faire pression sur l'Europe pour obtenir la suppression totale des visas pour les Turcs qui se rendent temporairement dans l'UE.

Bras de fer

Publié le - Mis à jour le 5 Août 2016
Forte hausse du nombre de migrants en provenance de Turquie : Erdogan remet la pression sur l’Union européenne

Atlantico : Selon plusieurs sources grecques, le nombre de migrants en provenance de Turquie aurait doublé depuis le putsch raté du 15 juillet 2016. Doit-on y voir une conséquence du putsch seule ?

Gérard-François Dumont : Ce serait une erreur de penser que la seule cause de l’augmentation du nombre de migrants passant de Turquie en Grèce depuis la mi-juillet 2016 ne serait que la conséquence du putsch raté du 15 juillet 2016 en Turquie. Depuis l’année 2015, les évolutions du nombre de ces migrants quittant les rivages de la Turquie pour rejoindre les îles grecques ont d’abord dépendu certes des causes de leur émigration de leur pays d’origine, mais, dans cette mer de transit qu’est la Méditerranée, des décisions du gouvernement turc et de son attitude vis-à-vis des passeurs.

Il y a eu les longs mois de 2015 et du début de 2016 pendant lesquels la Turquie s’est transformée en "autoroute à migrants". Puis la période postérieure aux accords du 18 mars 2016 entre l’UE et la Turquie où ce dernier pays, ayant obtenu ce qu’il demandait de l’UE, a décidé d’empêcher les départs de Turquie et, a priori, accepté le retour de Grèce vers la Turquie d’un nombre maximum de Syriens si l’UE réinstalle un nombre équivalent présent en Turquie, selon un principe du "1 pour 1".

La variation des flux de migrants de la Turquie vers la Grèce et leur augmentation depuis mi-juillet 2016 s'explique par plusieurs éléments : d’abord, un certain nombre d'immigrés présents en Turquie ne s'estiment pas bien traités – et ce n'est pas faux d’autant qu’il leur est impossible d’obtenir un statut de réfugié en Turquie- et espèrent qu'ils pourront profiter de meilleures conditions en venant en Grèce, et donc dans l’Union européenne. Ensuite, la Turquie veut obtenir la suppression totale des visas pour les Turcs qui se rendent temporairement dans l'UE et percevoir davantage d’aides financières. En troisième lieu, Erdogan considère que les négociations d’adhésion doivent être maintenues en dépit de l’accentuation liberticide de son régime à l’encontre de nombreux secteurs, dont les députés du HDP (Parti démocratique des peuples), la presse, la justice et l’enseignement supérieur, ou de son intention de rétablir la peine de mort en Turquie. En outre, depuis le putsch raté du 15 juillet, le président turc Erdogan veut faire taire l’UE sur sa politique d’étouffement des libertés en Turquie.

Enfin, à la suite du putsch, un nouveau conflit s'est ouvert avec la Grèce puisque une quinzaine de Turcs ont demandé refuge en Grèce. Or le gouvernement Erdogan demande que la Grèce leur refuse tout droit à demander l’asile et lui renvoie ses personnes. La Turquie d'Erdogan impose donc un rapport de force pour faire pression et montrer qu'elle peut, une fois encore, menacer l'UE. Pour montrer que ses menaces, proférées à nouveau le 25 juillet 2016 lors d’un long entretien à la chaine allemande publique de télévision ARD, ne sont pas théoriques, Erdogan utilise probablement, comme précédemment, la question des migrants. Et cela avec succès, puisque l’UE est d’une discrétion exemplaire sur la dérive autoritaire en Turquie.

A ce stade, peut-on considérer qu'il y a eu une erreur de diagnostic lors de l'élaboration de l'accord avec la Turquie ?

Dès l’origine, l’accord sur les migrants entre la Turquie et l’UE est à la fois plutôt hypocrite et asymétrique. Du côté de la Turquie, ce pays n’est pas prêt à adhérer à l’UE tout simplement parce qu’il n’a pas l’intention de transférer des parts de souveraineté à Bruxelles, ni intérêt à respecter les règlements et les directives de l’UE. Du côté de l’UE, l’attitude utopique de ceux qui ont décidé le 3 octobre 2005 de tout mettre en œuvre pour permettre l’entrée de la Turquie dans l’UE a fait long feu. Qui peut penser que l'UE, confrontée à nombre d’enjeux – les migrants, le Brexit, l’euro, la liberté de circulation, le fonctionnement de Schengen… - est en état de réussir l’adhésion d’un pays de 78 millions d’habitants, dont le poids démographique va rapidement dépasser celui de l’Allemagne, sachant en outre que sa partie orientale est sous régime militaire, que ses frontières vont jusqu’à la Syrie, l’Irak ou l’Iran et dont l’héritage historique est fort différent de celui des peuples d’Europe[1] ? Quant à l’aspect asymétrique de l’accord, il tient à ce que l’UE a accepté les conditions mises par la Turquie sans nullement régler la question des migrants de façon structurelle.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Anguerrand - 03/08/2016 - 14:32 - Signaler un abus La vengeance d'un dictateur qui a réussi à se débarrasser

    de toute son opposition. Pas si fou cet islamiste, il y a de fortes chances qu'il ait tramé ce coup d'état pour arriver à ses fins, à savoir il est devenu le chef sans contre partie, en fait une vraie dictature. Pour se venger de nos condamnations, il ouvre ses frontières pour nous faire cadeau de milliers d'immigrés. Il nous tient maintenant re par les C.....

  • Par vangog - 03/08/2016 - 16:40 - Signaler un abus Invasion arabo-musulmane, non?

    Avec son "immigration arabo-musulmane", Nadine Morano n'était pas si loin de la réalité...encore un effort, Nadine, tu es proche des de la solution!

  • Par D'AMATO - 03/08/2016 - 23:24 - Signaler un abus ERDOGAN à l'EUROPE......:

    ...."On revoit les accords: Vous me mettrez trois kilos de dièses en plus et vous me retirez tous les bémols !!!! VU? (on pourrait aussi dire les BE-MOUS). "Bien Maestro".......

  • Par Anguerrand - 04/08/2016 - 06:12 - Signaler un abus Hollande...mais il n'a rien compris, c'est pas une lumière non..

    plus. Quand il aura compris qu'il a passé un marché de dupe, que Erdogan a réussi, qu'il voulait simplement mettre ses opposants en prison apres de " légères tortures" . Le marché etait; on garde des immigrants, vous nous payez 6 milliards, il n'a pas compris que signer un marché avec un musulman revient à lui donner du papier toilette.

  • Par Olivier62 - 05/08/2016 - 10:40 - Signaler un abus Chantage Turc et complicité de l'UE

    D'un côté il y a la Turquie et son dictateur Erdogan, qui rêve de devenir Sultan et de rétablir l'empire Ottoman, au service de l'expansionnisme islamique. Son objectif est de coloniser les balkans avec une immigration turque de masse. De l'autre l'UE, grand corps mou ouvert à tous les vents et à toutes les corruptions, destinée par définition à la liquidation des souverainetés et des identités des peuples européens, et qui organise sciemment l'immigration de remplacement (au point de la marine italienne, aux lieu de protéger les côtes de son pays, va chercher les migrants dans les eaux territoriales libyennes pour les amener en Europe !). Pas étonnant que les Anglais, pas fous, aient abandonné ce Titanic...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Gérard-François Dumont

Gérard-François Dumont est géographe, économiste et démographe, professeur à l'université à Paris IV-Sorbonne, président de la revue Population & Avenir, auteur notamment de Populations et Territoires de France en 2030 (L’Harmattan), et de Géopolitique de l’Europe (Armand Colin).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€