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Faut-il s'inquiéter de voir les Etats-Unis réduire leur budget de défense ?

Le secrétaire américain à la Défense vient d'annoncer une coupe de 41 milliards de dollars dans le budget de la défense d'ici fin septembre.

G.I. Joe

Publié le - Mis à jour le 17 Avril 2013
Faut-il s'inquiéter de voir les Etats-Unis réduire leur budget de défense ?

Le budget de la défense américaine sera amputé de 41 milliards de dollars d'ici septembre. Crédit Reuters

Atlantico : Le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel a annoncé une coupe de 41 milliards de dollars dans le budget de la défense d’ici fin septembre. D’après lui les économies devraient même se porter à « 500 milliards supplémentaires au cours de la prochaine décennie ». Quelles peuvent être les conséquences sur la scène internationale ?

Jean-Sylvestre Mongrenier : Il s’agit plus d’une rationalisation des choix et d’un redéploiement des moyens militaires que d’une rétraction d’ampleur des dépenses militaires américaines. Ces réductions de dépense doivent être mises en rapport avec leur forte progression suite aux attentats terroristes du 11 septembre 2001 (on sait que les dépenses militaires américaines représentent plus des deux cinquièmes du total mondial). La logique américaine est de se recentrer sur un certain nombre de régions-clefs, de partager le « fardeau » (« burden sharing »)  avec leurs alliés dans lesdites régions et de n’intervenir que de manière sélective si nécessaire et après avoir épuisé les ressources de la diplomatie.

Avec le retrait d’Irak et, à court terme, d’Afghanistan (il devrait rester quelques troupes américaines après 2014), nous sortons d’une ère plus interventionniste. Cela ne signifie pas que les Etats-Unis se désintéressent des zones les plus importantes et/ou les plus belligènes. Que l’on songe simplement à l’Iran, son programme nucléaire et à ce que signifierait une prolifération en cascade au Moyen-Orient ? Observons encore la détérioration des choses dans la péninsule coréenne et les menaces brandies par Pyongyang à l’encontre des Etats-Unis, de la Corée du Sud et du Japon. Comment les Etats-Unis pourraient-ils s’abstraire de ces régions? Plus généralement, la rotondité de la Terre et la « mondialisation-globalisation » sont des faits géostratégiques. Dans ce nouvel âge global, les Etats-Unis chercheront  à maintenir leur suprématie et ils n’ont d’ailleurs guère le choix. Le « monde multipolaire » n’est qu’une rhétorique, apaisante pour les uns, teintée d’hostilité pour les autres. La réalité correspond plutôt à un monde polycentrique et déséquilibré dans lequel les Etats-Unis demeurent au premier rang.

La « frilosité » des Américains par rapport à l’intervention française au Mali ne participe-t-elle pas d'une révision de leurs ambitions militaires ? Les Etats-Unis sont-ils en train de renouer avec la tradition isolationniste, même lorsqu’il s’agit de lutter contre le terrorisme djihadiste ?

Il faudrait pouvoir s’étendre plus longuement sur ce que l’on considère être la tradition isolationniste américaine. Le développement historique des Etats-Unis ne peut être pensé et compris indépendamment du phénomène d’expansion impériale de l’Occident, aux XVIIIe et XIXe siècles.  La « cosmologie impériale » qui s’élabore à cette époque dans les cercles de pouvoir américains fait écho aux discours et représentations géopolitiques des grandes puissances européennes d’alors.  Ainsi les Etats-Unis sont-ils les héritiers des pouvoirs historiques de l’Occident et, d’une certaine manière, l’hégémonie américaine perpétue celle des puissances européennes. Avec l’affirmation des « puissances émergentes », c’est une chose que l’on commence à saisir et à entrevoir plus ou moins clairement toutes les implications et les dangers.  Le recul des Etats-Unis au plan international n’irait certainement pas dans le sens d’une « Europe une et libre », c’est-à-dire une sorte de confédération européenne plus affirmée sur la scène mondiale ; un monde « post-américain » serait plus encore post-européen, ce qui devrait inquiéter les élites et les opinions en Europe. La posture du vieux sage hégélien, sorti de l’Histoire, est une imposture.

 
Commentaires

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  • Par jlbaty - 15/04/2013 - 11:30 - Signaler un abus c ' est pas un soucis

    X armes à feu par habitant

  • Par EOLE - 15/04/2013 - 15:34 - Signaler un abus It's peanuts: ...

    ... à peine le budget français de la défense.

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie et chercheur à l'Institut Français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

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