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Facebook sert-il vraiment à ce que tente d’en expliquer Mark Zuckerberg au Congrès américain ?

Le patron américain a longuement répondu aux questions des sénateurs américains et a insisté notamment sur l'utilité sociale de Facebook.

Utilité sociale

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Facebook sert-il vraiment à ce que tente d’en expliquer Mark Zuckerberg au Congrès américain ?

 Crédit Reuters

Atlantico : Mark Zuckerberg s'est exprimé face au Congrès américain, mercredi 10 avril. Dans son texte, il rappelle notamment l'utilité sociale de Facebook, expliquant que l'entreprise a permis la propagation de mouvements comme MeToo, ou encore de récolter des fonds après l'ouragan Harvey. Mais alors que les réseaux sociaux se multiplient, qu'Instagram et Twitter semblent plus puissants que jamais, l'utilité sociale de Facebook est-elle toujours réelle ? 

Dominique Boullier : Oui, forcément, parce qu'il y quand même toujours 2 milliards d'utilisateurs qui ont un degré d'activité très variable. Le problème, c'est que Mark Zuckerberg a souvent tendance à se présenter comme celui qui a créé LE réseau social. Il oublie qu'il y avait, avant que Facebook soit constitué, Myspace, Friendster, Cyworld en Corée... Des réseaux sociaux qui marchaient très bien. Et la particularité, c'est que Zuckerberg a réussi, en créant un monopole de fait, à éradiquer ses concurrents. Ce qui est très important, c'est de se rendre compte que tous ces réseaux sociaux bénéficient de ce qu'on appelle un "effet réseau", c'est-à-dire qu'un nouvel entrant a toujours plus d'utilité, plus d'avantages, à aller sur un réseau où il y a déjà plein de monde - donc forcément des gens que vous connaissez -, que d'aller sur un réseau moins populaire. 

Donc Facebook a un rôle similaire à celui des autres réseaux et médias sociaux, mais aussi une responsabilité par le fait qu'il est devenu le réseau social dominant, quasi-monopolistique. Parce qu'à côté, Twitter, Instagram, par exemple, ont d'autres fonctions et ne fonctionnent pas de la même façon. 

On pourrait se dire, quand les gens voient les problèmes qu'il y a avec Facebook, qu'ils vont se déconnecter. Or, il faut bien comprendre qu'on a créé une forme de service qui est d'utilité publique, d'une certaine façon. C'est ce principe de connectivité - avec des proches, d'une part, et avec certains types de fonctionnalités - qui n'existait pas avant et fait que les gens ne peuvent pas s'en passer. 

Le problème, c'est que Mark Zuckerberg a toujours une vision morale des affaires. Il distingue les bonnes choses et les mauvaises choses. Et pour lui, les bonnes choses sont les bonnes causes. Facebook est donc, pour Mark Zuckerberg, l'outil d'une cause juste. En réalité, Facebook est devenu un amplificateur de tous types de mouvements sociaux, y compris xénophobes, etc.

Eric Delcroix : Pour clarifier une chose, d'abord, Tweeter ou Instagram sont des médias sociaux. Il y a une grosse différence avec la notion de médias sociaux. Sur les réseaux sociaux, je suis obligé de m'inscrire et lorsque je prends un compte, chaque personne décide si elle m'autorise à la suivre ou pas. Alors que dans les médias sociaux, c'est complètement différent : n'importe qui peut suivre n'importe quelle personne. Et la particularité des réseaux sociaux, c'est qu'ils sont en réalité très peu nombreux. Il y a Facebook, Linkedin, Myspace - qui existe toujours -, Google avec son Google Plus, et c'est tout. Et le rôle qu'ils ont est complètement différent, ce n'est pas un média à proprement parler. Les gens commencent à mettre leur CV, leurs activités, et discutent avec leurs pairs autour de cela. Et contrairement à ce qui se dit souvent - à savoir que les jeunes ne vont plus sur Facebook -, les jeunes sont encore nombreux sur Facebook, mais l'utilisent beaucoup moins qu'auparavant parce qu'il y a d'autres outils complémentaires.

Concernant l'utilité sociale de Facebook, on peut parler de liens forts et de liens faibles, des notions sociologiques. Les liens forts concernent toutes les personnes que l'on côtoie tous les jours : la famille, les gens avec lesquels on travaille, etc. Et les liens faibles, ce sont les personnes que l'on voit une fois de temps en temps, par exemple les gens que l'on rencontre aux enterrements ou aux mariages, que l'on voit rarement, mais que l'on connaît. Ainsi, dans les années 60, une étude avait montré que l'on trouvait du travail par le lien faible et non par le lien fort. Et quand on parle des "amis" sur Facebook, c'est typiquement du lien faible. Et on a besoin de ce lien faible pour exister et pour se comporter socialement.
 

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 11/04/2018 - 10:38 - Signaler un abus A quand un vrai débat ?

    Bien que la question soit posée (tardivement), pas de réponse sur le vol des données personnelles, alors que c'est le principal voire le seul vrai problème. On préfère s'attarder sur l'utilité sociale prétendument indispensable de Facebook, sur les fake news, sur les ingérences politiques, et la conclusion est que tout va bien. Non, messieurs, tout ne va pas bien ! Le modèle économique de Facebook repose sur ce vol permanent, et sur l'intrusion dans la vie privée que ça suppose. Les vraies ingérences sont celles de Facebook lui-même, qui veut régenter toute la vie de ses membres, pour les guider comme des automates télécommandés. Le rêve des dictateurs. Et Facebook a plus de 2 milliards de zombies potentiels dans le creux de sa main...

  • Par Citoyen-libre - 11/04/2018 - 11:00 - Signaler un abus On va voir, mais c'est tout vu

    La nouvelle loi entre en vigueur au mois de mai. Cela fait 20 ans que les Gafa volent les données sur la vie privée des gens. Demain tout sera connecté ; voiture (déplacement, destination), maison : frigo, messagerie, caméra surveillance, la santé, la politique, l'énergie, les entreprises, etc. Qui assura la protections des données toutes récupérées dans les clouds. Le contournement des lois va devenir un sport mondial. Qui va s'opposer à Google ? Les données volées sont le marché du siècle. Il est colossal. Et le pire, c'est que celui qui voudra y échapper paraîtra suspect, selon cette magnifique phrase que les imbéciles sortent systématiquement : "moi, je n'ai rien à cacher".

  • Par Essen - 11/04/2018 - 17:37 - Signaler un abus Social ???

    Zuckerberg n'a jamais eu la fibre sociale, c'est n'importe quoi !!! Il ne veut que faire toujours plus de fric en abusant de la crédulité des gens. Rien à dire de plus !

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Dominique Boullier

Dominique Boullier est professeur de sociologie à SciencesPo. Il est également coordinateur scientifique pour le MédiaLab et possède son propre site dominiqueboullier.com . Il est également l'auteur de "l'urbanité numérique.Essai sur la troisième ville en 2100" (L'harmattan 1999.)

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Eric Delcroix

Eric Delcroix est conférencier et consultant, spécialiste du web 2.0, des réseaux sociaux et de l'identité numérique. Il a notamment participé à l'ouvrage Les réseaux sociaux sont-ils nos amis ?, paru en juin 2012.

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