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Il n’est de richesses que d’hommes : ce que la démographie va changer dans les rapports de puissance entre Etats européens

Les projections démographiques européennes à horizon 2050 laissent présager une modification des forces en présence au sein de l'Union européenne.

Agenda 2050

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Il n’est de richesses que d’hommes : ce que la démographie va changer dans les rapports de puissance entre Etats européens

Atlantico : En quoi ces changements démographiques pourraient ils redessiner la carte du pouvoir européen ?

Laurent Chalard : Rappelons que la répartition des sièges au parlement européen se fait, en large partie, en fonction de la taille démographique des pays membres. A l’heure actuelle, l’Allemagne (82 millions d’habitants), pays le plus peuplé de l’Union Européenne dispose de 96 sièges, devant la France (65 millions d’habitants pour la France métropolitaine) et l’Italie (60,5 millions d’habitants), avec respectivement 74 et 73 sièges, suivis de l’Espagne (46 millions d’habitants) avec 54 sièges. Les petits pays, comme le Luxembourg (550 000 habitants) et Malte (400 000 habitants), n’ont que 6 sièges.

En conséquence, les évolutions démographiques futures peuvent potentiellement entraîner des changements du nombre de représentant par pays, si elles venaient à s’avérer franches, c’est-à-dire que certains Etats verraient leur population augmenter sensiblement, alors que d’autres la verraient décliner.

Or, les projections démographiques à horizon 2050 témoigneraient d’évolutions contrastées selon les pays européens. D’un côté, il se constaterait une croissance de la population importante dans quelques petits Etats comme l’Irlande, la Suède et la Suisse, et une croissance modérée dans un seul grand pays, la France. A contrario, dans les autres grands Etats européens, la population diminuerait plus (en Allemagne et en Italie) ou moins (en Espagne) sensiblement. Les plus fortes baisses se situeraient dans les pays baltes, en Hongrie, en Roumanie et en Bulgarie.

Ces évolutions projetées ne laissent pas penser qu’il y aurait un bouleversement considérable des rapports de force au sein de l’Union, la seule exception étant la France, qui verrait son poids démographique se renforcer par rapport aux autres grands pays.

Cependant, ces projections sont à prendre avec précaution car la variable migratoire est imprévisible. Par exemple, personne n’avait envisagé le boom migratoire allemand de ces dernières années, qui a permis au pays de voir sa population croître, alors que cette dernière aurait dû diminuer sans immigration de masse.

Edouard Husson : La carte est intéressante puisqu'elle révèle des contrastes qui ne correspondent pas aux oppositions classiques. Il n'y a pas de contraste, par exemple, entre une Europe du Nord, de tradition protestante et une Europe du Sud qui hérite du catholicisme. On a un clivage entre une Europe du Nord-Ouest, y compris la France, qui affiche un véritable dynamisme démographique - avec un coin enfoncé dans la zone de dépression démographique comprenant Suisse et Autriche. La zone de dépression démographique comprend la plus grande partie de la carte, elle inclut la Russie mais le coeur de l'effondrement de population se trouve en Europe orientale selon un axe qui va de l'ancienne Yougoslavie à l'Ukraine. Il est difficile de trouver un facteur unique d'explication. L'accès des femmes, non seulement au marché du travail mais à un vrai dispositif de soutien (infrastructures d'accueil des enfants en bas âge, congés parentaux etc....) joue certainement un rôle, par exemple pour expliquer le dynamisme relatif de la Scandinavie par opposition au déclin allemand ou européen du Sud. Ailleurs, il y a les malheures du XXè siècle: héritage de l'ancien empire soviétique; destruction de la Yougoslavie pour expliquer une démographie stagnante. La pratique religieuse encore forte en milieu catholique n'explique pas le contraste entre la Pologne (terre d'émigration)  et l'Irlande. La culture germanophone partagée n'empêche pas un fort contraste entre l'Allemagne d'un côté et la Suisse ou l'Autriche de l'autre. Constatons simplement le dynamisme d'une Europe largement tournée vers la façade atlantique. Au coeur de cette zone, on trouve la Grande-Bretagne.

 
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Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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