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Derrière le conflit commercial entre Etats-Unis et Chine, l’éléphant rose allemand dans la pièce de la mondialisation

En période de tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, l'Allemagne tente d'apaiser les discussions afin de se mettre elle-même, et plus largement l'Union européenne, à l'abri d'une potentielle réplique.

Guerre commerciale

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Derrière le conflit commercial entre Etats-Unis et Chine, l’éléphant rose allemand dans la pièce de la mondialisation

 Crédit PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

Altantico : Dans un contexte dominé par un affrontement commercial entre la Chine et les Etats Unis, le journal Le Monde révélait la position embarrassée de l'Allemagne qui aurait "les guibolles faiblardes", et tenterait ainsi de concilier ses relations aussi bien avec Pékin qu'avec Washington. Comment comprendre cette attitude de Berlin ? Faut-il voir dans l'embarras allemand une volonté de préserver sa position commerciale, elle aussi largement excédentaire vis à vis du reste du monde ? 

Rémi Bourgeot : L’Allemagne est au cœur des critiques commerciales américaines depuis plusieurs années aux côtés de la Chine.

Donald Trump a ciblé l’Allemagne, et son industrie automobile, dans ses déclarations à de nombreuses reprises, avant de se concentrer ces dernières semaines sur la Chine. Sous Barack Obama, l’administration américaine et le monde économique américain soulignaient déjà avec insistance le problème de l’excédent commercial allemand et des distorsions économiques qu’il implique.

Les excédents chinois et allemand vis-à-vis des Etats-Unis ne sont pas du même ordre. A première vue, la Chine reste le problème numéro un en matière commerciale pour l’administration américaine, avec son excédent bilatéral en marchandises de 375 milliards de dollars. Par ailleurs, ce déficit bilatéral considérable (qui équivaut à environ 2% du PIB) s’est développé dans un contexte de sous-évaluation très marquée du taux de change jusque dans les années 2000 et d’une politique de protection du marché intérieur et d’exigences fortes en termes de transferts de technologie au travers de joint-ventures. Ces protections et cette politique très active de transferts de technologie continue aujourd’hui de façon décisive, malgré le début de réorientation vers la demande intérieure et de montée en gamme technologique.

L’excédent bilatéral allemand de 65 milliards de dollars est certes moins élevé, mais relève d’une dynamique également problématique, car il se concentre en particulier sur des produits plus sophistiqués. On ne peut évidemment pas reprendre dans le cas de la relation germano-américaine la rengaine selon laquelle le déséquilibre ne toucherait au fond que des emplois peu qualifiés voués à disparaître… Naturellement les origines de ce déséquilibre sont moins criantes que dans le cas chinois. La compression salariale pratiquée dans le cadre de l’euro n’entre pas dans la définition de la manipulation monétaire stricto sensu. Mais le fait que le phénomène de réorientation à tous prix vers les exportations ait été étendu à l’ensemble de la zone euro rend le problème d’autant plus vif pour l’économie mondiale.

Par ailleurs, quand les investissements chinois aux Etats-Unis visent directement des transferts de technologie, de façon différente l’industrie allemande développe outre-Atlantique d’importants sites de production, en particulier dans l’industrie automobile. Les menaces de mesures contre les marques allemandes de la part de Trump ne prennent pas en compte cette réalité. Pour autant on ne peut nier l’importance de la localisation géographique de la conception et son impact sur la dynamique industrielle américaine. On ne peut comparer la dynamique industrielle liée au couplage entre conception et production d’un côté et le simple rôle d’assemblage de l’autre.

 
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  • Par Labarthe - 07/04/2018 - 15:19 - Signaler un abus Solidarité?

    Faut-il vraiment être solidaire avec la politique économique allemande. Elle s’est caractérisée par son manque de solidarité avec une grande partie de l’Europe. Cette politique a entraîné une paupérisation des pays du Sud. Surtout que les discours de Mme Merkel n’ont laissé aucun doute, entre la Chine, les USA et l’Europe ou plutôt les pays du sud, la chancelière ne choisira jamais les pays du sud, dont nous faisons partie. Par ailleurs le capitalisme financier Européen ( c’est à dire allemand) ou Américain a voulu jouer avec la Chine avec des raisonnements du type « pas de problème,de toute façon nous aurons toujours une avance technologique. On va maintenant payer très cher cette erreur de raisonnement et le mépris qui en est à la base.

  • Par ajm - 07/04/2018 - 16:13 - Signaler un abus L'Allemagne et l'Europe à la croisée des chemins.

    Très bon article de RB comme dab. L'Allemagne va devoir faire des choix, coincée entre les récriminations de l'Europe du Sud, la méfiance et l'hostilité à peine cachée des USA, l'agressivité militaro-diplomatique de la Russie de Poutine, l'impérialisme économique Chinois, le retrait de la GB et l'exaspération anti-migratoire de ses voisins de l'Est. Jouer sur tous les tableaux en s'abritant derrière les murs vertueux de la Bundesbank et de l'ordoliberalisme n'est plus tenable. L'ambiguïté opportuniste mâtinée de moralisme luthérien de la mère Merkel est arrivée au bout de son chemin. S'embrasser avec le jeune Macron avec quelques mesures symboliques à la clé ne permettra pas de faire illusion longtemps.

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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