Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 17 Août 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Décentralisation : l’effet TGV n’a pas du tout été celui qu’on attendait

A l'opposé du résultat de désenclavement espéré, la constitution du réseau TGV a renforcé la centralisation du territoire français.

A l’inverse

Publié le
Décentralisation : l’effet TGV n’a pas du tout été celui qu’on attendait

 Crédit JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Atlantico : Selon un article publié par le CEPR, les économistes Pauline Charnoz, Claire Lelarge et Corentin Trevien ont pu mettre en évidence que, à l'opposé du résultat de désenclavement espéré, l'extension du tout TGV en France a pu mener à un renforcement de la centralisation. Comment expliquer un tel résultat ?

Laurent Chalard : Le résultat de ce travail, s’inscrivant dans le prolongement d’autres études qui avaient montré que le TGV n’avait quasiment aucun impact positif sur la dynamique économique des villes moyennes bénéficiant d’une desserte, n’a rien de surprenant. En effet, la constitution du réseau TGV a renforcé la centralisation du territoire français, plutôt que le contraire, pour la simple raison qu’il a été pensé lors de sa création comme un moyen de réduire la distance-temps entre Paris et le reste du territoire, les principales lignes partant et se dirigeant vers Paris, renforçant son rôle de plaque-tournante du pays.

L’Etat français n’a pas su, ou plus vraisemblablement n’a pas voulu (il suffit de voir les difficultés à construire des lignes transversales ne passant pas par Paris), sortir de la logique centralisatrice du réseau de chemin de fer en étoile autour de la capitale, hérité du XIX° siècle. L’emprise parisienne, et accessoirement des métropoles de rang 2, sur le territoire s’est donc accentuée, le réseau TGV contribuant au renforcement de la concentration des emplois du tertiaire supérieur à Paris et dans les autres grandes métropoles.

Si le TGV ne parvient à remplir cet objectif de décentralisation, quelles peuvent être les alternatives ?

De par ses caractéristiques, une desserte essentiellement des grandes métropoles, le TGV ne peut effectivement guère constituer un élément majeur d’une politique d’aménagement du territoire visant à une décentralisation, même si la construction d’une transversale Bordeaux-Toulouse-Méditerranée, pourrait éventuellement jouer un rôle dans ce sens, permettant l’émergence d’un axe non centré sur Paris. ​En effet, même si cela est « environnementalement incorrect », à l’heure actuelle, le développement du réseau autoroutier, par son maillage et l'existence de nombreuses sorties, est le seul à avoir eu un effet plus positif sur l'aménagement du territoire, dans le sens qu'il a permis à certaines villes petites ou moyennes d'en bénéficier (même si d'autres non desservies en ont souffert) car les emplois créés ne sont pas forcément qualifiés (comme dans le commerce ou la logistique par exemple), alors que le TGV n'a bénéficié qu'aux grandes métropoles car les emplois créés relèvent du tertiaire supérieur principalement.

​Quels sont les exemples qui pourraient être suivis dans une telle logique ?

Il n’existe pas vraiment d’exemple à suivre, dans le sens que chaque pays possède ses spécificités géographiques et historiques, à l’origine d’organisations territoriales différentes. En Europe occidentale, certains pays comme la France ou le Royaume-Uni sont très centralisés, alors que d’autres comme l’Allemagne ou l’Italie, le sont beaucoup moins. Il s’ensuit qu’en fonction de l’organisation territoriale de l’Etat, les politiques qui sont menées ne seront pas les mêmes. Les Etats centralisés favoriseront un développement des réseaux de transport centré sur leur capitale, conduisant au renforcement du pouvoir de commandement économique de cette dernière au sein de leur pays, alors que les Etats fédéraux chercheront à mettre en place un réseau pluri-nodal, sans réel tête de pont, permettant potentiellement à chaque région de pouvoir attirer des emplois de commandement. L’Allemagne en constitue un exemple-type, avec un réseau TGV complètement décentralisé, puisqu’il ne constitue pas un réseau unique, mais est constitué de plusieurs lignes discontinues reliant différentes villes les unes aux autres. Le réseau allemand est conçu pour accompagner la polynucléarité du pays et non dans l’optique d’en renforcer la centralisation.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Deudeuche - 24/04/2018 - 10:05 - Signaler un abus La décentralisation est un concept de machin

    Centralisé. A l’inverse la centralisation ça n’existe pas en Allemagne. Seul un cinglé autrichien a essayé il y’a 85 ans avec des représentants du pouvoir central dirigeants le pays sans prendre en compte les assemblées locales. Il appelait cela des préf... pardon Gauleiters ! État centralisé de m....

  • Par phillis - 24/04/2018 - 11:42 - Signaler un abus Tgv Champagne Ardenne

    Ce Tgv reliant Paris en en 35mn devait générer emplois. Or la Champagne Aedenne est la région qui d'après l'étude de ce jour du Figaro à connu la plus faible hausse d'emplois.Le prix de L'immobilier à Reims s'était envolé au moment mise en service puis s'est effondré. Le coût du billet, du parking, les grèves Sncf et transports en commun ont découragé les Parisiens qui étaient sensés s'expatrier.

  • Par tubixray - 24/04/2018 - 13:28 - Signaler un abus TGV piège à c---s

    Décentraliser à 16 M€ le km n'importe quel homme qui n'a pas l'ENA comprendra que seul le bus ou l'avion peut y parvenir !.....Le TGV est le responsable du déficit de la SNCF "réseau"; on ne peut au mieux espérer que l'on arrête les frais définitivement .... Des milliers de km de voies ferrées ne sont empruntés que par quelques TER quasi vides, à abandonner au profit de bus avec un cout d'exploitation 10 à 50 fois inférieur ....

  • Par Samuel5517 - 24/04/2018 - 14:02 - Signaler un abus Stop

    Cela prouve bien que la Sncf ne sert plus à rien sinon à accumuler de la dette improductive...

  • Par cloette - 24/04/2018 - 15:02 - Signaler un abus Paris- Marseille

    en 3 H , Paris-Bordeaux en peu d'heures aussi, c'est bien , ensuite, on peut prendre un autre train ou un car , si la décentralisation ne s'est pas faite ,c'est pour d'autres raisons , pour une raison de centralisation , ce n'est pas à cause du TGV . Grâce à celui ci des gens habitent Valence et peuvent travailler à Paris, mais ce serait mieux qu'ils puissent travailler à Valence ...Que faire ?

  • Par vangog - 24/04/2018 - 22:11 - Signaler un abus Ils n’avaient pas besoin de se mettre à trois et de travailler

    si longtemps, pour conclure ce que les Français lucides savent depuis longtemps...nous aurions pu leur dire que la grande majorité des lois votées par les vieux politiciens ne visent qu’à favoriser la capitale au détriment des provinces. Quand aux entreprises faussement de-nationalisees gérées par les socialauds, elles contribuent à ce pouvoir central de petits marquis gauchistes, plus que tout...

  • Par Anouman - 25/04/2018 - 20:30 - Signaler un abus Decentralisation

    Il faut sortir de l’ena pour croire que mettre un tgv va changer l’economie d’une région. En fait ça coûte juste cher au contribuable. Les transports en communs doivent cesser d’être subventionnés et alors on pourra gagner en efficacité.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€