Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 25 Juin 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Crise à Air France et à la SNCF : les entreprises publiques peuvent-elles encore négocier avec leurs partenaires sociaux?

Etant donné les conflits actuels, il est permis d’en douter. Dans une entreprise ordinaire, les négociations entre patronat et syndicats ne se passent pas par l’intermédiaire de la presse.

En plein crash

Publié le
Crise à Air France et à la SNCF : les entreprises publiques peuvent-elles encore négocier avec leurs partenaires sociaux?

 Crédit GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Après l’échec de son referendum sur ses propositions salariales, Jean-Marc Janaillac, président d’Air France, a décidé de démissionner. Il amplifie ainsi une crise qui dure depuis plusieurs semaines avec les salariés. Chacun se fera son idée sur qui a tort et qui a raison dans ce dossier. Une chose est sûre: la négociation qu’il a endossée avec les organisations syndicales pose, sur la forme, autant de questions que celle que l’Etat a menée et mène encore à la SNCF.

Air France et ses hauts fonctionnaires

Avec un peu de malice, on remarquera tout de même que Jean-Marc Janaillac est un ancien de la promotion Voltaire, à l’ENA – celle qui a tant marqué la vie politique française.

Son directeur des ressources humaines, Gilles Gateau, était conseiller social de Manuel Valls à Matignon. Ces deux points soulignent la particularité d’Air France et les syndicats, cités à l’époque par Le Monde, s’en étaient émus:

nous ne sommes pas sortis des travers de l’entreprise : Air France n’est toujours pas une société comme les autres

On ne pourra les démentir sur ce point: ce n’est pas parce qu’Air France est devenue une société privée que l’Etat ne cherche plus à la contrôler coûte-que-coûte. Cette absence de lâcher prise (sort auquel la SNCF est promis après sa transformation en entreprise publique prévue par le gouvernement) montre aujourd’hui toutes ses limites.

 

Les hauts fonctionnaires face aux syndicats majoritaires

Dans la pratique, l’état-major d’Air France a actionné d’étranges leviers pour négocier son accord au sein de l’entreprise. Pour mémoire, la représentation syndicale y est fortement dispersée entre la CGC (devenue le premier syndicat de l’entreprise), FO, l’UNSA, la CGT et la CFDT. En revanche, chez les pilotes de lignes, le SNPL représente les 2/3 des 4.000 salariés qui occupent les cabines de bord. 

Face à cette arithmétique implacable, toute négociation à Air France est contrainte de fortement rassembler les syndicats dont aucun ne se dégage clairement, sauf pour les pilotes où le SNPL est incontournable. On peut évidemment le regretter et rêver d’une situation plus acceptable. Mais la réalité est têtue: la direction d’Air France est obligée de passer par le SNPL.

On retrouve, au demeurant, le même phénomène à la SNCF, où toute stratégie de contournement de la CGT constitue une forte prise de risque dès lors qu’il s’agit de réformer l’entreprise. Un syndicat dominant constitue, quoiqu’il arrive, une épine dans le pied patronal. Vouloir l’ignorer peut se révéler douloureux.

A la SNCF comme à Air France, au-delà des effets de manche, le gouvernement en fait l’expérience, et c’est pénible.

L’étrange méthode de négociation de la direction d’Air France

Depuis le début, on s’étonnera quand même du peu de ménagement dont la direction d’Air France semble avoir fait preuve vis-à-vis des pilotes de ligne. On peut bien entendu reprocher à cette catégorie de salariés socialement privilégiée de se comporter à la manière des diva. Il n’en reste pas moins que, lorsqu’on est obligé de passer par un syndicat représentatif, il faut savoir mettre de l’eau dans son vin. Manifestement, ce n’est pas la première des facultés de la direction d’Air France. 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par morsang - 05/05/2018 - 13:55 - Signaler un abus La SNCF de l'air

    Air France semble être l'exemple même des méfaits de la cogestion qui régne dans de nombreux "services "publics"(et dans l'agriculture dont le résultat n'est pas probant non plus)Dans cette SNCF de l'air les dirigeants passent et les exigences des pilotes restent;d'oû gréves sur grèves.Vu de l'extérieur on a pas l'impression qu'il y a refus de négocier par les directions successives au contraire il semble plutôt que ça n'arrête pas.sur tous les plans dans tous les domaines.L'ultime question est de savoir si ce Mammouth aérien va survivre.La réponse est peut être dans la formule d'un observateur (dont j'ai oublié le nom) qui disait"le grand malheur d'Air France c'est d'avoir reçu vingt milliards de l'Etat pour éviter la faillite que des décennies d'impérities annonçaient.Depuis tout le monde sait et surtout les pilotes que l'Etat (et le contribuable) seront toujours là pour payer et continuer" Mais que diront les "nains de Bruxelles? c'est une autre histoire.

  • Par Liberte5 - 05/05/2018 - 21:59 - Signaler un abus L'Etat, doit sortir du capital d'AirFrance.

    Les contribuables ont bien donné pour permettre à des salariés de pouvoir garder des privilèges que la majorité des Français n'ont pas. Il faut laisser AF soit couler , soit se faire reprendre par une autre compagnie. Sauver des canards boiteux cela suffit. D'autant que nous passagers et clients avons le choix avec plusieurs compagnies qui donnent des services de meilleure qualité à un coût égal,voire moindre. Et surtout échapper aux grèves. En retenant un voyage 6 mois à l'avance personne ne peut dire s'il y aura grève. Si vous êtes prévenu une semaine avant, vous êtes coincé. Alors depuis plusieurs années, je préfère prendre des compagnies fiables.

  • Par GP13 - 05/05/2018 - 23:32 - Signaler un abus Comment dialoguer avec soi même ?

    Le dialogue social en France est pipé depuis plus de 70 ans. Les syndicats, à partir de la Libération, dont devenus des technostructures dont les dirigeants sont instamment priés de fréquenter assidument tant la haute fonction publique que les politiques. Le dialogue social se réduit à celui des apparatchiks, à Paris, avec leurs commensaux administratifs et politiques et la CGT et d'autres aussi ne veulent pas que ça change...... Le PDG d'Air France s'est fait piéger en ouvrant son référendum à tout le personnel et non pas seulement aux syndiqués. Le personnel a contourné aussi bien les syndicats que le patron..... le dialogue social pourrait se démocratiser et ce n'est pas une mauvaise perspective.

  • Par guy bernard - 06/05/2018 - 07:25 - Signaler un abus la soute a bagages est pleine à craquer.

    nous ne faisons que constater avec retard, pour des raisons de prestige de la marque, l’échec de deux modes de gestion dont on n'a pas tiré les enseignements à temps : échec du compromis fordien, arrivé à bout dans les années 80, et fait de conflits sociaux, laissant des entreprises exsangues et en faillite. échec de la regulation, ou les régulateurs sont corrompus (au sens exact du terme) avec un pouvoir étatique (politiciens, syndicats et FP et assimiles) tirant un bénéfice. la crise se fait en plus sur un secteur déflationniste. la soute a bagages est pleine à craquer.

  • Par DANIEL74000 - 06/05/2018 - 08:36 - Signaler un abus DIGNITE

    Un Etat, mieux une République qui mérite son nom doit donner la priorité au Régalien assurant défense et protection du citoyen, tout le reste doit être hors statut public et soumis à la concurrence. Le début est de supprimer les écoles nationales du gaspillage et de la pensée unique : ENA, ENS, ENM et IUFM afin de responsabiliser toutes les facs et universités libérées du joug des syndicats et autres pilleurs de la Nation. Et si l'école dès 6 ans inculquait le respect de soi et de la Nation, n'est-ce pas cela la solidarité, la Fraternité, l'Egalité et aussi la Liberté !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€