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Tout ce qu’il faudrait avoir le courage de dire à l’Algérie, aux Algériens d’ici et de là-bas... et à nous-même

Les derniers incidents intervenus après la qualification des "Fennecs" en phase finale de la Coupe du Monde ainsi que l'éventualité d'un quart-de-finale avec la France qui n'aura finalement pas lieu ont relancé un débat déjà ancien sur la place de la communauté algérienne dans l'Hexagone. Le sujet n'a pourtant que peu de chances d'aboutir à de vraies réponses tant que quelques vérités n'auront pas été sorties du placard.

Les matches de la colère

Publié le - Mis à jour le 4 Juillet 2014
Tout ce qu’il faudrait avoir le courage de dire à l’Algérie, aux Algériens d’ici et de là-bas... et à nous-même

Atlantico :  Les heurts qui ont eu lieu le 26 juin dernier, suivis de leurs échos médiatiques, peuvent-ils être finalement vus comme le révélateur d'une "omerta mémorielle" entre la France et sa communauté algérienne ? A quand remonte ce malentendu ?

Dimitri Casali : Ces événements sont bien le révélateur de l'échec de l'intégration des population algérienne dites de la 3e génération en France, et c'est d'autant plus navrant qu'il faut souligner que les rues d'Alger ont été extrêmement calmes lors de la même soirée.

On ne peut ainsi s'empêcher de remarquer qu'il existe depuis 20-25 ans un véritable problème posé par une partie minoritaire de la population originaire d'Algérie, problème qui est allé en s'accroissant sur les dernières années. C'est un fait sociétal que l'on ne peut que regretter puisque l'on peut rappeller qu'historiquement le processus d'assimilation fonctionnait de manière efficace.

La réconciliation de la France et de l'Algérie n'est donc pas un fantasme lointain ancré dans une réalité fictive : l'entente entre ces deux univers était bien existante par le passé et des tas de personnalités, d'Edith Piaf à Albert Camus -si fier de l'Algérie- en passant par Alain Mimoun -né Ali Mimoun Ould Kacha- ou encore Said Boualam -le chef des Harkis-, ont ainsi pu embrasser l'identité française sans jamais renier pour autant leurs origines. Néanmoins ces personnalités sont toutes passées au travers du filtre d'une école républicaine dont les valeurs étaient bien plus intégratrices de celles que l'on observe actuellement.

Depuis deux décennies, l'Etat ne cessant de capituler sur la défense des valeurs et symboles républicains, comme le drapeau ou l'hymne national, on ne peut s'étonner de voir que l'intégration ne fonctionne plus alors que la France a pourtant su intégrer pendant plus d'un siècle des populations aux origines des plus diverses (polonais, italiens, espagnols, portugais…). Il est à ce titre toujours salutaire de citer cette phrase de Romain Gary, né Roman Kacew, - juif Lituanien- : " Je n'ai pas une goutte de sang français, mais la France coule dans mes veines". Un fait qui illustre bien la force qu'a pu avoir le système d'identification à la française, et qui révèle d'autant plus la carence actuelle en la matière. 

Ahmed Roudjia : Il n’y a pas d’ « omerta mémorielle » entre les deux pays ; il y a plus tôt une guerre de mémoires que l’on se livre de part et d’autre de la Méditerranée ; cette guerre a été relancée Le 14 juin 2000, par le président de la République algérienne, Abdelaziz Bouteflika,  lorsqu’il prononça en français un important discours devant l’Assemblée nationale française, en présence de son hôte Jacques Chirac, et au terme duquel il demanda à la France de faire sa « repentance », c’est-à-d-dire de reconnaître les crimes qu’elle a perpétrés en Algérie de 1830 à 1962. La réponse, côté français, à cette revendication, fut la loi du 23 février 2005 qui, en son article 4, édictait que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord . » Bien que cet article fût abrogé en partie sous la pression de bon nombre d’historiens français, la guerre des mémoires entre les deux pays ne s’est pas  éteinte et ne le sera probablement jamais ; elle est tantôt déclarée, tantôt feutrée.

Des lobbys de la mémoire existent dans les deux pays et exploitent toutes les occasions qui s’offrent pour rallumer les feux de la haine et de la passion entre les deux nations. Un certain chauvinisme aidant dans les deux pays, favorise la réactivation des souvenirs et des contentieux anciens que d’aucuns essaient d’apurer par le biais d’un discours xénophobe, qui n’est point unilatéral. En Algérie, il y a aussi une minorité de chauvins, de pseudos « nationalistes » et même de « nationalistes »de type opportunistes, qui cherchent à en découdre avec la France, avec les Français, leur langue et leur culture, et tout cela au nom d’un désir de revanche à prendre sur elle…

 
Commentaires

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  • Par vangog - 02/07/2014 - 01:01 - Signaler un abus Échec total de l'intégration gauchiste!

    Inversion des valeurs, gommage des différences, indifférenciation sexuelle, abandon des enseignements traditionnels, formatage selon la pensée unique gauchiste...tous ces coups de canifs à notre Liberté de penser, de faire, d'entreprendre constituent des incitations pour ces jeunes de troisième génération à détester la France, son enseignement et sa Justice si faibles, si laxistes...un véritable encouragement à la fuite hors du système scolaire et au choix de la délinquance, pour certains... Les autres ´ressassent leur frustration d'être le peuple le moins intégré de toutes les nationalités qui composent la France, et que l'on n'appelle déjà plus par leur nom de pays. Seuls les Algériens restent Algériens...dans un pays qui leur est étranger!

  • Par DOMBRI - 03/07/2014 - 11:29 - Signaler un abus AFFICHAGE

    Il y a un problème avec l'affichage de la 2ème page; quand on arrive à la fin de la 1ère page et qu'on clique sur page suivante, ou sur 2, il y a un message d'erreur précisant qu'il ne peut pas afficher la page. Mon navigateur est FIREFOX en version 30.0 (c'est la dernière version).

  • Par LouisArmandCremet - 03/07/2014 - 13:12 - Signaler un abus Drôle de discours...

    J'ai du mal à comprendre le discours de M Ahmed Rouadjia. Selon lui, l'importante immigration d'origine algérienne en France ne serait qu'un juste retour des choses, incomplet même à cause de la colonisation. Il faudrait d'abord lui rappeler que la prise d'Alger en 1830, était pour en finir définitivement avec la piraterie en Méditerranée, le port étant la base principale de cette activité, couplée à une activité de trafic d'esclaves chrétiens capturés sur les navires attaqués. Maintenant, si on suit la logique de ce monsieur, que faudrait il faire avec l'Allemagne, avec qui, si on cherche dans l'histoire, les différents ne manquent pas... Il faudrait arrêter enfin cette blague du pillage de la France (alors que l'inverse à été démontré par le professeur Jacques Marseille). Les algériens sont assis sur un tas de pétrole et surtout de gaz, qui leur assurait et leur assure encore aujourd'hui de quoi investir et doper le pays. Au lieu de ça, l'argent est dilapidé, détourné et beaucoup d'infrastructures (routes, ponts, ..) n'ont pas été refaites depuis 1962 !

  • Par Pourquoi-pas31 - 03/07/2014 - 15:55 - Signaler un abus Dombri

    Il faut laisser tomber le navigateur Firefox 30.0 et prendre Hollande 2.1. On a le même problème, mais on va jusqu'à la page 3. C'est le progrès.

  • Par L.Leuwen - 04/07/2014 - 09:14 - Signaler un abus Les immigrés sont venus volontairement

    Ahmed Rouadjia reprend l’argument habituel selon lequel les immigrés algériens ont été voulus par la France des 30 glorieuses pour les besoins de son économie. Mais ces gens n’ont pas été déportés, ils sont venus volontairement, personne ne les y a forcé. Cette présentation de l’Histoire fait apparaître la France comme une puissance quasi esclavagiste en Algérie, ce qui est rigoureusement faux.

  • Par winnie - 04/07/2014 - 11:32 - Signaler un abus comme d'habitude ,

    le discours d 'un 'intellectuel d'origine maghrébine et toujours en louvoiements on ne donne pas raison aux délinquants mais ils ont des excuses , pas un mot sur le radicalisme musulman. Pourquoi de toutes les anciennes colonies Françaises, l'Algérie est pratiquement la seule a poser des problèmes?

  • Par berdepas - 04/07/2014 - 14:57 - Signaler un abus Les immigrés ne sont pas venus volontairement ???

    Il serait plus exact de dire "pas tous venus volontairement".... Que dire des anciens membres du FLN et même de "l'Armée de la Libération", qui sont venus s'établir ( se réfugier ) en France ??? Le plus bel exemple des inépties qui sont répandues à ce sujet, c'est celui de Bouteflika malade, venant se faire soigner...dans un hôpital militaire français, par ecux qu'il a combattus, les armes à la main !!!

  • Par assougoudrel - 04/07/2014 - 15:18 - Signaler un abus Il faut avoir le courage

    de dire aux algériens :"vous avez voulu l'indépendence, alors, restez chez vous. L'Algérie aux algériens et la France aux français. Que Boutléflica aille se faire soigner en Algérie. Il ne s'appelle pas Arafat.

  • Par MEPHISTO - 04/07/2014 - 21:34 - Signaler un abus Quand le FLN ne sera plus influent et au pouvoir à ALGER ?

    KONRAD ADENAUER et CHARLES DE GAULLE ont commençé a oeuvrer , en 1966 , pour une réconciliation entre la FRANCE et l ' ALLEMAGNE de l ' Ouest à l ' époque. ce rapprochement a continué et évolué constamment sous les ères BRANDT-POMPIDOU , SCHMITT / GISCARD D ' ESTAING et KHOL-MITERRAND... les conséquences positives " pour une paix durable entre les bélligérents d' autrefois" ont d'abord été la CECA , puis la CEE et enfin aujourd'hui l ' UE ( mais si tout n'est pas encore parfait ) il n' y a plus de rancoeur entre FRANCAIS et ALLEMANDS , du moins pour les générations actuelles. mais , 52 années plus tard , on est toujours " en froid "avec l ' ALGERIE parce que les autorités ALGERIENNES , en place depuis 1962 , n'ont jamais fait d'effort pour tirer un trait sur le passé ( on n'exige pas qu 'ils l 'oublient et nous aussi d 'ailleurs ) et ne cherche pas à " normaliser " nos relations et rebâtir un avenir commun

  • Par Anguerrand - 10/07/2014 - 15:46 - Signaler un abus Hollande veut des drapeaux FLN et algeriens

    le 14 juillet lors du défilé militaire enseigne de réconciliation, mais est il toujours aussi crédule ce président pour croire à de pareils balivernes? Ce président se sert de la faiblesse de réactions de la France à chaque fois que nous sommes accusés de colons exploiteurs. Plus de 50 ans ont passé et ce pouvoir qui laisse brûler notre drapeau, pouvoir assassin .j'espère que la droite revenue au pouvoir enterrera définitivement cette politique de repentance éternelle et interdira la double nationalité, il faudra définitivement choisir son camp.

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Ahmed Rouadjia

Ahmed Rouadjia a obtenu son doctorat d’histoire à Paris VII (Jussieu) en 1989.

Il est actuellement Maître de Conférences à l’Université de Msila (2006-2011) et directeur du Laboratoire de Recherche d’histoire de sociologie et des changements sociaux et économiques .

Il a notamment publié Les Frères et la mosquée. Une enquête sur le mouvement islamiste en Algérie (Karthala, 1990), Grandeur et décadence de l’Etat algérien (Karthala, 1994) et Les enfants illégitimes de la République (Maisonneuve et Larose, 2004).

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Dimitri Casali

Dimitri Casali, historien et directeur de collection, est l’auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages historiques, notamment : Qui a gagné Waterloo ? Napoléon 2015 (6 mai 2015, Flammarion), L’Histoire de France de l’Ombre à la Lumière (Flammarion 2014), le manuel Lavisse-Casali (Armand Colin, 2013), L’Histoire interdite (JC. Lattès, 2012), L’Altermanuel d’Histoire de France (Perrin) - prix du Guesclin du livre d’histoire 2011. Il est le co-auteur de l'ouvrage L'Empire colonial français (éditions Gründ, 2015).

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