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Mais qui assiste à Bilderberg, ce mystérieux rendez-vous de l'oligarchie dirigeante mondiale ?

"Circus politicus" de Christophe Deloire et Christophe Dubois révèle les dessous d’un véritable « putsch démocratique », une tentative de neutralisation du suffrage universel par une superclasse qui oriente la décision publique. La « conférence Bilderberg » en est un exemple. Extraits (2/2)

Circus politicus

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Ce 9 juin 2011, l’hôtel de luxe s’est transformé en camp retranché. La raison ? Pendant trois jours, une délégation de l’élite mondiale – hommes et femmes politiques, patrons de multinationales, banquiers… – se réunit ici pour deviser sur les grands problèmes de la planète. Une sorte de Siècle à l’échelle du monde et à la puissance dix.

Ce rassemblement d’une centaine de décideurs VIP, totalement méconnu du grand public, existe depuis 1954. Il s’appelle la « conférence Bilderberg », du nom de l’hôtel où les fondateurs se sont réunis pour la première fois aux Pays-Bas. Le lieu des festivités n’est jamais connu à l’avance, et les débats ne sont rendus publics pour rien au monde. La liste des invités n’est communiquée qu’après coup, et encore, depuis seulement quatre ans. Car, officiellement, il s’agit d’une réunion « privée ». Tiens, comme au Siècle justement.

Le rite est immuable. Les invités arrivent le jeudi en fin d’après-midi avant d’entamer trois jours de conférence. Cette année-là, ils atterrissent en jets privés sur le petit aéroport de Samedan, situé à trois kilomètres de Saint-Moritz, puis sont acheminés en limousines vers l’hôtel Suvretta, où des policiers en uniforme leur dégagent le passage. (…)

À l’intérieur de l’hôtel, sur le parquet ciré du bar, monarques et ministres croisent les pas de quelques figures incontournables du pouvoir européen. Familier du Bilderberg, le président du Conseil Herman Van Rompuy s’est fait excuser, mais il est représenté par son bras droit et chef de cabinet, Frans Van Daele. Deux vice-présidents de la Commission, Joaquín Almunia, chargé de la Concurrence, et Neelie Kroes, chargée de l’Agenda numérique, ont répondu présent. Au club Suvretta, où ronronne une imposante cheminée, ils peuvent bavarder avec les anciens de la maison européenne : Pascal Lamy (toujours lui !), le Britannique Peter Mandelson (ancien commissaire au Commerce), l’Italien Mario Monti (pas encore président du Conseil italien) ou l’Irlandais Peter Sutherland (ancien commissaire à la Concurrence comme Monti d’ailleurs). Il est à noter que Sutherland fut le prédécesseur de Pascal Lamy à l’OMC.

Si une photo de famille avait été prise comme au G20, le président de la BCE Jean-Claude Trichet aurait pu poser au bras du moustachu Robert Zoellick, président américain de la Banque mondiale. Les boss des grandes banques privées du monde auraient souri à l’objectif, car ils ont dégagé les trois jours nécessaires pour respirer l’air des montagnes suisses : Peter Orszag (Citigroup), Marcus Agius (Barclays), Douglas J. Flint (HSBC), Kenneth Jacobs (Lazard), Joseph Ackerman (Deutsche Bank). Ce dernier est influent au-delà de sa banque. Président de l’Institut de la finance internationale, le lobby représentatif des plus grandes banques du monde, il négociera avec Merkel et Sarkozy la réduction de la dette grecque en octobre 2011.

La liste n’est pas exhaustive… Hormis les banquiers, Bilderberg accueille aussi quelques businessmen influents : Eric Schmidt (Google), Jeff Bezos (Amazon), Craig Mundie (Microsoft), Chris Hughes (Facebook), George David (Coca-Cola), John Elkann (Fiat), Thomas Enders (Airbus), ou John Kerr (Royal Dutch Shell) ont fait le voyage jusqu’à ce petit coin paisible de Suisse.

Mais au fait, de quoi se parlent-ils ? Selon le communiqué de presse de Bilderberg, les thèmes définis en 2011 n’étaient pas bouleversants : « Défi pour la croissance : innovation et discipline budgétaire », « L’euro et les défis pour l’Union européenne », « Les réseaux sociaux : connectivité et questions de sécurité »… Impossible d’en savoir plus, pour l’instant. Mais interrogeons Pascal Lamy, qui fréquente assidument le Bilderberg, sur ces curieuses fréquentations. Rien que de très banal, selon lui.

« Les conférences Bilderberg sont des séminaires, explique-t-il sur le ton serein de celui qui n’a rien à cacher. Je fais quinze séminaires par an, à Évian, Salzbourg, Aspen, Montréal, Washington, Shanghai ou Djakarta. Si j’assiste à une table ronde sur la cybersécurité, en écoutant un général américain, anglais ou russe en charge de ces dossiers, je ne perds pas mon temps.

– Mais n’y a-t-il pas un risque d’imprégnation idéologique ? » lui demandons-nous.

Lamy fronce les sourcils, comme si on lui servait la thèse complotiste du « gouvernement mondial ». Ce n’est pas ce qu’on a dit. Donc on formule la question autrement : « Ces conférences où l’on passe son temps à deviser savamment avec des patrons, des banquiers, ne finissent-elles pas par orienter les conceptions que l’on a de l’économie ?, insistons-nous. C’est une évidence sociologique, répond-il d’un ton paisible. Si on passe du temps dans un milieu, on finit par en adopter les codes et les croyances, qu’il s’agisse d’ouvriers ou de patrons[1]. »

Si les dirigeants politiques passent plus de temps à deviser avec des patrons dans des clubs huppés qu’au bistrot à fréquenter leurs électeurs, cela oriente incontestablement leur vision du monde. « Je passe 50 % de mon temps sur le terrain, à aller voir le port de Mombasa ou de Libreville », argumente Lamy, soucieux de montrer qu’il reste au contact du monde réel. Mais finalement il ne conteste pas l’existence d’une classe dominante. « La dérive oligarchique, bien entendu qu’il y a un risque. L’oligarchie, il y en a partout. Et notamment en France. C’est la matrice de l’ENA. »

On ne dira pas le contraire. Au fait : cela a-t-il des conséquences sur la façon dont nous sommes gouvernés ?

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Extraits de Circus politicus, Editions Albin Michel (1 février 2012)

 

[1] Entretien avec Pascal Lamy, 30 septembre 2011.

 

 
Commentaires

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  • Par Mad - 08/02/2012 - 10:18 - Signaler un abus Encore un bouquin pour rien

    Ces 2 gusses se sont fendus d'un bouquin pour nous dire que les riches et les puissants passent du temps à discuter et à vivre entre eux !!! Putain, çà c'est de la news.... Ils n'ont plus qu'à passer 15 jours à la Grande Motte pour se fendre d'un autre bouquin sur les prolos qui complotent entre eux sans jamais parler aux puissants... Ben oui parce qu'un congrès de syndicalistes ou de Greenpeace, c'est la vie ! En revanche, un séminaire de chefs d'entreprise, ce n'est pas normal : c'est une dérive sectaire, un complot, un lobby (oh le gros mot ! ). Comme si la CGT ou Attac n'étaient pas aussi des "lobbies" Tout çà pour rien donc. Juste un nouvel avatar d'un marronnier courant chez les pseudo-journaleux : la "théorie du complot" fait vendre. Alors, ils profitent du filon pour s'engraisser un peu pour pas cher sur le dos des "méchants riches" et surtout sur le dos des pauvres couillons qui vont leur acheter leur bouquin (parce que ceux qui vont l'acheter sont effectivement des pauvres qui feraient mieux de garder leur fric pour des achats plus utiles).

  • Par cqoiqéqon - 08/02/2012 - 11:43 - Signaler un abus ok Mad, mais en dénonçant

    ok Mad, mais en dénonçant l'oligarchie et minimisant la théorie du complot, ils font quand même un travail instructif pour tous les électeurs perdus, extrémistes ou radicaux. bon boulot, la liberté et la démocratie ne vous en voudrons pas.

  • Par My-Home-Is-My-Castle - 08/02/2012 - 13:33 - Signaler un abus Comme Mad !

    faut vraiment avoir un etat d'esprit bien franchouillard pour voir quelque chose d'etonnant dans tout ce truc.

  • Par Tuffgong - 08/02/2012 - 15:11 - Signaler un abus @ mad

    Faut aussi etre "franchouillard" pour croire que les banques étendent inexorablement leur pouvoir. Faut aussi etre "franchouillard" pur croire que ces banquiers ont un pouvoir sur nos vies. D'ailleurs ni la Grèce ni l'Italie ne sont dirigés par des banquiers non élus. Ces memes banquiers qui ont fabriqués les bulles spéculatives. Faut aussi etre "franchouillard" pour penser que les agences de notation ont un pouvoir démesuré. Ces memes agences qui ont magouillés les comptes grecs et donnaient du AAA à ceux qui ont fabriqués les produits financiers pourris en toute connaissance de cause. Faut aussi etre "franchouillard" pour croire que l'interet des banquiers n'est pas celui des peuples. Faut aussi etre "franchouillard" pour croire que ces genq ont un plan, un "agenda" pour étendre constamment leur pouvoir. Faut aussi etre sacrément aveugle pour ne pas voir tout cela.

  • Par diana - 08/02/2012 - 18:10 - Signaler un abus Rien de ce qui touche à la

    Rien de ce qui touche à la politique ne relève du hasard!Soyons surs que ce qui se passe en politique a bel et bien été programmé - FD Roosvelt- les bilderbergers, les illuminatis "elites de l'élite - les puissants de ce monde décident du sort de toute notre planète -

  • Par 12Emma3 - 08/02/2012 - 21:19 - Signaler un abus Bilderberg, rien de nouveau sous le soleil

    Tout le monde sait que ca existe...Aucun scoop. Je pense d'ailleurs que ca doit etre beaucoup plus ennuyeux que ne le pensent les auteurs.

  • Par Michel92 - 09/02/2012 - 07:38 - Signaler un abus Ridicule

    Rien ne s'est jamais décidé au Bilderberg, pas plus qu'au Siècle pour ce qui est de la France... C'est vraiment de l'incompréhension crasse et de la sociologie, et de l'économie ! Oui, les riches et puissants aiment les clubs sélects, comme être invités à Davos, pour se rassurer sur le fait qu'ils en sont et pas les autres (et surtout pas ceux qui sont juste en-dessous, comme c'est le cas d'ailleurs dans toute couche sociale pour ses "plus proches"...). Quelle nouveauté ! Mais ils sont bien trop méfiants les uns des autres et beaucoup trop nombreux et disséminés pour être "organisés". Tout ça, c'est comme ceux qui pensent que les marchés agissent de manière concertée : mais personne n'est plus individualiste qu'un opérateur de marché, ce qui ne les empêchent pas pour autant de s'imiter tant qu'ils se disent que c'est l'anticipation majoritaire.

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Christophe Deloire et Christophe Dubois

Christophe Deloire est directeur du Centre de formation des journalistes (CFJ), ancien journaliste d’investigation au Point. 

Christophe Dubois est grand reporter pour l’émission 7 à 8 sur TF1.

 

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