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Comment Marine Le Pen veut s’appuyer sur la question européenne pour redevenir la première opposante à Emmanuel Macron

La présidente du Front national Marine Le Pen a réuni une partie de ses alliés européens à Nice pour le 1er mai.

Ambitions retrouvées

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Comment Marine Le Pen veut s’appuyer sur la question européenne pour redevenir la première opposante à Emmanuel Macron

 Crédit Yann COATSALIOU / AFP

Atlantico : Marine Le Pen organisait le 1er mai son traditionnel rassemblement en hommage à Jeanne d'Arc. Mais alors que son père était bien à Paris, elle inaugurait un nouveau cadre, en célébrant la Pucelle à Nice. L'occasion pour la présidente du Front National d'inviter différents leaders populistes des autres pays européens, dans un contexte particulier. Les succès que rencontrent aujourd'hui ces partis eurosceptiques inquiètent beaucoup de commentateurs. Mais ne pourrait-il paradoxalement apporter plus d'unité à l'Europe, en la poussant à assumer une identité plus ethnico-culturelle, ou un modèle d'alliance entre Etats-nations ?

Edouard Husson : Tandis qu’Emmanuel Macron n’arrive pas à convaincre les Allemands de constituer des listes transnationales pour les prochaines élections européennes, Marine Le Pen s’empare assez habilement de l’idée et donne l’impression qu’il existe une union des souverainistes à l’échelle de l’Europe. Comme elle fédère les souverainistes, elle n’a pas à afficher des listes transnationales; il suffit de suggérer que tous ces partis siègeront dans le même groupe à Bruxelles. La réalité est bien entendu moins impressionnante: les deux poids lourds, Geert Wilders et Mateo Salvini, ne se sont pas déplacés. Mais c’est une question d’image. Marine Le Pen a retrouvé ses camarades européens à Nice, ville meurtrie par le terrible attentat de juillet 2016. Etre à Paris aujourd’hui lui aurait fait prendre le risque soit d’être une nouvelle fois à la merci des faits et gestes de son père, soit d’être rendue à l’insignifiance par les violences des casseurs. Quitter Paris, c’est aussi souligner le vide laissé par l’absence d’Emmanuel Macron, aux antipodes. Tout ceci n’est sans doute pas calculé dès le départ mais le résultat est là.

Quelle influence peut avoir ces formations qui appartiennent toutes à "ENL", Europe des Nations et Libertés, aux prochaines élections européennes ? De quelle ampleur devra être son succès pour peser vraiment lors du prochain mandat ?

On a un rassemblement fait de bric et de broc. On trouve des conservateurs et de l’extrême droite dure; des régionalistes et des nationalistes. Le caractère peu recommandable de certaines composantes du rassemblement se reflète dans le terme « hélleno-chrétien » utilisé par la présidente du Front National; elle n’ose pas dire « judéo-chrétien » là où se pointent le FPÖ postnazi ou le Vlaams Block compagnon de route de l’occupant durant la Seconde Guerre mondiale. Pour l’instant, les souverainistes, nationalistes et régionalistes de ces différents pays se réjouissent de leur convergence. Et ils ont bien un dénominateur commun, l’hostilité à l’immigration. Mais il faut anticiper et de demander ce qui se passerait le jour où des souverainistes des différents pays deviendraient majoritaires au Parlement Européen : les intérêts nationaux reprendraient le dessus. La perspective transnationale est une illusion, qu’elle concerne les souverainistes ou les européistes. L’Europe ne pourra pas sortir de cette contradiction: la démocratie ne peut pas être européenne car la démocratie s’enracine dans une langue et se déploie dans les frontières d’un Etat. Or l’Europe n’est pas un Etat et on y parle de nombreuses langues. Cela n’empêche pas de développer des coopérations étroites au plan européen mais le seul contrôle démocratique qui tienne se trouve, potentiellement, dans les parlements nationaux. Pas au Parlement Européen, qui restera, quelle que soit sa composition, aussi vulnérable aux manipulations des gouvernants que le Sénat de la République est impuissant face aux manigances de Palpatine dans Star Wars. 
 

Un succès européen d'ENL viendrait renforcer l'opposition entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Le risque n'est-il pas de polariser assez radicalement l'opposition sur les questions européennes ?

Effectivement, Marine Le Pen, derrière les apparences, a sans doute cela en tête: redonner corps à l’idée qu’elle est la première opposante à Emmanuel Macron.  Au moment où Mélenchon est peu audible face aux syndicats et aux manifestations, Marine Le Pen utilise le thème européen pour développer un discours d’opposition politique maximale. Il est très probable que Laurent Wauquiez sera en position de faiblesse,  puisqu’il ne sera pas assez européiste pour la gauche des Républicains et pas assez souverainiste pour ceux qui souhaitent l’union des droites dans son camp. Il risque d’être pris en étau entre Macron et Marine Le Pen. Cette dernière a sans doute un seul objectif, implicite, lors des élections européennes, réduire Wauquiez à l’insignifiance. Cela lui faciliterait la préparation de la présidentielle. Quant à la question de la polarisation et de l’ère de turbulence dans laquelle elle fait entrer l’Union Européenne, elle est évidente. Mais ce sont les partis de gouvernement qui sont entièrement responsables: à force de ne plus organiser entre eux de débat sur la forme que doit prendre l’Europe, à force de répéter, comme tous les néo-libéraux de Margaret Thatcher à Angela Merkel, « Il n’y a pas d’alternative », ils ont provoqué, ils provoquent un peu partout la montée électorale des populistes voire leur victoire quand une alliance se produit entre populistes et conservateurs. Les européistes récoltent ce qu’ils ont semé.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 02/05/2018 - 09:36 - Signaler un abus Lorsque les parlementaires patriotes du MENL seront majoritaires

    au parlement européen, alors, les peuples pourront enfin peser sur les décisions des commissaires. Et, si nous sommes suffisamment nombreux, nous éjecteront les commissaires immigrationnistes, F.Moguerrini, Marianne Thyssen, Crystos Stylianides, Cécilia Malmstrom, et cette Vera Jourova (commissaire à l’égalité des genres??? ), ce qui n’est pas souhaitable si on veut que les hommes et les femmes continuent à s’attirer par leurs différences...il faut enlever le pouvoir aux commissaires, et aux juges roses et rouges de la CEDH et de la CJUE, pour le restituer aux représentants des peuples d’Europe. Seul le MENL peut le réaliser, et rétablir la croyance en nos valeurs Helleno-chretiennes. A propos, il y avait un poids-lourd à Nice: l’Autrichien Harald Vilimsky, secrétaire du FPO (31% des voix aux dernières élections et six ministres en exercice!) et grand amoureux de la France...il a réalisé tout son discours, empreint de respect et de tolérance, dans un français parfait...ça change des fascistes rouges d’austerlitz, non?

  • Par Ganesha - 02/05/2018 - 10:02 - Signaler un abus Claque dans la gueule !

    Article un peu court ! Il semble en effet probable que les élections européennes vont se transformer, dans l'ensemble des pays participants, en un référendum ''pour ou contre l'immigration ?''. C'est une question qui intéresse fortement une bonne partie des 500 millions de citoyens de notre continent : on peut prévoir une forte participation ! Et surtout, on peut espérer une magnifique claque dans la gueule des médias qui nous abreuvent en permanence, en toute ''bonne conscience'', de propagande immigrationniste décérébrée : voir l'économiste Thomas Piketty, samedi passé, sur ''On n'est pas Couché'' !

  • Par cloette - 02/05/2018 - 10:14 - Signaler un abus Eléctions européennes

    Tous les membres de l'UE voteront , verra-t-on un clivage entre Nord et Sud ? cela va être interessant, et s'il y a claque, que se passera-t-il ? Rien, ou quelque chose ? eh bien je crois que "rien " . Aucun effet, pas un frémissement ....

  • Par Ganesha - 02/05/2018 - 10:27 - Signaler un abus Clef du problème

    Par contre, il semble, en effet, que les différents partis souverainistes européens ne sont pas unanimes sur leur projet économique ! C'est là pourtant que se situe la ''clef du problème'' ! Depuis près de quarante ans, la philosophie libérale de Reagan-Thatcher plonge notre continent dans une crise économique de plus en plus profonde. Certains pays choisissent le chômage, d'autres les travailleurs pauvres : en tout cas, une situation de plus en plus insupportable... Mais pas vraiment de proposition d'une solution claire et bien définie ! En dehors des propriétaires d'actions, des boursicoteurs amateurs... qui sont si nombreux sur Atlantico, et des spéculateurs professionnels, nous sommes tous d'accord : il est urgent de changer ! Mais l'avenir reste bien mystérieux !

  • Par kelenborn - 02/05/2018 - 10:30 - Signaler un abus OUI

    Husson dit bien ce que je serine depuis longtemps: l'Europe ne peut être démocratique car on ne fait pas une démocratie avec un Etat où les citoyens parlent 25 langues et ne se comprennent pas entre eux. C'est tellement grotesque que presque deux ans après le Brexit, on continue à parler anglais à la Commission! C'était comme cela au temps des... colonies !

  • Par MIMINE 95 - 02/05/2018 - 11:02 - Signaler un abus "Geert Wilders et Mateo Salvini, ne se sont pas déplacés". ....

    mais , pas parce qu'ils ne le voulaient pas, mais parce que le calendrier politique de leur pays ne le leur permettait pas ... nuance !

  • Par MIMINE 95 - 02/05/2018 - 11:42 - Signaler un abus A GANESHA

    Piketty est complétement bloqué dans sa logique de millénariste gauchiste déconnecté du réel adepte de la lutte des classes z'inégales, s'inventant des histoires de " boucs émissaires" du populo, histoire de réduire ce dernier à un sale raciste primaire et obtus en indiquant ainsi, à la partie niaise de ce populo, atteinte du "syndrome du scoutisme pathétiquement nigaud", la route qu'elle est bonne pour lui...!! Piketty , un marxiste de sous préfecture en somme, c'est pour ça qu'on l'aime tant à "on n'est pas futé" .

  • Par lima59 - 02/05/2018 - 14:07 - Signaler un abus Etat nations

    Le but de E.N.L. n'est pas d'avoir le même programme. Sauf sur le fait de revenir à l'état nation, et la chaque pays décide pour soi même, de sa politique et défend ses intérêts.

  • Par quesako - 02/05/2018 - 15:50 - Signaler un abus Wauquiez flanqué de Calmens vont faire perdre LR !

    Entre une très libérale (c'est ce qu'elle dit) et un centriste qui joue au "nationaliste-européen" il y a forcément une place à prendre. Wauquiez prend beaucoup de retard. Vivement que chez LR (mais est-ce possible?) sorte du lot quelqu'un qui ne soit pas trop "ramolli" dans ses convictions de droite et d'Europe des nations !

  • Par Ganesha - 02/05/2018 - 18:34 - Signaler un abus MIMINE 95

    Les bavardages immigrationnistes de mr. Piketty, et sa haine envers les partis souverainistes, étaient complètement surréalistes et hors-sujet. Ce qui est surprenant, c'est vienne faire la promotion d'un épais livre sur les inégalités dans le monde, qu'il reconnaisse qu'elles sont partout en augmentation depuis quelques décennies... mais qu'il ne dise pas un mot sur leur cause réelle, et encore moins sur les solutions possibles ! Plutôt que de le qualifier de ''marxiste'', je pense qu'il est subventionné par l'oligarchie du CAC40, et qu'il craint de perdre cette source de revenus !

  • Par ajm - 02/05/2018 - 22:29 - Signaler un abus Piketty .

    Ganesha, vous êtes remarquable. Dire que Piketty ( dont je suis presque certainement le seul "papy Atlantico" a avoir lu intégralement les deux ouvrages majeurs, y compris un grand nombre d'annexes statistiques passablement arrides) est en quelque sorte un agent des patrons du CAC 40 est digne des propos de Mélenchon sur la violence de l'extrême droite le premier mai. Mais , malheureusement pour vous, Mélenchon est beaucoup plus connu que vous et nous, du coup votre trouvaille restera largement méconnue.

  • Par Ganesha - 02/05/2018 - 23:38 - Signaler un abus Communiqué

    Je ne souhaite pas répondre à un intervenant qui m'a adressé des menaces de mort. Mais je précise, à l'intention des autres abonnés, que Mimine 95 et moi, nous nous référions aux déclarations de mr. Piketty samedi soir, sur France 2.

  • Par ajm - 03/05/2018 - 09:29 - Signaler un abus Piketty 2

    Si vous voulez avoir une réponse à vos questions il faut lire ses ouvrages. Clairement, Piketty est dans une logique idéologique très à gauche, rien à voir avec le Medef.

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Edouard Husson

Edouard Husson est spécialiste d’histoire politique contemporaine, en particulier de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne. Il est professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (Université de Cergy-Pontoise). Il a été membre du cabinet de Valérie Pécresse, avant d’être vice-chancelier des universités de Paris puis directeur général d’ESCP Europe et, enfin, vice-président de l’université Paris Sciences et Lettres. Il est membre du conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle. 

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