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Comment le gouvernement vient discrètement de rendre les syndicats obligatoires

Quand la loi du 5 mars 2014 sur la formation professionnelle et la démocratie sociale a été promulguée, personne n’a clairement mesuré les changements qu’elle allait apporter à la fiche de paie des salariés. Elle prévoyait en effet, à compter du 1er janvier 2015, la mise en place d’un fonds paritaire pour financer le syndicalisme salarial et patronal. Résultat : 0,014% de votre fiche de paie finance les syndicats.

Pauvre d'adhérents

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Comment le gouvernement vient discrètement de rendre les syndicats obligatoires

0,014% de votre fiche de paie va financer les syndicats. Crédit Reuters

Peu de salariés avaient jusqu’ici conscience qu’ils finançaient obligatoirement cinq syndicats de salariés (CFDT, CGT, CGC, FO et CFTC) et trois syndicats au moins de patrons (MEDEF, CGPME et UPA, sans compter les fédérations professionnelles). Le mécanisme de financement passait en effet (et entre autres !) par la formation professionnelle dont une partie de la collecte obligatoire servait à faire vivre tout ce beau monde.

A compter du 1er janvier, ces financements seront centralisés et remplacés par une cotisation unique de 0,014% prise sur le salaire. Elle sera pour moitié utilisée par les syndicats de salariés, et pour une autre moitié par les syndicats d’employeurs.

Au total, ce seront à peu près 100 millions d’euros qui seront ainsi consacrés à la vie syndicale.

Au moment (curieusement opportun) où éclate l’affaire des travaux de Thierry Lepaon, j’entends d’ici les récriminations un peu faciles sur la gabegie syndicale, alors que l’austérité s’installe et qu’il faudrait baisser le coût du travail. Et tous ces syndicats qui ne représentent que 8% des salariés, etc.

J’ai toujours pensé qu’un syndicat, de patrons comme de salariés, ne devait vivre que de ses cotisations, à condition qu’il soit libre de son action.

En France, le visage du syndicalisme est tout de même un peu différent. Depuis 1945, les syndicats français sont absorbés dans des centaines de milliers de mandats paritaires qui n’ont rien à voir avec l’action syndicale en entreprise. Ce sont des sujétions imposées par l’Etat pour gérer la sécurité sociale, les retraites complémentaires, l’assurance chômage, et des tas de bidules comme des commissions de diplômes d’ingénieurs et autres aberrations dans lesquelles il faudrait donner un bon coup de balai. Tant que ces sujétions existent, il paraît difficile de ne pas financer les organisations syndicales.

Si, vraiment, le financement des syndicats par une cotisation sur les salaires choque les esprits, ce que je peux comprendre, il faut immédiatement en tirer toutes les conséquences : on supprime le paritarisme, et on renvoie les syndicats à l’action en entreprise.

Il se trouve que les principaux ennemis de ce choix réformateur radical ne sont pas les syndicats de salariés, mais sont les syndicats de patrons, à commencer par la CGPME. La CGPME a une angoisse : voir les syndicats s’occuper de la représentation des salariés dans les petites et moyennes entreprises. De façon très révélatrice, la CGPME qui trouve toujours que trop de charges pèsent sur les entreprises, a becs et ongles défendu l’existence de ce fonds paritaire.

Cet attachement de la CGPME a une explication simple : ce syndicat patronal singulièrement dépourvu d’adhérents a un besoin vital des millions de ce fonds paritaire pour continuer à exister.

Tout le paradoxe est là : la CGPME organise une mobilisation patronale début décembre pour dénoncer les charges qui pèsent sur les entreprises, mais ses dirigeants oublient régulièrement de rappeler qu’ils sont les bénéficiaires directs de ces charges et que, sous aucun prétexte, ils ne voudraient s’en passer.

Et que dire des interviews où Pierre Gattaz soutient que les syndicats de salariés ne devraient être financés que par leurs adhésions, quand le MEDEF n’est financé qu’aux 2/3 par celles-ci. Le tiers restant, c’est-à-dire 10 millions d’euros, provient du fonds paritaire.

La démocratie sociale, on ne le dit pas assez, est un royaume d’enfants gâtés. Ceux qui se plaignent le plus sont ceux qui ont le moins intérêt à le changer…

 

 
Commentaires

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  • Par vangog - 27/11/2014 - 10:24 - Signaler un abus Oui, un syndicat ne doit vivre que de ses cotisations...

    ...ne pas être lié à un parti politique, lutter contre la corruption et le clientélisme interne, et devrait avoir à cœur de construire l'industrie patriotique, plutôt que la détruire...tout l'inverse des syndicats gauchistes français!

  • Par Bretondesouche - 27/11/2014 - 11:34 - Signaler un abus Syndicat

    C est pour l appart du patron de la cgt

  • Par zouk - 27/11/2014 - 12:02 - Signaler un abus Syndicats

    Nous avons décidément, ou plutôt nos "gouvernants" ont depuis longtemps un étrange goût pervers pour les organisations compliquées: pourquoi tant de commissions paritaires sur tant de sujets, rarement justifiées, mais toujours coûteuses et paralysantes. Tous les syndicats avec un tâche définies, oui, ET vivant de leurs seules cotisations, le prélèvement sur le salaire étant la meilleure solution, à conditions que le salarié puisse désigner nommément l'organisation à laquelle il veut s'affilier. C'est une solution fréquente dans nombre de pays.

  • Par le Gône - 27/11/2014 - 23:53 - Signaler un abus Tout le monde en parle...

    Sauf les politiques...oui mille fois oui que ces syndicats avant tout dirigés par une bande de feignasse vivant sur le dos de leurs adhérents..et ne représentant qu'une minorité "d'abrutis" ayant perdu tout sens de la démocratie..oui que ces gens vivent de leurs cotisations..au moins seront ils obligés de justifier leur action...mais surtout ils disparaîtrons ..sans doute pour renaître sous une autre forme..plus adapté a notre temps et non a celui de L.Blum!!

  • Par mado83@free.fr - 28/11/2014 - 10:46 - Signaler un abus syndicats

    les syndicats sont indispensables dans le dialogue social, A CONDITION qu'ils représentent VRAIMENT les salariés.. Les Français sont réticents car ils savent qu'ils sont trop politisés et ignorent souvent la réalité économique, la pression des marchés et la mondialisation; de plus le rejet systématique de toutes propositions constructives, soit de l'Etat, soit des Entrepreneurs leur semble très négatif et ils s'en éloignent de plus en plus. Il y a aussi les revendications catégorielles qui n'apportent rien autres autres participants, modèle E.N. Les syndicats se sont fonctionnarisés et utilisent pléthore de personnel inutile à tous les échelons, modèle CGT. L'esprit patrons contre salariés est dépassé, capital et travail ne peuvent existés l'un sans l'autre, il faut faire avec. tications catégorielles qui n'apportent rien

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'ENA (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un DEA d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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