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Change.org : plongée dans les petits secrets de la plateforme américaine de "fichage idéologique" qui a recueilli les signatures de la pétition anti loi El Khomri

Un million de signatures... et de données récoltées par change.org, la plateforme qui a beaucoup fait parler d'elle avec la pétition contre la loi El Khomri. Fleuron de cette économie numérique sociale, il n'en reste pas moins qu'on peut s'inquiéter d'une certaine opacité maintenue autour du modèle économique qu'elle affiche.

Dans la gueule du loup

Publié le - Mis à jour le 11 Mars 2016
Change.org : plongée dans les petits secrets de la plateforme américaine de "fichage idéologique" qui a recueilli les signatures de la pétition anti loi El Khomri

Atlantico : Avant les manifestations de rue, la mobilisation contre la loi El Khomri s'est d'abord manifestée par une pétition en ligne, sur le site Change.org, qui a dépassé aujourd'hui le seuil historique du million de signatures. Mais si ce site revendique haut et fort son statut d'entreprise d'intérêt général, que fait-il réellement des données personnelles des pétitionnaires ? Comment fonctionne véritablement ce type de plateforme ? 

 

Arnaud Dassier : Il existe en matière de site de pétition deux modèles. D’une part des petites maisons, qui fonctionnent souvent comme des PME et agissent dans un rayon d’action plutôt local. Elles fonctionnent en monétisant la promotion des pétitions et la vente et cession des fichiers constitués par leurs pétitions. Le modèle de ce type d’entreprise est mesopinons.com, qui par son succès est passé d’un statut associatif à celui de petite entreprise modeste et profitable. De l’autre côté, il y a de gros groupes, principalement américains, tel Nation Builder, Avaaz ou Change.org qui se construisent grâce à des donations très importantes, des levées de fonds aussi, de la part d’investisseurs philanthropes de la Silicon Valley.

L’archétype de cet investisseur, c'est le fondateur d’eBay, Pierre Omidyar, qui investit beaucoup d’argent pour la promotion de la démocratie dans le monde. Ces entreprises fonctionnent avant tout grâce aux dons de ces personnalités qui croient dans l’utopie de la démocratie liquide portée par Internet.

A côté de cela, les deux sources de valorisation possibles pour une entreprise comme change.org sont : le marketing, avec la valorisation des contenus pétitionnaires pour les acteurs qui en ont les moyens (association, entreprise, parti politique), soit une revente des informations collectées à des bases de données en sélectionnant la data, ou directement aux organisations qui souhaitent récupérer les informations des gens.

On pourrait demander à change.org : qu’allez-vous faire du million de personnes signataires de votre pétition ? Le donner à Caroline de Haas gratuitement ? Il faut bien comprendre que c’est leur pétition et leur fichier. Donc j’en doute.

Après, il faut dire que ces gains ne sont pas mirobolants : les acteurs de ces pétitions, que ce soient les ONG, les partis politiques ou les associations ont des moyens relativement limités. Il s’agit d’un modèle qui n’est pas tout à fait celui d’une start-up.

Benoît Thieulin : Je connais surtout le modèle d'Avaaz pour qui j'ai travaillé à son lancement, mais moins celui de change.org. En général, toutes ces entreprises ont un statut de fondation américaine. Il ne s'agit donc pas véritablement d'entreprises à proprement parler, et elles ne cherchent pas normalement à générer des revenus autres que ceux nécessaires pour assurer le fonctionnement du service d'intérêt général qu'elles proposent. L'objectif de ces sites est de donner du pouvoir à la société civile en lui permettant de créer des pétitions. Grâce à ces services, celles-ci sont beaucoup plus simples à lancer qu'auparavant, et un petit peu plus viables, selon ces sites, quant à l'authenticité de la signature du pétitionnaire. Cette plateforme garantit par exemple qu'il n'y ait pas 10 000 faux pétitionnaires. La dématerialisation de la pétition a changé et facilité l'usage de la pétition. Il s'agit en ce sens, à mon avis, d'un des éléments forts d'"empowerment" (augmentation du pouvoir) de la société civile par le numérique dans lequel Internet est devenu la principale agora mondiale.

 

Si l'on observe l'apparition du mouvement contre la loi El Khomri, il s'agit d'un nouveau processus : d'abord une naissance de la contestation sur les réseaux sociaux, avec notamment des hashtags sur Twitter, puis des groupes sur Facebook. Le mouvement y a pris de l'ampleur et a permuté pour s'amplifier encore plus avec la pétition poussée par Caroline de Haas. Comme cette pétition est extrêmement bien connectée aux réseaux sociaux, la dynamique est facilement enclenchée et prend l'ampleur qu'on connaît aujourd'hui.

 
Commentaires

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  • Par kaprate - 09/03/2016 - 09:40 - Signaler un abus just do it!

    Bobo emmène les enfants chez mac do, les chinois commercent en anglais, le terroriste boit du coca cola, l'anti capitaliste porte du nike et les français contre la finance sans visage et pour le pouvoir citoyen libre signent sur change.org...

  • Par Anguerrand - 09/03/2016 - 10:35 - Signaler un abus Ces ados qui ne connaissent ni l'entreprise ni l'economie

    Je suis convaincu que la majorité des grévistes ne connaissent pas le projet de loi. Leur signature est uniquement négative, rien de constructif. S'ils avaient qq notions d'économie il comprendraient l'utilité de la plupart des propositions . Pour une foi que la gauche fait quelque chose de positif ( en 4 ans) on pourrait espérer que les francais qui connaissent la nécessité de réformes, comme d'habitude...sont contre. Tous les pays qui ont été dans ce sens, voire beaucoup plus loin en ont tiré de vrais bénéfices, baisse du chômage, baisse du déficit des budget. On garde le système actuel ? Àlors il ne faudra pas pleurer sur l'état de la France. Le prochain( e) president( e) devra être pret à remettre la France sur les rails au niveau de nos voisins, au risque d'avoir des grèves lourdes.

  • Par Arbannais - 09/03/2016 - 11:02 - Signaler un abus Analyse des chiffres.

    Il y a, en France, à peu près 25 millions d'électeurs pour une présidentielle. Un président élu l'est généralement avec un score voisin de 52 %, soit quelques 13 millions d'électeurs pour, donc à peu près 12 millions contre. Que représente donc le million de signature contre la loi El Khomri ? Face à ces 12 millions de "contres", un président potentiel doit-il renoncer au pouvoir, au prétexte qu'il y a trop de gens contre lui ? Doit-il attendre d'avoir 80 % de "pour" ? D'ailleurs, il serait intéressant et instructif que Change.org lance aussi la pétition contraire, c'est-à-dire ceux qui sont favorables à cette loi. Et si l'on s'apercevait que, face à ce million de signature "contre", on avait en face 1,5 ou 2 millions de "pour" ? Cocasse, non ?

  • Par zouk - 09/03/2016 - 11:04 - Signaler un abus EMPOUVOIREMENT !

    Le problème n'est pas le fonctionnement interne de telles plateformes, mais bien qui y fait appel à des fins de manipulation, le million de signatures recueilli contre la loi travail est démonstratif: comment savoir qui est le client de la plateforme. Aux Etats Unis, il s'identifie clairement., ce n'est pas le cas en France.Et finalement une loi nécessaire, correspondant à l'opinion publique majoritaire, risque d'être repoussée par des manipulations idéologiques retardataires.

  • Par Jean-Benoist - 09/03/2016 - 13:29 - Signaler un abus Quelle fiabilité

    présente cette pétition si on peut la signer plusieurs fois et atteindre 1 million??

  • Par Ex abrupto - 09/03/2016 - 15:49 - Signaler un abus A Jean Benoist 13:29

    surtout qu'on peut écrire des robots pour faire le boulot!

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Arnaud Dassier

Arnaud Dassier est un entrepreneur et consultant dans le secteur d'Internet. Il est spécialiste de l'Internet politique, il a notamment contribué aux campagnes présidentielles de Jacques Chirac (en 2002) et de Nicolas Sarkozy (en 2007).

Depuis 2010, il est Consultant, membre du conseil d’administration de The Marketingroup, investisseur & entrepreneur au sein de plusieurs sociétés dans le secteur du numérique.

le site de campagne législative d'Arnaud Dassier

 

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Benoît Thieulin

Benoît Thieulin est le fondateur de l'agence La Netscouade et président du Conseil National du Numérique.

En 2006-2007, il a participé à la campagne Internet de Ségolène Royal, notamment à travers la création du site Désirs d'Avenir.

 

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