Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 26 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Bénéfices nets records de ces GAFA qui paient si peu d'impôts en France : comment les géants du web sont devenus les nouveaux rentiers

Les Etats devront se poser la question de l'impact de ces groupes en termes de concurrence, dont l'activité se rapproche d'ailleurs du concept de monopole naturel.

Nouveau monde

Publié le
Bénéfices nets records de ces GAFA qui paient si peu d'impôts en France : comment les géants du web sont devenus les nouveaux rentiers

Atlantico : Selon une analyse de Statista, les géants du web, surnommés les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), ont vu leurs bénéfices augmenter en 2016 en générant 77.8 milliards de dollars, soit 50% de plus qu'en 2012. Comment expliquer que ces entreprises se portent aussi bien malgré la crise? Comment faire la part des choses entre leurs succès commerciaux et leur "habileté fiscale" dans ce résultat ?

Jean-Charles Simon : Il faut d’abord rappeler que l’économie mondiale est en croissance, et plus encore les activités dans lesquelles opèrent les GAFA. Ces entreprises sont très performantes et innovantes, et bénéficient donc de cette croissance.

Mais le niveau de leurs profits est en effet stupéfiant.

Dans le numérique et les nouvelles technologies, il est souvent observé un phénomène de « winner takes all » : le leader l’est de plus en plus et tend à concentrer les revenus et les profits de son secteur. 

Ces entreprises illustrent ce principe à son paroxysme. Elles ont une forme de monopole naturel dans leur cœur de métier : le « search » pour Google, le e-commerce pour Amazon, le média social pour Facebook et, pour Apple, l’ensemble de l’écosystème qu’il a créé autour d’iOS. Les utilisateurs ont tout intérêt à disposer d’un acteur ou d’une plateforme unique la plus riche et profonde possible, tandis que ceux qui distribuent (leur publicité, leurs produits, leurs applications, leur musique…) ont aussi intérêt à choisir le système qui agrège la plus grande demande. Au lieu de faire face à une concurrence toujours plus âpre -comme c’est le cas par exemple entre fabricants de smartphones sous Android, le système ouvert de Google, où ils génèrent tous ensemble très peu de profits malgré une énorme part de marché -, les GAFA ont au contraire une position de plus en plus hégémonique, et même totalement pour Apple sous iOS, un système que la firme garde fermé. Ils bénéficient donc d’une rente de situation, qu’ils peuvent moduler. Amazon choisit par exemple de ne pas optimiser sa profitabilité pour conquérir toujours plus de parts de marché et assécher la concurrence, tandis qu’Apple ne se préoccupe guère de laisser croître la part de marché d’Android puisqu’il concentre quasiment tous les profits du secteur et les maximise, sans concession pour ses clients et fournisseurs. Dans la publicité numérique, Google et Facebook forment ensemble un gigantesque trou noir qui paraît absorber quasiment tous les revenus, au grand dam des éditeurs. 

L’habileté fiscale ne vient finalement qu’a posteriori : cette rentabilité extrême crée à ces entreprises des « problèmes de riches », puisqu’elles pourraient se retrouver avec des ardoises d’impôt colossales. Elles sont donc plus que d’autres incitées à explorer tous les raffinements de l’optimisation fiscale.

Souvent mises en causes en raison de leur présence massive au sein de "paradis fiscaux" ou autres pays à fiscalité réduite, quels ont été les mécanismes et défaillances qui ont pu profiter à ces entreprises, et leur permettre d'autant se développer? 

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Charles Simon

Jean-Charles Simon est économiste et entrepreneur. Chef économiste et directeur des affaires publiques et de la communication de Scor de 2010 à 2013, il a auparavent été successivement trader de produits dérivés, directeur des études du RPR, directeur de l'Afep et directeur général délégué du Medef. Actuellement, il est candidat à la présidence du Medef. 

Il a fondé et dirige depuis 2013 la société de statistiques et d'études économiques Stacian, dont le site de données en ligne stacian.com.

Il tient un blog : simonjeancharles.com et est présent sur Twitter : @smnjc

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€