Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 30 Avril 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Auto-congratulation gouvernementale sur l’Education nationale : eh bien non, l’école ne peut pas tout

Alors qu'ont commencé ce lundi les "Journées de la refondation de l'école" autour de la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem, cette énième session de tables rondes semble passer une nouvelle fois à côté des vrais soucis de l'enseignement français aujourd'hui.

Vains efforts

Publié le
Auto-congratulation gouvernementale sur l’Education nationale : eh bien non, l’école ne peut pas tout

Atlantico : Depuis lundi, 2000 personnes sont réunies à Paris autour de Najat Vallaud-Belkacem et de ses deux prédécesseurs au ministère de l'Education nationale, Vincent Peilon et Benoît Hamon, pour les "Journées de la refondation de l'école". François Hollande lui-même s'y est rendu. En quoi ces journées consistent-elles concrètement ? Quels en sont les objectifs affichés ?

Jean-Rémi Girard : Ces deux jours consistent concrètement en un gigantesque plan de com', probablement fort coûteux. Tout le monde s'auto-congratule, bien loin des réels problèmes de l'École et des conséquences tout aussi réelles des réformes mises en œuvre. Pour avoir assisté au début de la grand-messe - avant d'avoir été mis dehors car mon syndicat, le SNALC, a tenté d'interpeller la ministre hors du cadre prévu pour les bons petits soldats -, on est dans un fascinant moment d'entre-soi, avec un programme rempli de "tables rondes" où tout le monde est déjà d'accord au départ.

Il s'agit de faire croire qu'on a réellement "refondé l'École". Sauf qu'il n'y a pas grand-monde à l'extérieur de la Bourse pour y croire, et moins de monde encore chez les professeurs, qui ne voient venir que des problèmes (en nombre) et aucun levier pour améliorer le niveau moyen d'enseignement. Bref : il s'agit de vendre du vent.

Jean-Paul Brighelli : Il s'agit à la fois d'auto-congratulation et d'auto-prédiction : faute de savoir ou pouvoir intervenir sur le réel, les idéologues montent un discours vide, comme on monte des blancs en neige - avec du vent. Au passage, si on peut récupérer avec des promesses quelques-uns des enseignants qui avaient voté Hollande en 2012 (et qui réalisent ces temps-ci l'aberration de ce vote), c'est toujours ça de pris. Il s'agit si bien d'auto-congratulation que trois syndicalistes du SNALC qui exprimaient (poliment) leur opposition à la réforme du collège ont été virés manu militari. Bref, c'est une grand-messe sur les bases grotesques du "hé ho la Gauche" qui est vraiment la forme minimaliste - et profondément dérisoire - du racolage actif.

Au programme de ces journées figurait notamment l'objectif de "mettre en place de nouveaux contenus d'enseignement". Le nouveau Conseil supérieur des programmes a été chargé de définir ces "contenus", parmi lesquels un "enseignement moral et civique". Qu'attend-on de ce type d'enseignements dans le contexte actuel ? Et quel résultat peut-on en attendre en termes de cohésion nationale, d'intégration et de "vivre ensemble" ?

Jean-Rémi Girard : L'enseignement moral et civique est venu du projet de Vincent Peillon de faire partager aux élèves une "morale laïque". On a bizarrement perdu le terme "laïque" en cours de route ; c'est bien dommage. Pour ce qui concerne les contenus, on a simplement toiletté l'éducation civique qui existait déjà en collège, lycée général et professionnel (sous diverses formes), et on a appelé ça une réforme. On a ensuite importé la chose dans le primaire, avec des programmes fabriqués sur des cycles de 3 ans parfaitement impossibles à mettre en œuvre. Si l'on rentre dans le détail, on a pas mal de choses tout à fait intéressantes. On y parle des principes et des symboles de la République (y compris la laïcité donc, même si c'est au professeur de se débrouiller avec les débats du moment). On explique le fonctionnement de nos institutions, d'un procès, on parle des addictions… Ensuite, toute la partie intitulée "culture de la sensibilité" paraît fort fumeuse ("partager et réguler des émotions", kézako ?) et n'est pas correctement cadrée. Bilan : ce programme ne semble pas avoir été conçu pour être enseigné de façon pragmatique. Beaucoup de choses sont très implicites, et les contenus d'enseignement sont loin d'être bien déterminés. On risque donc de ne pas beaucoup améliorer le fameux vivre-ensemble, et on risque ponctuellement d'y faire des choses très artificielles, surtout au vu de l'absence de formation de qualité prodiguée aux professeurs.

A noter que, comme ces programmes de cycle de 3 ans étaient une horreur à mettre en œuvre (surtout entre le CM1 et la 6e - faut-il n'y rien connaître pour prendre une décision aussi stupide -), on a généralisé à l'ensemble des disciplines. Et voilà comment on n'est plus sûr de qui va enseigner quoi et à quel niveau…

Jean-Paul Brighelli : On ne peut rien attendre de programmes qui ont été conçus d'abord dans une obéissance servile aux objectifs de "compétences" définis par le Protocole de Lisbonne en 2000 (et qui vident les enseignements nationaux de toute référence à des savoirs réels, à commencer par la maîtrise de la langue), ensuite en adéquation avec les lubies pédagogistes qui se sont mises en place depuis les années 1960. Rien. Je n'en veux pour preuve que les exemples accablants issus ces derniers jours des manuels conformes à la réforme. L'idée des Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) ne pouvait surgir que dans la cervelle moisie d'un pédagogue obsédé par la non-transmission des connaissances - ou incapable de transmettre quoi que ce soit, sinon l'exorbitance de son ego.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par jlmr - 03/05/2016 - 11:08 - Signaler un abus Je n'ai pas lu l'article car

    tout ce que l'on peut dire sur l'É.N. est pipé d'avance. Cet outil a été tellement modifié depuis l'Instruction Publique qu'on ne sait plus très bien à quoi ça sert. À l'origine, cela devait obliger les Français à savoir lire le français, en particulier les lois mais aussi cela devait imposer une instruction civique plutôt aléatoire à l'époque. Le rôle des parents n'était en aucun cas remis en cause. On a remplacé Instruction par Éducation… ce qui ne devrait pas être ; l'école est devenu un pis-aller où chaque réforme englue vers un cloaque informe pour essayer d'endiguer certains problèmes qui se font jour ponctuellement

  • Par langue de pivert - 03/05/2016 - 11:33 - Signaler un abus Bien...pour un syndicaliste ! ☺

    Propos très pertinents et argumentaire solide de quelqu'un qui sait de quoi il parle. Voilà une personne qui serait plus utile dans un ministère (et même à sa tête à la place de "la potiche") que dans un syndicat ! (pure méchanceté et malveillance de ma part que j'assume :-) L'impasse est faite (un oubli ? Pas sûr ? Faut se méfier des syndicalistes ! :-) dans cet article sur les dégâts dans l'EN des "chances pour la France" et autres décrocheurs dont on s'occupe plus que des élèves lambda (fussent-ils - et surtout - quand ils sont en difficultés SCOLAIRES) Résultat ? Les décrocheurs, "raccrochés" par la contrainte, en font plus pour se faire virer...et les autres attendent qu'on s'occupe d'eux ! Ils monopolisent (les décrocheurs) temps, énergie, argent pour rien, les élèves lambda sont sur la touche : que des perdants ! Quel gâchis !

  • Par zouk - 03/05/2016 - 13:38 - Signaler un abus L'Ecole publique

    Le drame continue, mais les Ministres se réunissent pour se congratuler réciproquement. Qui balaiera cette engeance dont les enfants sont les premières victimes, et tout le pays ensuite. Les objectifs de JUles Ferry étaient d'apprendre à lire, écrire et faire les 4 opérations arithmétiques (addition, soustraction, multiplication et division) à TOUS LES ENFANTS. C'est indispensable dans la vie courante et suffisant pour beaucoup. Ce n'est même plus assuré, quand ce n'est pas ouvertement méprisé au nom d'une idéologie pédagogiste dont personne ne sait la moindre ébauche de définition. Mais les syndicalistes qui peuplent le ministère sont fiers d'eux mêmes. Que n'appelle-t-on jmr au rôle de ministre pour le plus grand bien des enfants. Mais on appelle Vincent Peillon et quelques autres clowns PS, ils savent mieux que quiconque. Voyez le résultat.

  • Par gerint - 03/05/2016 - 13:54 - Signaler un abus Ces ministres sont des criminels

    Peillon le fou furieux, Hamon le sectaire tout aussi dogmatique, Belkacem qui hait la société française comme les deux autres... Et d'autres bien sûr. Il faut les empêcher de nuire davantage

  • Par Pourquoi-pas31 - 03/05/2016 - 15:02 - Signaler un abus Peillon, un homme sans scrupule !

    Il est bien au chaud, au parlement européen, où il émarge grassement et se prépare des indemnités de retraite que vous enviriez tous. Où est le bon temps des fourches et des pics sur lesquels se promenaient des têtes d'ennemis de la nation ?

  • Par Anguerrand - 03/05/2016 - 17:34 - Signaler un abus EN ruineuse

    Résultats désastreux comparés aux autre pays.

  • Par Fredja - 03/05/2016 - 18:19 - Signaler un abus Ils peuvent s'auto-congratuler

    quand on voit le niveau des élèves, ils ont atteint leur but : faire de la France un pays sous-développé, pour que seuls les enfants de bobo s'en sorte dans les établissements privés, et qu'ensuite ils dirigent la France... Ca fait peur !

  • Par vangog - 03/05/2016 - 21:39 - Signaler un abus Le pedagogistme gauchiste...un massacre!

    Il faut virer très rapidement ces malpropres, avant qu'ils n'enterrent totalement l'enseignement de Jules Ferry, qu'ils ont transformé en re-education socialiste moribonde et égalitariste...une tuerie!

  • Par thymthym711 - 04/05/2016 - 22:51 - Signaler un abus A vau-l'eau

    Y a-t-il une profession plus critiquée, plus dénigrée que celle de professeur (dans le primaire ou le secondaire) ? L'enseignement n'est-il pas le seul domaine sur lequel les Français se croient tous compétents pour donner un avis éclairé ? L'enseignement n'est-il pas le domaine où l'avis des usagers est plus important que celui des professionnels ? L'avis de l'enfant n'est-il pas plus important que celui du professeur ? On attend du monde enseignant qu'il résolve tous les problèmes de société (les citoyens et les parents ne sont responsables de rien) et on lui tire dessus à boulets rouges chaque jour que Dieu fait. Celui qui entre dans l'enseignement aujourd'hui est une fou ou un désespéré... ou un dieu !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Rémi Girard

Jean-Rémi Girard est vice-président du SNALC-FGAF (Syndicat National des Lycées et Collèges). 

Il tient le blog sur l'Education nationale "Je Suis en retard" : http://celeblog.over-blog.com

Voir la bio en entier

Jean-Paul Brighelli

Jean-Paul Brighelli est délégué Education de Debout la France. Professeur agrégé de lettres, enseignant et essayiste français, il est également l'auteur ou le co-auteur d'un grand nombre d'ouvrages parus chez différents éditeurs, notamment La Fabrique du crétin (Jean-Claude Gawsewitch, 2005) et La société pornographique (Bourin, 2012). 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€