Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 27 Mai 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Armes chimiques en Syrie : pourquoi les analyses des enquêteurs n'auront aucun impact sur la guerre de l'information qui se joue entre les différents camps

La Russie a annoncé qu'une délégation de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) s'est rendue samedi sur le site de l'attaque chimique présumée du 7 avril à Douma. Ses analyses ne permettront pas de faire toute la lumière sur ce qui s'est passé.

Parties irréconciliables

Publié le
Armes chimiques en Syrie : pourquoi les analyses des enquêteurs n'auront aucun impact sur la guerre de l'information qui se joue entre les différents camps

 Crédit LOUAI BESHARA / AFP

Atlantico : Une chaîne russe a publié une vidéo qui, selon elle, montre que les attaques chimiques en Syrie étaient une mise en scène. Que faut il en penser alors que les enquêteurs vont enfin se rendre sur les lieux ?

Alain Rodier : D’une manière générale, et plus particulièrement en matière de situation internationale, nous nageons dans une guerre de l’information (et de l’intoxication) où plus personne ne sait très bien distinguer le vrai du faux, particulièrement sur ce qui se passe au Proche-Orient. La cible pour les dirigeants politiques, qu’ils soient occidentaux, russes ou chinois, est d'abord leurs propres opinions publiques avec toutefois un sérieux bémol : les citoyens russes sont persuadés majoritairement que la présentation de la situation syrienne par leurs autorités est exacte alors que les opinions occidentales - en dehors des anglo-saxons - sont beaucoup plus partagées (les Chinois sont visiblement moins préoccupés car moins engagés directement en dehors du problème des Ouighours).

Il est d’ailleurs très inquiétant de voir comment le conflit syrien est en train de s’exporter insidieusement en Europe - et plus particulièrement en France - un peu à l’image de son homologue palestino-israélien. Les commentaires sont tranchés de part et d’autre, les tenants du neoconservatisme renvoyant leurs contradicteurs aux années "noires" de notre Histoire et affirmant qu'ils sont les suppôts de la propagande concoctée à Moscou puis diffusée par RT et Sputnik (chaînes d'informations désignées à la vindicte populaire par le chef de l'Etat en personne). Persuadés de la justesse de leurs thèses, quelques censeurs vont jusqu’à qualifier de "traîtres" ceux qui ne partagent pas exactement leurs opinions sur le sujet. On sent même chez certains observateurs-idéologues poindre l’envie de la recréation de tribunaux d’exception et de ressortir la guillotine. Même s’ils font preuve de mansuétude, l’ouverture d’ailes spéciales dans les hôpitaux psychiatriques pour les "déviants" pourrait trouver grâce à leurs yeux. En effet, ces deniers ne peuvent qu’être des "fous" pour nier l’évidence ! N’oublions jamais que les responsables des Vietminh et des Khmers rouges ont été formés dans les universités françaises qui - comme chacun le sait - sont des temples du dialogue, de la tolérance et de la vérité historique. Il fut un temps où le maoïsme y était même très en vogue…

Sur le fond de l’affaire des deux bombardements présumés chimiques de la Douma, il n’y a aujourd’hui pas de preuve absolue (il suffit pour le constater de lire avec attention l' "évaluation nationale" publiée le 14 avril 2018 sur le sujet) ni dans un sens ni dans l’autre. Techniquement, cela devrait être éclairci dans les semaines à venir mais, rien ne dit que la vérité en sortira réellement.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par JonSnow - 22/04/2018 - 12:08 - Signaler un abus Excellente analyse!

    Je le partage en tous points.

  • Par Marie-E - 22/04/2018 - 18:30 - Signaler un abus Comme toujours

    Une très bonne analyse de Monsieur Rodier. Un vrai plaisir à lire même si on apprécié vraiment pas les événements. À ce propos j'aimerais bien qu'à propos de la Syrie on parle (je ne vise pas Monsieur Rodier) un peu plus du camp de Yarmouk qui en ce moment subit de nouvelles attaques.

  • Par Christophe Cordonnier - 23/04/2018 - 16:02 - Signaler un abus Samarcande

    Une belle et froide analyse des faits et des enjeux, aussi brûlants soient-ils! C'est avec de telles approches rigoureusement distanciées que la France et ses élites peuvent contribuer à rendre notre monde un peu plus sage. Merci monsieur Rodier

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€