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Prendre l'amour comme une pilule antistress

Héloïse Guay de Bellissen a compilé 99 citations de Spinoza dans un manuel philosophique. Chaque citation est expliquée pour chasser fantômes et idées noires et pour oublier l'angoisse générée par notre vie quotidienne. Extraits de "Spinoza antistress : En 99 pilules philosophiques".

Pour vivre heureux...

Publié le 2 juin 2012
 

L’amour naît de la représentation et de la connaissance que nous avons d’un objet ; et plus l’objet se montre grand et imposant, plus l’amour est grand et imposant en nous.

L’amour comme un état, comme une position dans l’existence, qui naît au contact de ce que l’on voit. Nous nous faisons donc une représentation, comme un croquis personnel de ce que nous regardons. Ensuite se rajoute la connaissance de cette chose. Qu’elle est-elle ? Réveille-t-elle en moi un passé que je connais déjà et est-ce pour cela qu’elle m’attire ? Est-elle nouvelle, étrange, et est-ce pour cela que je suis saisi par elle ? Mais surtout, qu’elle est-elle, elle-même, sans mon regard et mon expérience qui parlent à ma place ? D’un coup, l’objet d’amour devient lui-même, prend ses propres proportions, dépasse le croquis, et se dessine alors tel qu’il est : grand et imposant. L’amour n’est plus alors un sentiment mais une substance englobante, qui prend la place même de l’amour, se déploie en nous-mêmes et dépasse du cadre.

Cherchez en vous cet amour-là qui arrive à accéder aux choses par le sentiment pour finir par un infini, un horizon pur. On peut quasiment le faire comme un exercice. Regarder l’objet aimé de loin. Le saisir dans sa petitesse, l’étroitesse du regard. En faire un croquis dans sa tête, pour le comprendre, le saisir dans son infini.

« L’amour, c’est beaucoup plus que l’amour. » 
Jacques Chardonne

Nous pouvons nous affranchir de l’amour de deux manières : ou bien par la connaissance d’une chose meilleure, ou bien par l’expérience qui nous apprend que l’objet aimé que nous avons pris pour quelque chose de grand et de magnifique nous apporte beaucoup de douleur, de peine et de dommage.

Penchons-nous sur les histoires d’amour, car l’exemple de Spinoza colle parfaitement. Nous en avons tous fait l’expérience d’arrêter une histoire, quelle qu’elle soit. Il y a donc deux manières qui nous permettent de sortir d’un amour. Soit en rencontrant un autre être qui semble nous correspondre plus, soit quand l’illusion de l’amour s’arrête. Le rideau tombe, et nous découvrons tout à coup que nous sommes malheureux par amour.

Platon nous dit que « l’amour rend aveugle », oui et non.

Oui, l’amour rend aveugle si nous n’avons pas pris connaissance de nous-mêmes et donc de l’autre. Comment, si nous ne sommes pas nés en nous-mêmes, pourrions-nous donner naissance à quoi que ce soit ? Et non, l’amour, le véritable, rend voyant quand il est éclairé par la raison, et que nous savons qui nous sommes.

Essayer de ne pas s’illusionner. Savoir comprendre avant d’agir. 

Si vous êtes malheureux dans votre histoire, libérez-vous d’elle parce que l’amour rend heureux. Remettez-vous en question, et entrez en vous pour savoir d’où vient toute cette peine que vous vous êtes infligée, consciemment ou non.

L’amour et le désir sont sujets à l’excès.

Nous y voilà, tout ce qui peut être bon est forcément mauvais.

Allons, au fil de ces pages, nous avons appris à raisonner ; tout ça, ce n’est qu’un lieu commun, un mouroir de la pensée. Ce qui est bon est forcément bon, sauf si nous ne savons pas le manipuler. Manipuler au sens de créer, comme de la terre qui deviendrait sculpture. Sachez que l’amour est le socle de l’homme. Il est en vous et vous êtes né d’un amour.

Même si vous n’en êtes pas persuadé aux vues de votre schéma familial, ça n’a que peu d’importance. Si vous êtes venu au monde, c’est que la nature vous a désiré, oubliez vos barrières familiales. Vous êtes-vous, sans cela. L’amour et le désir peuvent devenir excès, c’est vrai, mais ne le sont pas par essence. C’est lorsque vous quittez le socle que l’excès existe, car nous le faisons apparaître de notre ignorance des choses.

Ils sont sujets à devenir un trop-plein quand nous sommes vides de nous-mêmes.

Se ressourcer, se ressaisir, se sentir bien au fond de soi fera que vous serez le bien. La juste mesure, voilà ce qu’il faut atteindre. L’amour n’est que bonheur de soi, à travers soi et au-delà de soi. Le désir n’est que vouloir le mieux pour nous-mêmes. Alors, tout va bien, l’excès n’est que de passage dans nos vies, n’ayons pas peur de parfois passer par lui, pour mieux comprendre ce qui nous habite vraiment.

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Extrait de Spinoza antistress : En 99 pilules philosophiquesEditions de l'Opportun (12 avril 2012)

 


Héloïse Guay de Bellissen

Héloïse Guay de Bellissen est l'auteur de Au coeur du slam : Grand Corps Malade et les nouveaux poètes, Editions Alphée (25 mai 2009)). Elle vit à Paris et est chroniqueuse pour www.bakchich.info.

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