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Alya : ce que les Israéliens oublient de dire sur les raisons pour lesquelles ils se font si pressants dans leur invitation aux juifs de France de venir en Israël

Il y a un an, à la veille de la marche du 11 janvier et quelques jours après l'attentat de l'Hyper Cacher, Benyamin Netanyahou lançait un appel aux Français juifs à rejoindre l'Etat d'Israël, leur véritable "foyer" selon ses mots. Il avait tenu le même discours après les attentats commis par Mohammed Merah.

Allez viens ! On est bien !

Publié le - Mis à jour le 16 Février 2016
Alya : ce que les Israéliens oublient de dire sur les raisons pour lesquelles ils se font si pressants dans leur invitation aux juifs de France de venir en Israël

Atlantico : Le Premier ministre israélien a-t-il une attention particulière pour la population juive de France ? Si oui pourquoi cette population juive en particulier ?

David Elkaïm : Cette "attention particulière", qui ne date pas de l’actuel Premier ministre (cf. les déclarations d’Ariel Sharon en 2005), s’explique par la conjonction de deux facteurs.

Premièrement, hormis les Etats-Unis, la communauté juive française est, depuis que les Juifs de l’ex-URSS ont été autorisés à faire leur alya (« montée » en hébreu, terme qui désigne l'émigration vers Israël) à la fin de la Guerre froide, la plus importante du monde avec environ 600 000 membres.

L’organisation communautaire de la société américaine et la domination du judaïsme libéral expliquent que les alya des juifs américains restent proportionnellement moins importantes.

Deuxièmement, la montée de l’antisémitisme en France, même s’il faut manier cette idée avec beaucoup de précautions, et, cela est en revanche incontestable, la perpétration de plusieurs attentats antisémites ont créé une grande angoisse dans la communauté juive.

Même s’il ne s’agit aucunement d’un « exode » (contrairement aux anticipations de l’Institut de Politique du Peuple Juif, le « think tank » de l’Agence juive) et que les motivations en sont multiples (certaines sont « identitaires » mais d’autres s’expliquent notamment par des motifs économiques), un nombre croissant de Français (probablement entre 10 et 15 000 personnes en 2015) choisissent de faire leur alya.

Il me parait important de souligner que le discours du Premier ministre sur l’alya est diversement apprécié dans la communauté juive française. D’abord parce que certains Juifs de France ne se sentent pas de proximité particulière vis-à-vis d’Israël. Ensuite, parce que beaucoup estiment qu’un juif qui ne vit pas en Israël n’est pas un juif « incomplet » et que la vie en diaspora n’est pas spirituellement inférieure à la vie en Israël. Enfin, parce que la majorité est profondément attachée à la France et n’envisage pas de la quitter même si la situation n’est pas « totalement réjouissante ». C’est peut-être même à cause de la situation que les juifs de France restent largement sourds aux appels à l’alya : parce que la France est leur pays, ils veulent y rester pour contribuer en citoyens français à la défense des valeurs de la République.

Cette politique qui consiste à inciter les Juifs de la diaspora à faire leur alya est-elle motivée par la volonté de contrebalancer la forte démographie des Palestiniens ? 

Il faut rappeler que, par-delà les clivages politiques, Gauche et Droite israéliennes sont « sionistes », donc favorables à l’alya. En effet, la raison d’être du projet sioniste, qui émerge en Europe dans la deuxième moitié du XIXème siècle, est la création d’un « foyer national juif » pour répondre à la montée de l’antisémitisme (qui se distingue de l’anti-judaïsme par sa dimension « raciale »). Après des débats internes, les membres du Congrès juif mondial créé par Theodor Herzl décident que ce foyer national ne peut légitimement être créé que sur la terre des origines du peuple juif, même si ces origines sont très lointaines et partiellement mythiques : la terre d’Israël, alors sous domination musulmane depuis le VIIème siècle.

Par parenthèse, il convient de souligner qu’en tant que tel, le sionisme n’est pas incompatible avec la création d’un Etat palestinien, du moment qu’il est créé à côté d’Israël et non à sa place !

La création de l’Etat d’Israël en 1948 est donc l’aboutissement du projet sioniste mais ne l’épuise pas : il s’agit désormais de renforcer l’"Etat des Juifs" (selon le titre du livre de Herzl) pour qu’il puisse offrir un refuge à tous les Juifs qui se sentiraient persécutés ou tout simplement qui souhaiteraient vivre au milieu du peuple juif.

Juridiquement, cette vocation d’Israël à accueillir (virtuellement) tous les Juifs du monde est traduite dans la Loi du Retour (1950) qui indique que "Tout Juif a le droit d’immigrer en Israël".

La promotion de l’alya n’est donc pas prioritairement liée au conflit israélo-palestinien mais, dès lors que la perspective de la création d’un Etat palestinien s’éloigne, elle le devient !

Plusieurs membres du gouvernement israélien actuel, et le Premier ministre lui-même en certaines occasions, n’en font pas mystère : ils n’entendent pas évacuer la Cisjordanie dans un futur proche et le moyen le plus sûr de rendre l’occupation pérenne si ce n’est irréversible, c’est de « grignoter » petit à petit des territoires et d’y installer de nouvelles implantations peuplées d’Israéliens. (Sur cette question, il faut préciser que les habitants des implantations ne sont pas tous des « idéologiques » : beaucoup s’y installent non parce qu’ils croient au « Grand Israël » mais du fait d’incitations fiscales et d’une qualité de vie paradoxalement supérieure qu’en Israël même.) 

Or, même si les études démographiques indiquent que les Palestiniens de Cisjordanie sont en phase de transition démographique, c’est-à-dire que la natalité commence à y diminuer, il ne fait aucun doute que d’ici 20 ou 30 ans au plus tard, les « non-juifs » seront majoritaires dans l’ensemble Gaza-Israël-Cisjordanie.

C’est pourquoi des voix s’élèvent depuis longtemps en Israël pour souligner le caractère suicidaire de la politique d’occupation, qui corrompt la société israélienne et est contraire aux intérêts de long terme du pays. En effet, si l’occupation de la Cisjordanie perdure, Israël ne pourra pas rester à la fois Juif et démocratique. Car soit Israël devra in fine accorder le droit de vote à tous les Palestiniens qui, devenus majoritaires, prendront démocratiquement le pouvoir et, alors, Israël perdra son caractère juif (les Juifs y seront en minorité démographique et politique) ; soit ils seront privés d’une citoyenneté pleine et entière (comme c’est aujourd’hui le cas des « Cisjordaniens » qui sont de jure ou de facto sous administration israélienne sans droit de vote mais pas des citoyens arabes israéliens dont la situation est complexe) et là, Israël aura cessé d’être une démocratie puisque la majorité de la population sous son contrôle sera privée du droit de vote.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 10/01/2016 - 11:52 - Signaler un abus Intentions d'émigration en Israël

    Malgré toute ma sympathie pour Israël, aux 2 sens d'Etat et de communauté, même si en théorie, un Etat palestinien n'est "pas incompatible" avec l'Etat d'Israêl, en vérité la chose est impossible: les Palestiniens vivent sur une partie de Eretz Israël, c'est à dire la TERRE de l'Israël biblique. C'est un sacrilège pour les ultra-orthodoxes. Mais ils feraient bien de se souvenir, haredim et dirigeants, que de 135 à 1948, Les Arabes, que nous appelons Palestiniens ont habité, cultivé, peuplé cette terre, même si Israël en a tiré un parti très supérieur.

  • Par Stéa - 10/01/2016 - 12:32 - Signaler un abus Sécurité?

    J'ai peine à comprendre comment, indépendamment de toute considération politique, idéologique et religieuse, on peut considérer qu'on est moins en danger en Israël où les attentats sont plus récurrents qu'en France et où les attaques au couteau sévissent.

  • Par von straffenberg - 10/01/2016 - 15:39 - Signaler un abus Si j'étais juif

    J'en voudrais énormément aux autorités française qui n'ont jamais su installé une sécurité totale pour ses concitoyens juifs et je comprend leur exode vers Israël ;Quant à la fondation de l'état d'Israël tel qu'il existe ce fut une erreur à la sortie de la guerre, on oublia les populations palestiniennes et l'on en paya au centuple le prix .

  • Par Marie-E - 10/01/2016 - 16:54 - Signaler un abus Soupir

    Qu' est ce qu'il ne faut pas lire! 1/ la Palestine mandataire comprenait l'actuelle Jordanie et Israël (la Transjordanie a été donnée aux Hachémites en 1922 par les Anglais en dedommagement de la région prise par la tribu des Saoud cad l'actuelle Arabie Saoudite). Le foyer juif à l'initiative du Congrès sioniste avec Hertzel à la fin du XIXe fut repris en 1917 dans la Déclaration Balfour, puis le Traité de San Remo et confié pour sa mise en oeuvre aux Anglais qui ont mis en place le Livre Blanc en 1935 pour limiter l' immigration juive et favoriser l' immigration arabe qui s'est développée avec l' attirance pour la mise en valeur de la pauvre Palestine par le Yichouv Quand l'etat d'Israël a déclaré son indépendance en abandonnant le nom de Palestine, selon la résolution 181 de l'Onu, ce qui restait de la Palestine mandataire devait être partagé en un etat juif et un etat arabe accepté par les juifs et refusé par les arabes qui ne voulaient pas des juifs mais qui ne parlaient pas de peuple palestinien puisque la Jordanie et l'Egypte ont occupé suite à la guerre la Judée Samarie, Jérusalem (vidée de ses juifs et avec destruction totale de plus de 50 synagogues) et Gaza jusqu'en 1967

  • Par Marie-E - 10/01/2016 - 17:29 - Signaler un abus Soupir (suite)

    2/ situation actuelle puisque les Palestiniens maintenant sont là: dans son discours de Bar Ilan,Netanyahu a été très clair : reprise des négociations pour l' etablissement d'un état palestinien car il vaut mieux être séparé que mal vivre ensemble. Les accords d'Oslo imposent une négociation bilatérale. Les bases pour Israël( a donné unilatéralement Gaza en échange non pas de la paix mais des roquettes) pourraient être pour moi : un etat palestinien sur les terres abandonnées à Israël la Judée Samarie avec les 4 grands blocs d'implantations (principe accepté à Taba et dans la proposition d'Olmert) avec éventuellement échange de territoires proches de la frontière, etat démilitarisé temporairement, statut de Jérusalem(unique), non retour des réfugiés avec indemnisation (en n' omettant pas la même chose pour les juifs chassés des pays arabes et réfugiés en Israël)... Les Naturei Karta haïssent Israël et approuvent l' Iran et le Hamas. Comment voulez-vous qu'ils aient une quelconque influence sur les Israéliens. Sinon Netanyahu était dans son rôle de rappeler l' importance d'Israël. Après à chacun de choisir : rester ici, partir là bas ou ailleurs. Decision personnelle s'il en est

  • Par davidb0001 - 10/01/2016 - 17:30 - Signaler un abus En effet,

    Marie-E a fourni un excellent résumé.

  • Par Paul Emiste - 10/01/2016 - 17:59 - Signaler un abus Pourquoi pas mais...

    Par contre ceux qui partent devraient abandonner leur nationalité française, quand on fait un choix on assume.

  • Par valencia77 - 11/01/2016 - 13:21 - Signaler un abus pourquoi pas

    retourner tout les juifs d'israel a L'Europe et l'Amerique et renvoyer tout les arabes en europe au moyen orient. Tout un tas de problemes resolus d'un coup.

  • Par Marie-E - 11/01/2016 - 14:50 - Signaler un abus Pourquoi

    Renvoyer tous les juifs en Europe ou aux Usa. Si vous prenez les Israéliens 1/ il y en a qui sont nés là et dont la famille est là depuis 3 à 4 siècles (tolérance des Ottomans). La présence juive à Hebron a été pratiquement ininterrompue depuis l'exil 2/ les juifs des pays arabes depuis pratiquement le 1er siècle, ils retournent au Maghreb et au Machheck 3/en Israël aujourd'hui ceux qui ont fait ou qui font leur alyah viennent de plus de 60 pays.(Russie,Roumanie,Yemen,Ethiopie,Tunisie,Italie,Mexique : un exemple de centres d'integration dans le Neguev) Conclusion : laissez Israël comme il a été reconnu par la résolution 181 de l'Onu en tant qu' état juif. Pour les arabes : il existe aujourd'hui 22 pays arabes qui ne sont pas tous au Proche Orient où par contre il y a des Turcs et des Iraniens. Vous voyez que votre proposition humoristique n'est tout simplement pas réaliste et est totalement inapplicable

  • Par arcole 34 - 11/01/2016 - 14:54 - Signaler un abus @valencia77 - 11/01/2012 - 13:21

    Les emmerdes comme les cons volent toujours en escadrilles , vous devez surement être un chef d'escadrille vu la hauteur de vos arguments .

  • Par emem - 12/01/2016 - 09:34 - Signaler un abus Alya

    Vous enfoncez des portes ouvertes. Il est évident que la politique qui consiste à inciter les Juifs de la diaspora à faire leur alya est motivée par la volonté de contrebalancer la forte démographie des Palestiniens ? Israël s'adresse particulièrement aux Français juifs parce que, en dehors des pays arabes, la France est actuellement un des pays les plus antisémites du monde, probablement en raison du grand nombre de Français musulmans. Mais Israël reste une démocratie théocratique et les Juifs athées généalogiques (Ceux de Hitler), nombreux aujourd'hui, n'ont aucune envie d'émigrer même s'ils sont parfois victimes d'antisémitisme. (L'antisémitisme n'est pas toujours violent et criminel).

  • Par Jasmin84 - 12/01/2016 - 10:18 - Signaler un abus Les Francais voient depuis

    Les Francais voient depuis des années leur pays se déliter. Ils ne reconnaissent plus le pays où ils sont nés où ils ont grandi. Ils constatent en même temps l'impuissance, la pusillanimité de leur gouvernements. On parle du sexe des anges, on disserte sur le "vivre ensemble" ou sur "l'identité heureuse" pendant que la barbarie dénommée "incivilité" s'installe dans notre quotidien. Alors certains Francais juifs partent en se disant que certes en Israel il n'y a pas moins dd'insécurité mais il y a un État qui protège sa population. Ce n'est plus le cas en Europe et pas seulement en France oû les hommes politiques totalement "shootés" à l'antiracisme ont peur de leur ombre et n'osent même pas nommer le mal. Les populations autochtones se sentent totalement abandonnées. Je comprends que certains désespèrent de voir la situation s'améliorer et finissent par partir. On voit bien que ce qui se passe en France et partout en Europe et extrêmement grave et que la réponse n'est absument pas à hauteur de la menace.

  • Par Marie-E - 12/01/2016 - 22:16 - Signaler un abus @emmem

    A part qu'Israël n'est pas une théocratie. J'ai beaucoup d'amis israéliens qui ne sont pas praticants, certains ne sont pas croyants mais ils sont tous sionistes. Une theocratie j ' en connais une avec les ayatollahs religieux au pouvoir avec des lois religieuses et une police y veillant à leur respect. Rien de pareil en Israël où le premier ministre est issu d'un parti suite à des élections, il y a coalition, un parlement, une cour suprême et des tas d'autres choses....

  • Par lémire - 14/01/2016 - 19:20 - Signaler un abus Démocratie à préserver

    L'intérêt à long terme d'Israël est de rester un pays démocratique, qui puisse retenir les cerveaux et les entrepreneurs qui produisent la richesse qui finance son armée. Pour ce faire, l'emprise des partis religieux doit être limité. Tant que les démocrates israéliens continueront à donner les clés du pays aux partis religieux (les travaillistes ayant été les premiers), Israël dérivera vers une société divisée, affaiblie et marginalisée à l'international Je ne sais pas si ceux qui émigrent là-bas, ou que Netanyahou cherche à attirer, ont été éduqués dans le public ou dans des écoles religieuses plus ou moins intégristes. Je ne sais pas dans quels partis ils se reconnaitront.

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David Elkaïm

David Elkaïm est fonctionnaire détaché au ministère des Affaires étrangères, chargé de conférences à Sciences Po Paris et chercheur au CF2R. Il est notamment l'auteur aux côtés de Eric Dénécé de l'ouvrage Les Services secrets israéliens (Tallandier, 2014).

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