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5 défis que pose tranquillement la Chine à l’Occident

L'Empire du Milieu s'est imposé comme un pays incontournable sur bien des aspects, depuis la chute des économies occidentales en 2008. Après être devenu le moteur économique du monde quand l'Ouest pansait tant bien que mal ses plaies financières, la Chine a construit son hégémonie sur plusieurs autres domaines. Elle s'est affranchie de l'Occident sur des valeurs éthiques, l'a dépassé sur le plan sportif, le menace en terme de cybersécurité et s'intéresse de plus en plus aux zones d'Asie du Sud-Est...

Provocation en duel

Publié le - Mis à jour le 20 Juillet 2015
5 défis que pose tranquillement la Chine à l’Occident

Premier défi : piratage des données et cyberguerre, quand la Chine prépare ses armes pour un conflit délocalisé sur internet

François Bernard Huyghe : Les Etats-Unis accusent systématiquement la Chine, à chaque nouvelle attaque informatique les visant. C'est un leitmotiv des sociétés de sécurité US, des think tanks, du Cybercommand, etc. : le risque de supériorité chinoise en matière de cyberattaques. Au point qu'Obama a adressé des reproches publics à Xi Jinping à ce sujet et que la justice américaine a inculpé trois officiers chinois pour  avoir mené des attaques depuis leur cellule de Shangaï. Une des plus virulentes est Hillary Clinton : dès 2010, elle  soutenait Google contre Pékin dans un conflit à propos d'une intrusion dans Gmail et elle ne cesse de dénoncer le cyberpéril jaune dans sa campagne électorale.

Ces accusations reposent sur un triple raisonnement : 1 les adresses IP d'ordinateurs à l'origine de très nombreuses attaques sont situées sur le territoire chinois, 2 dans un pays aussi  contrôlé, cela ne pourrait pas se faire sans l'ordre ou au moins l'accord du gouvernement, 3 Pékin a le motif (le désir de s'emparer de la technologie occidentales) et les moyens de mener des intrusions systématiques, donc il est coupable.

La Chine est devenue synonyme de pillage de propriété industrielle et de "Advanced Persistent Threat" (un piratage informatique sophistiqué pour pénétrer une entreprise ou une organisation cible durablement). Même en supposant que les américains en rajoutent dans la fabrication du grand ennemi, difficile de nier la pratique l'espionnage cyber à grande échelle. En revanche, on ne voit guère de cas où ce pays utilise le sabotage des systèmes d'information (comme par exemple les USA retardant la nucléarisation de l'Iran avec le virus Stuxnet ou la Russie contre l'Estonie ou la Géorgie). Si vous considérez que l'espionnage n'est pas la guerre, les Chinois n'ont jamais fait d'actes de cyberguerre. Mais personne ne doute qu'ils se dotent d'armes informatiques offensives et qu'ils se préparent au cas où.

Il est difficile de dire de quand date la prise de conscience de la Chine concernant l'importance d'être précurseurs en terme de cyberguerre et de hacking. En effet, la doctrine chinoise sur ce sujet est plutôt discrète (et vos interlocuteurs chinois encore plus quand vous abordez le sujet). En 2009, un rapport de Northrop et Gruman parlait d'une transformation profonde des capacités militaires chinoises depuis plusieurs années : une "stratégie de guerre de l'information dénommée Integrated Network Electronic Warfare (INEW) avec attaques par des réseaux d'ordinateurs et guerre électronique", combinées à des attaques "classiques" par le fer et par le feu. Dans les milieux stratégiques on cite avec admiration un livre de deux colonels chinois Q. Liang et W. Xiangsui " La guerre hors limites" publié en 1999 et qui théorisait déjà la place des attaques informatiques dans les futurs conflits. Les virus made in China et les grandes opérations dénoncées et baptisées depuis presque quinze ans (Byzantine Candor, Titan Rain, Shady Rat, etc.) renvoient à un projet encore plus ancien. Bref : sur le plan intellectuel et stratégique, ils sont tout sauf en retard.

La réputation du cyberdragon tient surtout à l'ampleur des moyens employés, au nombre des attaques d'espionnage et au caractère systématique des intrusions dans les systèmes d'entreprises, d'institutions, de centres de recherche, d'administrations, etc; du monde entier. Donc une inlassable énergie, de la continuité et la volonté de s'introduire partout plutôt qu'une grande sophistication ou l'agressivité des attaques (qui prélèvent de l'information plutôt qu'elle ne détruisent ou ne sabotent). Quant à la défense chinoise, elle repose sur le fait que le pays, jouant à fond la carte de la "balkanisation du Net" a su s'isoler des influences idéologiques (et a fortiori des cyberattaques) venues de l'ouest et de la Toile. On parle d'une Grande Muraille Numérique, qui fait que le pays a des frontières sûres dans le cyberespace. Par ailleurs, la Chine a songé à se doter très tôt d'équivalents locaux de Google ou Facebook, de fournisseurs d'accès, etc. pour ne pas dépendre de l'Occident (ce qui permet de contrôler la première population d'internautes du monde et de se protéger de toute dépendance technologique). Cela prouve surabondamment que ce pays a une stratégie à long terme de souveraineté et de sûreté numériques.

 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 18/07/2015 - 11:26 - Signaler un abus Chine expansionniste

    Elle achète des terres agricoles en Afrique, en Europe pour nourrir sa population, et crée des iles artificielles afin d'augmenter ses eaux territoriales et y créer des bases. Elle veut consolider sa position vis à vis du Japon et des USA, je ne suis pas certain qu'avant peu elle ne declenche pas un conflit. Formose? Japon?

  • Par Pourquoi-pas31 - 18/07/2015 - 12:34 - Signaler un abus Merci pour cet article

    il serait a compléter pour differents domaines et à diffuser très largement. Particulièrement bien vu : un accord ne vaut que pour le jour ou il est signé et ne vaut rien dans le futur.

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François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe est directeur de recherches à l’IRIS.
 
Il enseigne notamment au Celsa Paris IV à l’IRIS Sup et anime le site http://huyghe.fr
 
Spécialiste des stratégies de l'information, il est l'auteur de nombreux ouvrages - dont La Soft-idéologie (Robert Laffont ), L'Ennemi à l'ère numérique (PUF), Comprendre le pouvoir stratégique des médias (Eyrolles), Maîtres du faire croire de la propagande à l'influence (Vuibert), Les terroristes disent toujours ce qu'ils vont faire (avc A. Bauer, PUF), Terrorismes, Violence et Propagande (Gallimard) 
 
Son dernier ouvrage : Désinformation Les armes du faux (Armand Colin 2016)

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Jean-Vincent Brisset

Le Général de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset est directeur de recherche à l’IRIS. Diplômé de l'Ecole supérieure de Guerre aérienne, il a écrit plusieurs ouvrages sur la Chine, et participe à la rubrique défense dans L’Année stratégique.

Il est l'auteur de Manuel de l'outil militaire, aux éditions Armand Colin (avril 2012)

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Agatha Kratz

Agatha Kratz est rédactrice en chef de China Analysis et junior fellow à Asia Centre. Elle a étudié les sciences politiques et la finance à Sciences Po Paris, le chinois à Beiwai, et l’économie et les politiques publiques à la London School of Economics et Columbia University.

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Jean-Claude Perrin

Ancien entraîneur d'athlétisme français. Pour l'ensemble de ses résultats d'entraîneurs, il obtient le prix Pierre-Paul Heckly de l'Académie des Sports en 1978

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Laurent Alexandre

Chirurgien de formation, également diplômé de Science Po, d'HEC et de l'ENA, Laurent Alexandre a fonde dans les années 90 le site d’information Doctissimo. Il le revend en 2008 et développe DNA Vision spécialisée dans le séquençage ADN. Auteur de "La mort de la mort" paru en 2011,  Laurent Alexandre est un expert des bouleversements que va connaître l'humanité grâce aux progrès de la biotechnologie. 

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