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Je casse donc je suis
Le modèle démocratique français : violence partout, neurones nulle part
Publié le 09 décembre 2018
Gilets jaunes, bonnet rouges, capuches grises, foulards verts, chemises brunes, slips à carreaux… Il y a toujours une bonne raison et un vêtement adapté pour mettre le pays à feu et à sang au nom de sa souffrance spécifique.
Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Ses derniers livres : Petit dictionnaire (modérément) amoureux de Marseille (Gaussen, 2018), Les heures les plus sombres de notre histoire (L'Aube, 2016)  
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Gilets jaunes, bonnet rouges, capuches grises, foulards verts, chemises brunes, slips à carreaux… Il y a toujours une bonne raison et un vêtement adapté pour mettre le pays à feu et à sang au nom de sa souffrance spécifique.

C’est peut-être un effet de l’âge, l’annonce de la baisse prochaine de mon taux de testostérone, où tout simplement la conscience jalouse qu’il existe des démocraties apaisées où l’on débat posément de la meilleure façon de faire avancer les choses, mais ce goût français pour la violence finit vraiment par me briser les gonades (ce qui risque d’ailleurs de ne pas améliorer mon potentiel hormonal).

A intervalles de plus en plus rapprochés désormais, une catégorie ou une autre —routiers, lycéens, agriculteurs, cailleras, cheminots, zadistes, tout ce qu’on voudra— décide d’aller tout démolir pour faire valoir son point de vue pendant que des experts dissertent des ressorts du « mouvement » sur BFM-TV et que le gouvernement élabore à grand frais une usine à gaz technocratique censée ramener temporairement le calme.

Là tout de suite, et au cas où vous reviendriez à peine d’un séjour sur la planète Mars et vous demanderiez pourquoi les Champs-Élysées sont de nouveau à feu et à sang, les porteurs de battes de baseball seraient des damnés de la terre passés de la contestation banale d’une taxe sur le diesel à la remise en cause de l’ensemble des institutions républicaines. Enfin, du moins selon certains analystes. Ça pourrait aussi être autre chose. The jury is still out.

Juste avant, c’était au tour des étudiants de jouer à Mai-68 en hurlant CRS-SS et en mettant le feu à leurs amphis pour réclamer plus de moyens pour l’université. Et juste après ? On ne sait pas encore. Peut-être la Fédération française des joueurs de badminton en colère ou les partisans d’une extension des dates de la chasse au sanglier... On verra bien. Laissons-nous surprendre. Gilets jaunes, bonnet rouges, capuches grises, foulards verts, chemises brunes, slips à carreaux : il y a toujours une bonne raison et un vêtement adapté pour en découdre avec les flics au nom de sa souffrance spécifique.

Bon, c’est certain, dans ces fameux pays civilisés où l’on préfère débattre posément, des éruptions du même genre se produisent à l’occasion. Mais c’est alors leur caractère exceptionnel qui leur donne du sens et les leaders d’opposition ne se bousculent pas devant les micros pour souffler sur les braises dans l’espoir d'arriver aux affaires et d’être, eux aussi, confrontés à la contestation au cocktail molotov de leurs propres réformes.

Est-ce que ça peut changer ? Est-ce que la France est susceptible d’intégrer un jour le club des démocraties stables où l’on discute avant de sortir sa barre à mine ? Mon expérience d’observateur vieillissant me dit plutôt que non. Comme la gastronomie ou le pinard, notre sauvagerie est un art de vivre, une philosophie, un trait culturel romanticisé qui fait que l’on proclame que « ça va péter » avec gourmandise et délectation et que l’on envisage une guerre civile —oui, une guerre civile ! Ce truc avec plein de morts et de réfugiés jetés sur les routes— comme on planifie ses vacances au VVF. Enfin, c’est juste mon avis. Et si vous n’êtes pas d’accord, que ça vous fiche en rogne, vous pouvez toujours aller cramer un monument historique ou couper la tête d'un président.

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edac44
- 10/12/2018 - 21:39
@aristide41, l'anarchie n'est pas et ne sera jamais le borde! !
Les médias font toujours tout pour amalgamer et confondre l’anarchie avec le désordre, le bordel ... alors que c’est exactement le contraire : l’anarchie place l’homme au centre des préoccupations de chacun alors que le capitalisme nie la vie de l’homme et considère celui-ci comme une vulgaire marchandise soumise aux règles de la production, de la concurrence et de la consommation. L’anarchie c’est la démocratie directe, la forme la plus parfaite de démocratie. C'est en pratiquant la démocratie directe que l'on peut améliorer le bien commun pour l’avantage de tous et ce dans le respect des autres et de la nature. L’anarchie n’est pas le chaos, mais la responsabilité collective.
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-anarchie-ce-n-est-pas-le-bordel-106451
aristide41
- 10/12/2018 - 07:28
@Azca
Votre tactique c'est de dire que tous ceux qui n'approuvent pas ce mouvement sont des bobos. Très pratique et ça a le mérite de ne pas s'embarrasser de nuances. J'habite en HLM. Avec mon mari, nous sommes des travailleurs pauvres qui faisons 95 Km par jour pour aller travailler. Et on en a marre des gilets jaunes. On est des bobos? Ou des c.ns parce qu'on pense que ce mouvement va empirer les choses, qu'il va amener l'anarchie la plus destructrice pour ce pays? Et que rien, rien n'est pire que l'anarchie? Et qu'on a pas envie de foutre le pays en l'air pour une augmentation de 7 centimes sur le gazole? Avant on avait la CGT qui bloquait des entreprises pour un rien, aujourd'hui c'est monsieur et madame Michu qui s''arrogent le droit de faire chier son monde quand bon lui semblera. Ce mouvement crée un précédent très dangereux pour la France qui n'avait pas besoin de ça. Je passais devant un rond point, on aurait dit une colonie de vacances. On rigole, on se fait des sandwich et du chocolat chaud. C'est mieux que de s'ennuyer devant les feux de l'amour, certes mais je mets plus de deux heures pour faire 20 km. Mais bien sûr ces messieurs dames n'en ont rien à foutre.
aristide41
- 10/12/2018 - 07:08
C'est trop
visible que certains s'éclatent et ne comptent pas en rester là. Et vous avez raison, les neurones c'est pas vraiment ce qui caractérisent le mouvement. Pendant ce temps là, on montre des images violentes dans le monde entier, les touristes et les rares investisseurs étrangers qui étaient revenus se barrent. Mais c'est pas grave tout ça. On enchaîne les Actes comme si c'était une pièce de théâtre. Seuls ceux qui réfléchissent ne s'en réjouissent pas. Beaucoup de personnes autour de moi ne rêvent que d'une chose : pouvoir partir. Encore faudrait il qu'on accepte les Français à l'étranger. Pas sûr avec la réputation d'agitateurs qu'on est en train de se faire.