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Brésil : l’autre enjeu majeur d’une victoire de Jair Bolsonaro, l’avenir de la forêt
Publié le 21 octobre 2018
Le 28 octobre aura lieu le second tour de l'élection présidentielle au Brésil. Avec les 46% de suffrages qu'il a obtenu au premier tour, Jair Bolsonaro est donné très largement favori. Suivant une rhétorique pro-business proche de celle d'un Donald Trump, répondant au slogan « Le Brésil avant tout, Dieu au-dessus de tout », Bolsonaro menace de faire tomber les protections environnementales qui visent à préserver la forêt amazonienne.
Christophe Ventura est chercheur à l’IRIS. Spécialiste de l’Amérique latine, il a réalisé un grand nombre de missions dans la région (Argentine, Brésil, Mexique, Amérique centrale, Venezuela, Uruguay). Journaliste, il suit depuis le début des années...
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Christophe Ventura est chercheur à l’IRIS. Spécialiste de l’Amérique latine, il a réalisé un grand nombre de missions dans la région (Argentine, Brésil, Mexique, Amérique centrale, Venezuela, Uruguay). Journaliste, il suit depuis le début des années...
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Le 28 octobre aura lieu le second tour de l'élection présidentielle au Brésil. Avec les 46% de suffrages qu'il a obtenu au premier tour, Jair Bolsonaro est donné très largement favori. Suivant une rhétorique pro-business proche de celle d'un Donald Trump, répondant au slogan « Le Brésil avant tout, Dieu au-dessus de tout », Bolsonaro menace de faire tomber les protections environnementales qui visent à préserver la forêt amazonienne.

Atlantico : Dans le programme de Jair Bolsonaro sont affirmées des positions très franchement pro-déforestation. Quels sont les rapports de force économique et politique sous-jacents à ces choix ?

Christophe Ventura : Jair Bolsonaro a un programme très clair par rapport à la question de la déforestation et entretient une relation étroite avec le lobby de l'agro négoce très puissant au Brésil. Lobby qui pèse de tout son poids dans l’économie puisqu’il s’agit du secteur de l’exportation des matières agricoles, en particulier de viandes et de soja qui sont l’enjeu spécifique de la question amazonienne en termes de déforestation.

En effet, Bolsonaro propose de relayer les exigences de ce lobby qui est d’ores et déjà fortement représenté au Congrès avec un groupe parlementaire transpartis qui ne défend pas des intérêts partisans mais directement les intérêts de l’industrie agroalimentaire. Or, Bolsonaro s’est fait leur porte-parole et leur promet plusieurs choses.

La première, c’est qu’il leur promet d’enlever toute entrave à l’exploitation des sols de l’Amazonie afin de les utiliser pour la culture de soja et aussi pour la viande. Il promet également de mettre de côté toutes les réglementations environnementales qui ont été durement acquises au cours de ces dernières années au Brésil. Il propose encore de supprimer le ministère de l’Environnement pour l’intégrer au ministère de l’Agriculture qui représente les intérêts du groupe ruraliste.

Si M. Bolsonaro mettait effectivement en acte ce qu'il promet, le Brésil, qui portait jusqu'à présent dans les cercles multilatéraux une grande attention à la question climatique, pourrait-il porter le coup fatal aux objectifs internationaux de réduction d'émissions fixés par les accords de Paris ?

La menace est réelle. Le Brésil est le sixième émetteur, au niveau mondial, de carbone, bien qu’il reste loin derrière la Chine ou les Etats-Unis en matière d’émissions. Il est clair que le projet de Bolsonaro de sortir de l’Accord de Paris a un objectif : permettre de déforester l’Amazonie pour augmenter les rendements et les profits du secteur de l’agro business. Bolsonaro va également chercher de nouvelles alliances géopolitiques pour complaire à Donald Trump.

Bolsonaro estime que les droits environnementaux et les droits humains qui ont été renforcés en faveur des populations indigènes sont une entrave au potentiel économique brésilien et donc selon lui au bien être de la population brésilienne.

En tant que tel, le programme environnemental de Bolsonaro n’est pas une véritable rupture. Il y a toujours eu un choix à faire pour les gouvernements : favoriser l’agroalimentaire pour relancer croissance économique en vue de créer des richesses ou s’y opposer totalement.

Sous le PT, il y a eu beaucoup de conflits mais également des compromis pour limiter l’avancée du lobby agroalimentaire sans le remettre en question. Bolsonaro, lui, veut aller bien plus loin en exploitant pleinement les ressources sans tenir comptes des protestations.

Au cœur de la question de la déforestation figurait jusqu'à présent une interrogation constante sur le sort réservé aux indigènes amazoniens. Peut-on imaginer que la brutalité que promet Bolsonaro à leur égard en vienne à faire de la protection et de l'accaparement de la forêt amazonienne un sujet explosif dans un pays déjà marqué par la violence ?

Il faudra voir ce que Bolsonaro fait s’il est élu, mais il aura face à lui une importante résistance émanant de la société civile, d’associations… Groupes qui ne se laisseront pas faire, il faudra donc voir qui prend le dessus dans cet "affrontement".

Mais le risque c’est évidemment de voir l’Amazonie perdre toujours un peu plus vite ses capacités respiratoires et d’accélérer la machine du réchauffement climatique.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Jean-Yves Carfantan
- 01/12/2018 - 22:50
L'ignorance est immense comme la forêt
Français et Brésilien, je suis toujours étonné par le discours de ces chercheurs français sur le Brésil où je vis depuis trente ans et suis de très près la vie politique et sociale. Je pense que ces gens là expriment leurs émotions idéologiques plus que la recherche acharnée des faits. Mr Ventura sait il comment vivent les populations indiennes en Amazonie ? Sait il que les services publics auxquels ces populations ont accès sont exclusivement fournis par l'armée ? Sait-il encore vraiment ce que pensent les officiers supérieurs qui ont aujourd'hui la cinquantaine sur les questions environnementales ? Connait il la réflexion des Etats majors (qui appuient Mr Bolsonaro) sur les enjeux amazoniens ? Il existe dans l'hexagone une population très étranges de "chercheurs" qui parlent de mondes qu'ils ne connaissent pas mais que la presse présente et mobilise comme des autorités sur toutes sortes de questions internationales....Petite particularité française qui fait de plus en plus rire ici....