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Plus ça change, plus c’est la même chose
Prélèvement à la source : petit éloge de l'approche sournoise du changement
Publié le 02 septembre 2018
Les Français n’aiment pas le changement par principe et leurs gouvernants ne savent pas l’organiser par nature.
Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019  
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Les Français n’aiment pas le changement par principe et leurs gouvernants ne savent pas l’organiser par nature.

Une chose qui ne change pas, c’est la manière dont les Français se mettent en rogne lorsqu’on leur fait remarquer qu’ils n’aiment pas le changement. C’est parce qu’ils sont plutôt convaincus d’être des rebelles dans l’âme, se gargarisant volontiers de leurs glorieuses révolutions successives —1789, 1830, 1848, 1968— à la manière de ces grippe-sous qui claquent la porte au nez du quémandeur caritatif en aboyant qu’ils ont déjà donné.

 

L’accouchement dans la douleur du prélèvement à la source est d’ailleurs un magnifique exemple de cette résistance de principe aux évolutions les plus banales et théoriquement les plus consensuelles. Pour quiconque ne refuse pas le concept même d’un impôt sur ses revenus, le voir déduit directement de sa fiche de paye est une évidence : on sait exactement ce que l’on gagne en net, on n’est pas forcé de mettre de l’argent de côté pour son dernier tiers, on ne se retrouve pas dans la mouise pour faire un gros chèque au fisc en 2018 parce qu’on gagnait mieux sa vie en 2017 mais que les vaches ont maigri dans l’intervalle…

 

Le reste du monde semble d’ailleurs s’en être rendu compte, seuls Singapour, la Suisse et l’Italie, parmi les États membres de l’OCDE, restant avec la Gaule attachés à la cérémonie annuelle du paiement décalé.

 

Cette résistance particulière est d’autant plus étrange que les salariés français sont plus de 60 % à avoir opté pour le prélèvement mensuel sans contrainte parce qu’ils trouvent ça plus pratique, dans un pays où seul un foyer fiscal sur deux est concerné de toute manière. Quant aux employeurs, eux aussi réfractaires à l’ajout d’une ligne sur un bulletin de salaire au motif qu’ils se retrouveraient transformés en percepteurs bénévoles, ils n’ont pas l’air d’avoir de soucis logistiques majeurs avec la myriade de cotisations ésotériques qu’ils collectent déjà pour le compte d’autant d’organismes mystérieux — généralement pour un montant bien supérieur à ce qu’ils versent concrètement à leurs collaborateurs.

 

Mais ce qui ne change pas non plus, pour autant, c’est l’incapacité des gouvernements français à conduire un changement visant à simplifier les choses sans le transformer en usine à gaz complexe susceptible de créer des problèmes là où il n’en existait pas, à l’instar du fameux logiciel de paye de l’armée (qui devait améliorer le versement des soldes mais avait plutôt tendance à les supprimer carrément), du RSI (qui devait faciliter la vie des entreprises mais envoyait surtout les patrons au tribunal de commerce), du CICE (qui devait permettre de faire baisser les charges sociales sans donner l’impression de faire baisser les charges sociales), ou de la métropolisation (qui devait supprimer des couches au mille-feuille administratif mais n’a fait qu’en rajouter) .

 

Parcoursup fiscal ?

 

Il semblerait en effet que Macron se soit rendu compte que le processus de passage d’un système à l’autre était si peu au point qu’il risquait de tourner au fiasco à grande échelle en dépit de l’enthousiasme de Darmanin. Et si l’histoire nous enseigne quoi que ce soit, la mise en œuvre de ce « Parcoursup fiscal » sera effectivement l’occasion d’un gros bordel et confortera encore les Français dans l’idée que tout changement est une catastrophe potentielle et que, même si rien ne marche, il est surtout urgent de ne toucher à rien...

 

Je n’y connais pas grand-chose en matière fiscale (natif du Morbihan, je suis davantage spécialiste en refus obstiné de changer d’avis sur quoi que ce soit) mais je crois qu’à la place de Jupiter j’aurais privilégié l’approche sournoise par la généralisation obligatoire de la mensualisation. L’objectif de faire rentrer des sous plus régulièrement dans les caisses de l’État aurait été rempli sans vrai traumatisme (ça aurait tout de même gueulé, bien sûr, mais moins) et les chances d’un Fukushima informatique auraient été largement réduites.

 

Et les manœuvres sournoises des gouvernants étant, après tout, presque aussi consubstantielles à l’âme gauloise que la résistance au changement et les monstruosités administratives, on serait restés dans la tradition.

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