En direct
Best of
Best Of
En direct
© JOEL SAGET / AFP
Plus ça change, plus c’est la même chose
Prélèvement à la source : petit éloge de l'approche sournoise du changement
Publié le 02 septembre 2018
Les Français n’aiment pas le changement par principe et leurs gouvernants ne savent pas l’organiser par nature.
Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Ses derniers livres : Petit dictionnaire (modérément) amoureux de Marseille (Gaussen, 2018), Les heures les plus sombres de notre histoire (L'Aube, 2016)  
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Hugues Serraf
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Ses derniers livres : Petit dictionnaire (modérément) amoureux de Marseille (Gaussen, 2018), Les heures les plus sombres de notre histoire (L'Aube, 2016)  
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Les Français n’aiment pas le changement par principe et leurs gouvernants ne savent pas l’organiser par nature.

Une chose qui ne change pas, c’est la manière dont les Français se mettent en rogne lorsqu’on leur fait remarquer qu’ils n’aiment pas le changement. C’est parce qu’ils sont plutôt convaincus d’être des rebelles dans l’âme, se gargarisant volontiers de leurs glorieuses révolutions successives —1789, 1830, 1848, 1968— à la manière de ces grippe-sous qui claquent la porte au nez du quémandeur caritatif en aboyant qu’ils ont déjà donné.

 

L’accouchement dans la douleur du prélèvement à la source est d’ailleurs un magnifique exemple de cette résistance de principe aux évolutions les plus banales et théoriquement les plus consensuelles. Pour quiconque ne refuse pas le concept même d’un impôt sur ses revenus, le voir déduit directement de sa fiche de paye est une évidence : on sait exactement ce que l’on gagne en net, on n’est pas forcé de mettre de l’argent de côté pour son dernier tiers, on ne se retrouve pas dans la mouise pour faire un gros chèque au fisc en 2018 parce qu’on gagnait mieux sa vie en 2017 mais que les vaches ont maigri dans l’intervalle…

 

Le reste du monde semble d’ailleurs s’en être rendu compte, seuls Singapour, la Suisse et l’Italie, parmi les États membres de l’OCDE, restant avec la Gaule attachés à la cérémonie annuelle du paiement décalé.

 

Cette résistance particulière est d’autant plus étrange que les salariés français sont plus de 60 % à avoir opté pour le prélèvement mensuel sans contrainte parce qu’ils trouvent ça plus pratique, dans un pays où seul un foyer fiscal sur deux est concerné de toute manière. Quant aux employeurs, eux aussi réfractaires à l’ajout d’une ligne sur un bulletin de salaire au motif qu’ils se retrouveraient transformés en percepteurs bénévoles, ils n’ont pas l’air d’avoir de soucis logistiques majeurs avec la myriade de cotisations ésotériques qu’ils collectent déjà pour le compte d’autant d’organismes mystérieux — généralement pour un montant bien supérieur à ce qu’ils versent concrètement à leurs collaborateurs.

 

Mais ce qui ne change pas non plus, pour autant, c’est l’incapacité des gouvernements français à conduire un changement visant à simplifier les choses sans le transformer en usine à gaz complexe susceptible de créer des problèmes là où il n’en existait pas, à l’instar du fameux logiciel de paye de l’armée (qui devait améliorer le versement des soldes mais avait plutôt tendance à les supprimer carrément), du RSI (qui devait faciliter la vie des entreprises mais envoyait surtout les patrons au tribunal de commerce), du CICE (qui devait permettre de faire baisser les charges sociales sans donner l’impression de faire baisser les charges sociales), ou de la métropolisation (qui devait supprimer des couches au mille-feuille administratif mais n’a fait qu’en rajouter) .

 

Parcoursup fiscal ?

 

Il semblerait en effet que Macron se soit rendu compte que le processus de passage d’un système à l’autre était si peu au point qu’il risquait de tourner au fiasco à grande échelle en dépit de l’enthousiasme de Darmanin. Et si l’histoire nous enseigne quoi que ce soit, la mise en œuvre de ce « Parcoursup fiscal » sera effectivement l’occasion d’un gros bordel et confortera encore les Français dans l’idée que tout changement est une catastrophe potentielle et que, même si rien ne marche, il est surtout urgent de ne toucher à rien...

 

Je n’y connais pas grand-chose en matière fiscale (natif du Morbihan, je suis davantage spécialiste en refus obstiné de changer d’avis sur quoi que ce soit) mais je crois qu’à la place de Jupiter j’aurais privilégié l’approche sournoise par la généralisation obligatoire de la mensualisation. L’objectif de faire rentrer des sous plus régulièrement dans les caisses de l’État aurait été rempli sans vrai traumatisme (ça aurait tout de même gueulé, bien sûr, mais moins) et les chances d’un Fukushima informatique auraient été largement réduites.

 

Et les manœuvres sournoises des gouvernants étant, après tout, presque aussi consubstantielles à l’âme gauloise que la résistance au changement et les monstruosités administratives, on serait restés dans la tradition.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Le patron des députés LREM nous prend pour des cons ! Il n'a pas tort car nous sommes des cons…
02.
De nouvelles preuves scientifiques le confirment : adopter un régime sans sel n’a que très peu d’effets positifs sur la santé, y compris pour les cardiaques
03.
Grande concertation nationale : et si le gouvernement avait tout faux...
04.
Haute fonction publique : l’autre cible que devraient se donner les Gilets jaunes
05.
Toulouse : un Gilet jaune entre la vie et la mort après un tir de flash-ball en pleine tête
06.
LR : Laurent Wauquiez conserve ses soutiens contre vents et sondages
07.
Fatigue chronique : enfin un début d’explication à la maladie dont l'existence même divise la médecine ?
01.
Toulouse : un Gilet jaune entre la vie et la mort après un tir de flash-ball en pleine tête
02.
Il venait d’avoir 18 ans (de moins qu’elle) : Monica Bellucci in love; Rihanna a peur des voleurs, Brigitte Macron peur pour sa famille; George &Amal Clooney se sont (enfin) revus... avec 3000 personnes, Brad Pitt &Angelina Jolie aussi mais sans témoins
03.
Supprimons les crèches de Noël ! Elles mettent certains en colère…
04.
L’Elysée dissipe les rumeurs de tensions entre Emmanuel et Brigitte Macron
05.
Louis XX : l’étrange buzz autour d’un prétendant au trône de France vêtu d’un gilet jaune
06.
Baisse des prix du pétrole et fin de l’aide militaire américaines au Yémen : l’étau se referme sur l’Arabie saoudite
07.
Le patron des députés LREM nous prend pour des cons ! Il n'a pas tort car nous sommes des cons…
01.
Mais où va Emmanuel Macron, ce président devenu doublement illisible depuis les Gilets jaunes ?
02.
Les 5 graphiques qui révèlent l'incroyable aveuglement des élites européennes sur les dysfonctionnements de la zone euro
03.
Une société propose de mouler votre anus pour en faire des chocolats de Noël
04.
Le patron des députés LREM nous prend pour des cons ! Il n'a pas tort car nous sommes des cons…
05.
Traque à Strasbourg : révélations sur l’itinéraire de Chérif Chekatt
06.
Baisse des prix du pétrole et fin de l’aide militaire américaines au Yémen : l’étau se referme sur l’Arabie saoudite
01.
Le patron des députés LREM nous prend pour des cons ! Il n'a pas tort car nous sommes des cons…
02.
Attentat de Strasbourg : pourquoi l'antiterrorisme français se fourvoie dans un logiciel de pensée dépassé
03.
Mais où va Emmanuel Macron, ce président devenu doublement illisible depuis les Gilets jaunes ?
04.
Traque à Strasbourg : révélations sur l’itinéraire de Chérif Chekatt
05.
Grande concertation nationale : et si le gouvernement avait tout faux...
06.
Le choc Gilets jaunes : comment les démocraties ont fini par s’affaiblir à force de vouloir se préserver des passions populaires
Commentaires (0)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Pas d'autres commentaires