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Plus de tout pour tous : pour un président qui dit oui
Publié le 15 avril 2018
Les présidents se suivent et se ressemblent, qui s’entêtent à prendre des mesures qui jettent les Français dans la rue et font dégringoler leur popularité. Mais une autre approche est possible.
Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019  
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Les présidents se suivent et se ressemblent, qui s’entêtent à prendre des mesures qui jettent les Français dans la rue et font dégringoler leur popularité. Mais une autre approche est possible.

J’ai un petit fantasme situationniste : l’accession au pouvoir d’un président qui dirait oui à tout le monde, juste pour voir où ça nous mène.

 

Attention, son job ne serait pas nécessairement plus facile que celui du boss qui répond non systématiquement et se tape grève sur grève mais, au moins d’un point de vue de spectateur, on rigolerait davantage. C’est qu’il lui faudrait tout de même gérer pas mal de contradictions, toutes les demandes n’étant pas compatibles entre elles ; il lui suffirait toutefois d’arbitrer par sondages et de privilégier les exigences les plus populaires d’après l’IFOP ou Opinion Way.

 

Ainsi, j’ai cru comprendre qu’une majorité de Français n’était pas favorable à l’idée de travailler plus longtemps au fur et à mesure de l’allongement de la durée de la vie, ce qui se défend. Et les mêmes ayant tendance à soutenir les cheminots dans leur combat, notre président pourrait rendre ce régime spécial universel.

 

Nous partirions alors tous à la retraite entre 50 et 55 ans, ce qui ferait d’ailleurs de la place pour les jeunes qui, parce qu’ils souhaitent une université sans sélection ni notes inférieures à la moyenne, arriveraient toujours plus nombreux bardés de diplômes sur le marché du travail. Nous prendrions aussi tous le train gratuitement, mais ce serait une bonne chose pour l’amélioration du lien social et de la mobilité.

 

Avec les fonctionnaires demandant des hausses de traitement et d’effectifs, mon chef d’État père Noël saurait également se montrer généreux. Il ne laisserait pas, pour autant, les salariés du privé sur le carreau et imposerait là encore de massives augmentations de salaires dans les entreprises (auxquelles il accorderait en retour une réduction tout aussi massive de leurs charges et taxes diverses).

 

Mais ce n'est pas tout : les chasseurs pourraient chasser plus longtemps ; les automobilistes pourraient rouler plus vite ; les fumeurs pourraient fumer davantage et partout ; les éleveurs pourraient gaver leurs vaches d’antibiotiques et les agriculteurs inonder leurs champs de nitrates ou de glyphosate ; les zadistes pourraient installer des campements sur les pistes de Roissy ; les médecins pourraient tripler leurs tarifs (la sécu prenant de toute manière cette hausse à sa charge) ; les journaux pourraient compenser la baisse de leurs ventes par de nouvelles subventions ; les entreprises en difficulté seraient nationalisées et les licenciement interdits

 

Bien sûr, les impôts seraient réduits, l’accès au régime d’intermittent du spectacle facilité et des EHPAD, des gares, des bureaux de poste, des hôpitaux, des tribunaux ou des HLM installés dans les plus petits patelins. Les centrales nucléaires seraient fermées pour être remplacées par des éoliennes, lesquelles ne pourraient toutefois être installées qu’à condition de ne pas gâcher le paysage. Bref, il n'y aurait plus qu'à demander, même s’il resterait acceptable de manifester et de briser quelques vitrines à l’occasion dans le respect de nos traditions.

Sans doute faudrait-il un peu de pognon pour financer ce festival de rasage gratuit, mais il suffirait de confisquer leur fortune aux Bettencourt, aux Arnault et aux Pinault dans un premier temps, avant d’annuler cette dette nationale aussi fictive qu’inique et de récupérer la bonne vieille planche à billet outrageusement confisquée par Bruxelles.

 

Et puis, après tout, si ça devait tourner mal, si nous devenions la Grèce et que nous étions forcés de réélire un président qui dit non, l'Allemagne serait toujours là pour nous sauver la mise. Elle dit toujours oui, l'Allemagne...

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kuruzawa
- 15/04/2018 - 23:24
hugh!
une bonne tranche de rigolade,ça fait du bien un dimanche soir
J'accuse
- 15/04/2018 - 16:30
M. Serraf, votre humour me fait grincer des dents
Est-ce une critique des politiciens qui deviennent présidents ? Ou plutôt une critique de la démocratie à travers des exigences irresponsables ? La volonté populaire ne peut pas se résumer à des caprices d'enfants pas sages. La lâcheté et la démagogie des politiciens les entraînent à octroyer trop d'avantages aux syndicats et aux extrémistes, en laissant leurs successeurs se dépatouiller avec les problèmes qu'ils ont créés; ce que ces successeurs, tout aussi Ponce PIlate, font en renvoyant les vraies réformes à plus tard: c'est ça qu'il faut dénoncer.