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Fusillade de Parkland : l’exception culturelle en version américaine ?
Publié le 18 février 2018
Si, d’un massacre scolaire à l’autre, les Américains ne modifient pas leur législation sur les armes, c’est manifestement qu’elle leur convient. « Progressistes » inclus.
Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Ses derniers livres : Petit dictionnaire (modérément) amoureux de Marseille (Gaussen, 2018), Les heures les plus sombres de notre histoire (L'Aube, 2016)  
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Si, d’un massacre scolaire à l’autre, les Américains ne modifient pas leur législation sur les armes, c’est manifestement qu’elle leur convient. « Progressistes » inclus.

La relation des Américains aux armes à feu, c’est un peu l’équivalent de celle des Français à la laïcité : une construction historique, philosophique et culturelle sans doute légitime dans son contexte mais supportant mal l’exportation. C’est sûr, la laïcité, elle, ne perce pas de gros trous dans l’abdomen des petits enfants, et c’est évidemment la limite de la comparaison, mais elle génère au moins autant d’incompréhension observée par un tiers.

 

Ainsi, je rentre tout juste de Floride, le dernier État en date à compter ses morts au lendemain d’un massacre scolaire en même temps que le plus gros arsenal privé du pays, et j’ai davantage été frappé par le profil des propriétaires de semi-automatiques que j’ai rencontré que par le nombre d’alligators qui prenaient le soleil dans les parcs publics.

 

Car à mille lieues du cliché du « redneck » qui vote Trump, circule en Hummer et passe ses week-ends en stage de survie post-cataclysme, les défenseurs les plus farouches du Deuxième amendement avec lesquels j’ai échangé ressemblaient plus à nos propres bobos qu’aux balourds à casquette de base-ball des reportages de la télé française sur « l’Amérique qu’on n’aime pas ».

 

C’est qu’on peut fort bien, du côté des Florida Keys, manger bio, fumer des pétards, se bagarrer pour les droits des minorités et des migrants, tweeter des #MeToo, mais planquer un flingue dans le coffre de sa Prius ou le tiroir de sa table de nuit issue du commerce équitable. Il n’y aurait pas de contradiction fondamentale :

 

—Mais tout de même, tous vos « mass shootings » dans les écoles et les concerts, ça n’a pas quelque chose à voir avec ces millions d’armes en circulation ?

—C’est affreux. Il faudrait être plus strict sur les achats d’armes par les mineurs et les gens avec des troubles mentaux ou un casier judiciaire comme a tenté de le faire Obama, mais c’est une autre question. Posséder une arme, c’est la prérogative d’un citoyen libre, que ce soit pour se défendre, pratiquer le tir sportif, chasser ou même se révolter contre une dictature comme l’ont prévu les rédacteurs de la constitution...

—Vous soutenez la NRA alors, puisqu’elle dit exactement pareil ?

—Ces fachos ? Certainement pas…

 

Intrigué, je me suis rapproché du Liberal Gun Club, le lobby démocrate pro-armes, histoire de ne pas mourir idiot à l’occasion d’une éventuelle fusillade pendant mon séjour, et j’ai découvert qu’il existait effectivement une perspective « progressiste » sur le sujet. Une perspective selon laquelle les Américains s’entretueraient « plus fréquemment pour des raisons économiques et sociales que par facilité à se procurer un revolver ».

 

« Nous militons pour la prévention de la violence ainsi que pour une gestion plus efficace des problèmes psychiatriques, de pauvreté, de chômage ou de logement plutôt que pour la prohibition ou la restriction de l’accès à un outil », indique d’ailleurs l’organisation dans ses statuts.

 

En d’autres termes, du point de vue du « gun enthusiast » américain, une arme est essentiellement un objet inerte « sans qualités morales intrinsèques », les meurtres n’étant plus commis que par des « bad guys » pour la faction droitière ou par des laissés-pour-compte de la société pour la faction progressiste. Davantage de policiers et de prisons dans un cas, davantage d’écoles, d’hôpitaux et de logements dans l’autre, et bing !, bye bye Columbine, si l’on peut dire…

 

Je n’ai pas été spécialement convaincu. Je me suis même félicité que nous n’en soyons pas, chez nous, à la 18e fusillade scolaire depuis le début de l’année. Mais ces conversations façon Lettres persanes ayant systématiquement dévié sur l’existence, en France, de fumeurs de pétards, mangeant bio, tweetant des #MeToo, se bagarrant pour les droits des minorités et des migrants, mais approuvant l’interdiction de la burqa et l’intransigeance républicaine à l’égard des religions a laissé la plupart de mes interlocuteurs ultra-tolérants sur le cul.

 

Mais bon, encore une fois, la loi de 1905 fait tout de même moins de trous dans l’abdomen des petits enfants que le Deuxième amendement...

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vangog
- 19/02/2018 - 00:57
Très compliqué!
Il y a ceux qui croient naïvement qu’en interdisant les armes, on stoppera la violence gratuite. Et il y a ceux qui croient que les armes sont un mal nécessaire afin de se protéger contre toute violence, gratuite ou non...la vérité est sans doute au milieu. Mais il faut s'interroger sur la génération de cette violence aveugle et gratuite et les moyens de l’enrayer. A Parkland, si le FBI avait fait son travail, les morts auraient pu être évités. Le laxisme est une arme par imprudence...mais la violence gratuite existera toujours, malgré toutes les réglementations, malgré toutes les améliorations de la prévention, et c’est probablement le prix à payer pour la Liberté...
adroitetoutemaintenant
- 18/02/2018 - 23:21
@jurgio
Non mon cher, on voudrait désarmer tpus les criminels !
jurgio
- 18/02/2018 - 21:24
On voudrait bien désarmer tous les particuliers
mais personne ne sait si on résoudrait le problème. On a même peur de la situation bizarre que l'on pourrait créer.