En direct
Best of
Best of du 4 au 10 mai 2019
En direct
© Thomas SAMSON / AFP
Rhétorico laser Fillon orateur
Rhétorico-laser
Primaire de la droite : et si c'était le meilleur orateur qui avait gagné ?
Publié le 28 novembre 2016
Nous ne sommes qu’au début des (vraies) leçons à tirer des primaires de la droite et du centre. La supériorité rhétorique de François Fillon devrait être l’une d’entre elles.
Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017)...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Christophe de Voogd
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017)...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nous ne sommes qu’au début des (vraies) leçons à tirer des primaires de la droite et du centre. La supériorité rhétorique de François Fillon devrait être l’une d’entre elles.

On peut d’abord espérer que de solides clichés encore entendus ces dernières semaines vont commencer à prendre l’eau : ainsi de cette droite prétendument rétive aux primaires en raison de "sa culture du chef". Réponse : plus de 4 millions de votants à chaque tour. Voilà qui montre que la droite adore sans doute son chef mais à condition de le choisir. Ainsi encore de cette forte participation qui "mathématiquement" devait favoriser Alain Juppé. Réponse : l’intéressé s’est retrouvé lointain second aux deux tours. Ainsi enfin de cette ambiguïté dont, paraît-il "on ne sort qu’à ses dépens". Réponse : c’est le candidat le plus radical qui l’a emporté haut la main contre celui du balancement perpétuel "entre d’un côté et de l’autre". 

La défaite de N. Sarkozy ne fait que confirmer ce point : outre la conjugaison de l’anti-sarkozysme passionnel de gauche et de droite, il a été victime de ses propres ambiguïtés : nombreux changements de pied (sur le mariage pour tous, sur le référendum, sur la double peine etc.) ; et plus encore, contraste entre déclarations martiales de la campagne et bilan en demi-teinte. Cette chronique a souligné à maintes reprises combien l’absence d’une évaluation équilibrée de son quinquennat était une erreur majeure.  

Que François Fillon n’a pas commise. Les commentateurs s’étonnent que le vainqueur ait réussi à faire "oublier" qu’il avait été pendant 5 ans le premier ministre de Nicolas Sarkozy. Double erreur d’analyse : c’est négliger d’une part la grande et constante popularité de F. Fillon à Matignon ; et d’autre part, son "pouvait mieux faire" sans reniement du précédent quinquennat. Position qui lui a permis de passer à autre chose.

Et c’est dans cette autre chose qu’il a excellé : tout l’enjeu était de briser le duel programmé "Juppé/Sarko". Le problème était aussi simple théoriquement que difficile à résoudre dans la pratique (d’où le très long retard à l’allumage de sa campagne) :  comment apparaître comme une alternative crédible aux deux favoris ? Fillon a compris que le duel était non seulement gonflé à "l’hélium médiatique" mais à un vrai et double rejet qui traversait l’électorat de droite : anti-sarkozysme d’un côté, anti-"droite molle" de l’autre.

Le tour de force de F. Fillon aura été de rendre explicite ce dilemme avec une formule lumineuse : "voter Juppé pour ne pas avoir Sarkozy ; voter Sarkozy pour ne pas avoir Bayrou". Du coup, il pouvait se présenter comme la solution dudit dilemme : voter Fillon, n’était-ce pas éviter à la fois Sarkozy et Bayrou ? D’une pierre, deux coups.

Or cette formulation, il l’a trouvée en fin de campagne ; et la lumière se fit subitement dans l’esprit d’innombrables électeurs… Le processus de siphonage des voix de Bruno Le Maire qui était l’autre alternative possible au "duel", mais qui n’avait pas trouvé la solution de l’équation, était dès lors enclenché.

Mais voilà qui ne suffit pas à expliquer les scores aussi larges de F. Fillon aux deux tours de la primaire. Etre une alternative au duel Juppé/Sarkozy est une chose ; l’emporter nettement sur Sarkozy ET Juppé en est une autre.

Pour ce faire, il fallait à la fois un positionnement et un discours convaincants. L’on a suffisamment noté la justesse du premier : précisément au cœur de la droite, libérale en économie et conservatrice en matière sociétale. L’on a moins relevé l’efficacité de sa rhétorique.

Certes, l’on avait déjà remarqué que F. Fillon était, à la différence d’Alain Juppé, un bon orateur. Mais, contrairement à son concurrent, il a longtemps été un débatteur très moyen, baissant trop vite la tête ("cf. son Monsieur le Premier ministre" face à Manuel Valls dans "DPDA"). Tel n’est plus le cas : le succès de F. Fillon à tous les débats de la primaire tient d’un part à la limpidité de sa thèse centrale : "la France est au bord de la révolte" ; et donc l’évidence de son message "il faut une rupture radicale" ; et d’autre part à sa résolution de ne plus céder un pouce, ni à ses concurrents, ni aux journalistes. Et voilà comment "l’éternel second" s’est imposé comme "le patron". La droite a donc son chef.

Ce qui ne veut pas dire, comme on l’entend partout, que la France a déjà son prochain Président. Face aux feux nourris et croisés de la gauche, du Front National, et sans doute de l’autre François (Bayrou), il lui faudra aussi de nouvelles et puissantes armes rhétoriques.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
02.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
03.
Un bilan dont il “n’y a pas à rougir” : radioscopie des performances économiques de la France depuis l’élection d’Emmanuel Macron
04.
La bombe juridique qui se cache derrière la décision de la Cour d’appel de Paris de sauver Vincent Lambert
05.
Immobilier : l’idée folle de la mairie de Grenoble pour protéger les locataires mauvais payeurs
06.
La taxe carbone va prendre l’avion, très bonne idée, sauf que ceux qui vont payer ne sont pas ceux que l’on croit
07.
Attention danger politique pour Emmanuel Macron : voilà pourquoi l’électorat en marche est à manier avec grande précaution
01.
Semaine à haut risque pour Emmanuel Macron : les trois erreurs qu’il risque de ne pas avoir le temps de corriger
02.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
03.
Immobilier : l’idée folle de la mairie de Grenoble pour protéger les locataires mauvais payeurs
04.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
05.
Le Monde a découvert une nouvelle et grave pathologie : la droitisation des ados !
06.
L'OPA du néo-sultan Erdogan sur la diaspora turque de France et d’Europe via les écoles et les mosquées
01.
Appel des personnes en situation de handicap ou familles concernées pour sauver Vincent Lambert d’une mort programmée
02.
Mondialisation, libre-échange et made in France : l’étrange confusion opérée par François-Xavier Bellamy
03.
Chômage historiquement bas mais travailleurs pauvres : le match Royaume-Uni / Allemagne
04.
De l'art d'utiliser les morts : et Nathalie Loiseau enrôla Simone Veil dans sa campagne
05.
Emmanuel Macron, l’Europe, le RN et les Gilets jaunes : un cocktail détonnant de vérités et d’erreurs intellectuelles ou politiques majeures
06.
Le glyphosate, le dernier débat hystérique de tous ceux qui se méfient de l’Europe et du progrès
Commentaires (11)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Marie-E
- 29/11/2016 - 16:58
@Isableue
il ne faut pas me prendre pour une imbécile. Le problème des retraités n'est même pas une raison mineure qui me fait préférer Fillon à tout autre prétendant à la primaire (à l'exception de Sarkozy mais je savais qu'il n'avait aucune chance)
Je voudrais que la France se redresse, économiquement, sociétalement, que les jeunes aient plus d'espérance en particulier dans leur recherche de travail et dans leurs salaires, que la santé ne soit pas sacrifiée (désert médical, médicaments,...). Je souhaiterais qu'on arrête de devenir les plus mauvais dans les classements internationaux (aujourd'hui alerte sur les mathématiques et les sciences), qu'on retrouve un semblant de crédibilité à l'étranger, qu'on trouve des solutions à la crise des migrants et qu'on sauve en partie ce qui peut l'être de notre système social qui est à la ramasse s'il n'est pas encore en faillite.
C'est pour ces raisons que je vote Fillon car je le trouve (et j'espère que c'est vrai) plus honnête et plus sincère que d'autres. Et plus jamais la gauche, ni Juppé
ISABLEUE
- 29/11/2016 - 09:51
Donc quand je vous lis, tout irait bien avec Fillon, tant mieux.
N'empêche que les vieux (comme moi aussi) pense aussi aux jeunes qui sont au chômage.
Comme écrit DrPal et dit ma tante "Fillon présente bien"....
vaste programme.
ISABLEUE
- 29/11/2016 - 09:45
OLYTTEUS
Justement, pourquoi augmenter encore l'âge de la retraite si ce n'est que pour faire rentrer de l'argent dans les caisses car les vieux comme nous cotisent plus, de fait.
Au lieu de faire rentrer tous les jeunes sur le marché du travail ??
Je ne parle pas ici des fonctionnaires ou des services spéciaux, des gens qui partent encore à 55 ans avec 80% de leur salaire jusqu'à la retraite, cela existe encore dans les grandes entreprises....pendant que les autres bossent jusqu'à 65 ans.. Vous pensez vraiment que cela va changer ???