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Juppé/Sarkozy : "Ô duel tant désiré"… par les médias. Mais la route est encore longue pour les deux protagonistes

Publié le 05 septembre 2016
On nous l’annonce avec gourmandise sur tous les tons et dans tous les médias. Que dis-je, les hostilités ont déjà commencé : la "guerre de droite" aura bien lieu.
Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017)...
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Christophe de Voogd
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Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017)...
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On nous l’annonce avec gourmandise sur tous les tons et dans tous les médias. Que dis-je, les hostilités ont déjà commencé : la "guerre de droite" aura bien lieu.

Mais plus qu’un conflit généralisé, c’est un grand et beau duel que souhaitent les médias, car dans toute bonne dramaturgie, il faut deux protagonistes, et deux seulement : Alain Juppé et Nicolas Sarkozy en l’occurrence. Est-ce l’explication des tentatives faites pour discréditer le "troisième homme" annoncé, Bruno Le Maire ? Comme cette rumeur, répandue de tweet en tweet, sur sa prétendue déclaration sur "NOS femmes", alors même que le verbatim de son discours est sans ambiguïté : "en France, LES femmes sont visibles"…

Mais passons. Pour en revenir au fameux "duel au sommet" (des sondages), il est vrai que les deux protagonistes s’exposent au petit jeu des médias : allusions négatives d’Alain Juppé à Nicolas Sarkozy ("je refuse d’instrumentaliser les peurs"). Et réciproquement : "il n’y a pas d’identité heureuse". Sans oublier la polémique sur "le code de conduite", le traitement "humain/inhumain" de l’immigration etc.

Même si chacun proteste de sa volonté "d’unité", de "débat de fond", de son refus du "pugilat", le naturel risque fort de revenir au galop : l’impétuosité de l’ancien Président tout comme la susceptibilité de l’ancien premier ministre. D'ailleurs, même en l’absence de déclaration publique, l’appétit médiatique trouvera à se nourrir des rubriques "confidentielles" et des révélations du Canard enchaîné.

Mais au-delà des petites phrases, d’ailleurs très sollicitées par des commentateurs qui veulent à tout prix leur "déchirement de la droite", il importe de voir que les deux hommes ont fait des choix rhétoriques fondamentaux et mûrement réfléchis.

Plus exactement, ils ont procédé tous deux, en cette rentrée capitale, à des REFORMULATIONS de leurs positions.

Reformulation des ENJEUX chez Nicolas Sarkozy. Plus sensibles à la "com' » qu’à l’argumentation, beaucoup d’observateurs se sont polarisés sur le "carpet bombing" de l’ancien président et à son fameux effet de "blast". En fait, son but profond est de déterminer l’agenda des primaires (et même des présidentielles). C’est l’application de la "loi de Fabius" : celui qui fixe l’agenda gagne l’élection. Et c’est bien pourquoi Nicolas Sarkozy prend soin d’organiser tout son argumentaire autour d’un triptyque clair et simple "autorité, sécurité, identité". Mais le risque demeure pour lui toujours le même : se voir renvoyer, même sur ces questions de prédilection, à son bilan mitigé et à ses revirements (droit du sol, double peine etc.)

De son côté, Alain Juppé se livre à une reformulation de son POSITIONNEMENT. Face à l’offensive et à la remontée de son rival, deux solutions s’offraient à lui : durcir son discours mais au péril de paraître "à la remorque" de Nicolas Sarkozy et de lui donner ainsi raison. Il a donc préféré à juste titre "enfoncer le clou" en maintenant ces positions quitte à les préciser. Son "identité heureuse" si décriée ? "C’est un objectif, évidemment pas un constat". Sa fameuse "modération" ? Elle est tout sauf "une solution de facilité" ; d’ailleurs c’est l’obsession de "l’autorité qui est la vraie faiblesse". Le procédé rhétorique à l’oeuvre dans tous ces exemples s’appelle un anthorisme : c’est-à-dire le renversement du sens des termes utilisés par l’adversaire. Mais le message reste flou : vouloir concilier "diversité et unité", n’est-ce pas encore ménager la chèvre et le chou ? Refuser une loi sur le burkini, certes, et non sans raison, mais alors que fait-on pratiquement ?

D'où le risque encouru par un tel discours. Sans doute un pays déchiré recherchera tôt ou tard le "rassemblement" : mais par "l’harmonie" ou par la poigne ? Et la question se pose-t-elle dans les mêmes termes dans l’électorat de la primaire ? D'où le caractère évidemment crucial de sa composition. Pour ne rien dire des aléas redoutables de la période qui s’ouvre, entre attentats menaçants et incertitudes économiques.

Une chose reste sûre et plus que jamais déterminante en un temps de discrédit abyssal de la classe politique. On le souligne à l'envi pour Nicolas Sarkozy, mais cela vaut aussi pour Alain Juppé : leur CREDIBILITE pour la primaire est encore loin d’être établie.

Ce qui laisse autant d’espace aux autres candidats pour affirmer la leur…

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Commentaires (2)
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ikaris
- 05/09/2016 - 13:32
Bonne et intéressante synthèse
... même si du coup le titre de l'article est un peu décalé (pour être accrocheur ?).
J'accuse
- 05/09/2016 - 13:14
La vérité si je mens
La rhétorique, c'est l'art de manipuler par les mots, et donc très appréciée des politiciens: convaincre en parlant parce qu'on est incapable de convaincre en agissant. Moi, je préfère ignorer les discours et comparer les bilans : celui de Juppé comme Premier ministre de Chirac, face à celui du mandat de Sarkozy. Je préfère le second. Le bilan de Fillon est le même que de celui de Sarkozy, mais le problème est qu'il ne l'assume pas. Les autres n'ont aucun bilan, et ils veulent donc qu'on les croient sur parole : qu'ils soient premier ministre d'abord, et après on verra.