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Comment Manuel Valls amortit la chute de François Hollande en payant à sa place (et au prix fort) le bilan de son quinquennat

Publié le 25 mai 2016
Entre avril 2014 et mai 2016, Manuel Valls et François Hollande ont vu leur popularité chuter drastiquement. Néanmoins, les rythmes de ces dégringolades n'étaient pas exactement les mêmes... et pour cause ! Le président de la République a su faire du Premier ministre son bouclier humain.
Jean-Daniel Lévy est directeur du département politique & opinion d'Harris Interactive.
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Entre avril 2014 et mai 2016, Manuel Valls et François Hollande ont vu leur popularité chuter drastiquement. Néanmoins, les rythmes de ces dégringolades n'étaient pas exactement les mêmes... et pour cause ! Le président de la République a su faire du Premier ministre son bouclier humain.

Atlantico : Entre avril 2014 et mai 2016, François Hollande a connu une chute de 3 points dans l'opinion, tombant de 24% d'opinions favorables à 21%. Dans le même laps de temps, Manuel Valls a pour sa part essuyé une descente autrement plus sévère : de 46% en avril 2014, il finit à 25% en mai 2016. Comment expliquer une telle dégringolade ?

Jean-Daniel Lévy : Rappelons d'abord que pour l'un comme pour l'autre, tant Manuel Valls que François Hollande, il ne s'agit pas d'une baisse continue. Il y a eu des soubresauts, notamment au moment des tensions générées par les attentats. Dans ce genre de situations, on constate généralement une remontée forte du président de la République, mais aussi du Premier ministre. Néanmoins, il apparait clairement que depuis février 2015, soit la première vague d'attentat, François Hollande comme Manuel Valls font face à une baisse structurelle. Cela est lié à plusieurs raisons. Pour François Hollande, c'est en parti dû à une interrogation sur ses capacités à mener à bien la mission qui est la sienne : établir une ligne de conduite pour le pays, mais aussi définir une France dans laquelle la population française saurait se projeter à l'horizon 2017, ou plus tard. Pour Manuel Valls, cette baisse est beaucoup plus prononcée et c'est d'autant plus vrai depuis les attentats de novembre dernier. Aujourd'hui, Manuel Valls souffre des questions qui s'élèvent sur ce qu'il porte politiquement, sur ce que porte le président de la République. Jusqu'à présent, François Hollande ne s'était pas arrogé les thématiques relatives à la nation ou à la République, qui demeuraient des sujets associés à Manuel Valls. Depuis les attentats du vendredi 13 novembre, toutefois, il investit beaucoup plus ce terrain. Ce faisant, il prive au moins partiellement Manuel Valls de ce qui faisait sa spécifité vis-à-vis de l'opinion publique.

N'oublions pas non plus que le rôle d'un Premier ministre consiste aussi à se tenir en première position sur les sujets les plus sensibles. Il est difficile de dire de Manuel Valls qu'il a bloqué la baisse de François Hollande, en cela que ce dernier a également baissé. Il est cependant assez marquant de constater que deux aspects ont eu un impact majeur au cours de la période actuelle. Le premier d'entre eux, c'est le débat sur la déchéance de nationalité assez préjudiciable au gouvernement, particulièrement pour le Premier ministre. En deuxième lieu, il est important de souligner que le débat sur la loi El Khomri laisse le sentiment d'une ambivalence sur le fond autant que sur la forme. D'abord par rapport aux aspirations des Français, ensuite vis-à-vis de celles des sympathisants de gauche. Ensuite parce que les Français sont favorables à ce qui est une réforme qui, du reste, cherche à valoriser l'emploi. Cependant, celle-ci fait l'objet d'une exception car elle insulte les valeurs de la gauche. Enfin, ambivalente parce qu'il existe clairement en France l'ambition d'avancer et de réformer vite mais qu'en parallèle, l'utilisation du 49.3 – ainsi que la manière dont se déroulent les débats – réactive de fortes critiques à l'encontre de Manuel Valls. Il était apprécié parce qu'il incarnait l'autorité, il est désormais sous le feu des accusations parce qu'il est maintenant jugé autoritaire.

Manuel Valls n'a pas empêché la baisse de François Hollande – leurs deux chutes sont d'ailleurs assez similaires –, mais il focalise clairement plus les attaques sur lui que ce n'était le cas auparavant. La baisse de François Hollande est également moins marquée depuis, mais il ne faut pas oublier de prendre en compte qu'il part aussi de beaucoup plus bas. Notons tout de même qu'aujourd'hui François Hollande reste moins populaire que Manuel Valls, ce qui n'a pas toujours été le cas des Premiers ministres de septennat (hors période de cohabitation).

En avril 2014, 22 points séparaient Manuel Valls de François Hollande. Aujourd'hui, en mai 2016, le rapport de force dans l'opinion semble moins clair puisque seuls 4 points marquent encore la différence. François Hollande pourrait-il devenir moins impopulaire que son Premier ministre ?

Ce n'est pas inenvisageable. On constate effectivement une petite progression de François Hollande au cours de la période récente, mais le jugement à l'égard des personnalités politiques reste assez mauvais dans la situation actuelle. Or, selon une perception globale, le gouvernement actuel ne correspond d'ores et déjà plus à son électorat originel du premier tour. Ce sentiment vaut tant pour la déchéance de nationalité que pour le texte de la loi travail porté par Myriam El Khomri : dans ces deux cas, l'une des premières critiques prononcées par les sympathisants de gauche ne porte pas sur l'efficacité des mesures proposées, mais sur les valeurs qu'elles portent, celles que portent le Président et son Premier ministre. Aujourd'hui, François Hollande a incarné, d'une manière assez diffuse certes, les valeurs de la gauche. C'est en tout cas plus prononcé que par le passé et c'est au travers de ce genre d'initiatives qu'il pourrait potentiellement remonter.

Une inversion des courbes, avec un Manuel Valls distancé par François Hollande, n'est donc pas de facto impossible. Dans les faits, en vérité, tous les scénarios sont possibles. Cela dépendra aussi de la réaction des Français d'une manière générale, notamment aux débats en cours. Est-ce que c'est Manuel Valls qui pâtira le plus des blocages qui existent dans la société française ? Ce que l'on peut clairement constater, c'est qu'à ce jour, le Premier ministre est en première ligne. Pas le Président.

Dans quelle mesure peut-on considérer que l'avenir politique de Manuel Valls est bouché ? Quels sont ses éventuels espoirs de remonter ?

Tout dépend bien évidemment de l'échéance à laquelle on se positionne. A relativement court terme, l'espace de Manuel Valls apparaît indéniablement plus difficile que par le passé. D'autant plus dans la mesure où le Premier ministre apparaît concurrencé par Emmanuel Macron. Clairement, l'avenir à court terme de Manuel Valls semble aujourd'hui moins prometteur qu'il n'y a quelque mois… Ce qui ne signifie pas pour autant qu'il soit complètement bloqué. Mais sa singularité est diminuée, notamment parce que le Président joue sur les mêmes thématiques que lui. Il a également une capacité à diffuser un message différent amoindrie, en comparaison au passé. Moins de capacité également à incarner une certaine forme de jeunesse au sein de la gauche. Ce qui faisait la spécificité de Manuel Valls ne se retrouve pas dans l'immédiat.

A plus long terme, il est n'est pas inenvisageable qu'il récupère une certaine légitimité pour s'exprimer sur ce que peut être l'état de la nation française dans la mondialisation, mais aussi pour expliquer des concepts comme celui de l'Etat, de la nation, de l'autorité ou de laïcité à l'aune du XXIè siècle.

En tant que Premiers ministres, Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls ont été malmenés dans l'opinion. S'agit-il d'une conséquence inévitable, simplement liée à cette fonction, ou François Hollande est-il le seul à brûler à ce point ses chefs de gouvernement ?

Il ne s'agit clairement pas de quelque chose inévitable ou d'une contrainte liée à la fonction de Premier ministre à proprement parler. J'en veux pour preuve qu'il existe des alternatives à la façon dont ont procédé François Hollande et Jean-Marc Ayrault où à la façon dont procèdent François Hollande et Manuel Valls. Nous sommes aujourd'hui face à des électeurs qui attendent une action de la part de l'exécutif et qui jugeront tant l'action que ce qu'aurait pu être cette autre réalité politique. Notons également qu'en 2012, François Fillon n'est pas sorti de Matignon diminué vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, aux yeux des électeurs de droite et de l'UMP. Au contraire, même : une différence était effectuée entre l'action du Président et celle du Premier ministre.

Chiffres issus du sondage Harris Interractive pour "Délits d'Opinion" ; "Baromètre de confiance dans l'exécutif (vague 48 - mai 2016)

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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zouk
- 27/05/2016 - 17:18
Manuel Valls et Fr. Hollande
Je suis loin de porter M. Valls aux nues, mais si Fr. Hollande réussit sa maneuvre: l'éliminer par démission ou éviction, je prie pour que les Français s'en souviennent et votent de façon à éliminer définitivement ce monstre de mensonge et d'inefficacité qu'est notre Président. Nous avons eu l'incroyable bêtise d'élire pour notre malheur, ne nous laissons pas leurrer une deuxième fois.
Fondation pour l'innovation politique
- 27/05/2016 - 11:11
Manuel Valls fait entendre,
Manuel Valls fait entendre, depuis de longues années, sa musique particulière au sein de la gauche socialiste. Rentré jeune en politique puisqu’il adhère, en 1980, à l’âge de 17 ans au Parti socialiste, il le fait en épousant des choix minoritaires puisqu’il soutient alors l’éternel opposant de François Mitterrand, Michel Rocard, le chantre de la « deuxième gauche ». C’est dans ce courant d’idées qu’il fera ses premiers pas politiques d’attaché parlementaire, de responsable partisan et d’élu régional. Retrouvez l'analyse de Pascal Perrineau "De quoi est fait le vallsisme ?" sur le blog Trop Libre de la Fondation pour l'innovation politique : http://goo.gl/fZXfi7
AvecNS
- 25/05/2016 - 23:08
Le scooter, Léonarda, Cahuzac, les bourdes
les mensonges, la France décrédibilisée depuis 2012, en chute libre, ce n'est pas "la faute à Valls". Lui, à part les coups de menton, les coups de g....le, la main qui tremble et le 49-3, what else ?