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Le boom des panneaux solaires en Chine, c’est maintenant et voilà pourquoi ça va chauffer
Publié le 27 avril 2015
Un mois après la sortie d'un documentaire, dénonçant les conditions de pollution en Chine, qui n'a pas été censuré, l'annonce de cet intérêt soudain du géant chinois pour les énergies renouvelables ne surprend pas tellement: dans sa stratégie d'ancrage à l'international, cet investissement pourrait lui rapporter gros.
"Florent Detroy est journaliste économique, spécialisé notamment sur les questions énergétiques, environnementales et industrielles. Voir son site."  
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Un mois après la sortie d'un documentaire, dénonçant les conditions de pollution en Chine, qui n'a pas été censuré, l'annonce de cet intérêt soudain du géant chinois pour les énergies renouvelables ne surprend pas tellement: dans sa stratégie d'ancrage à l'international, cet investissement pourrait lui rapporter gros.

La Chine au premier trimestre 2015 a produit en énergie solaire autant que la France pour une année, c'est-à-dire une augmentation de 5.04 gigawatts. Les investissements dans la part des combustibles non fossiles (hydroélectrique, éolienne, solaire…) ont considérablement augmenté et font partis d'un plan d'action s'étalant jusqu'en 2020.

Un mois après la sortie d'un documentaire dénonçant les conditions de pollution en Chine qui n'a pas été censuré, l'annonce de cet intérêt soudain du géant chinois pour les énergies renouvelables ne surprend pas tellement: dans sa stratégie d'ancrage à l'international, cet investissement pourrait lui rapporter gros.

Atlantico : Les efforts fournis par la Chine sont-ils révélateurs d'une prise de conscience écologique ou s'inscrivent-ils dans une stratégie économique de longue haleine?

Florent Detroy : La prise de conscience écologique est déjà ancienne. On peut dire que dès les années 1980, l’évolution de la consommation énergétique a été regardée de près. Les dirigeants étaient conscients que l’augmentation de la consommation d’énergie avait un cout économique et géopolitique très élevé pour le pays. Puisqu’il possédait peu de pétrole et de gaz, à peine 6% des réserves mondiales, le pays était contraint de les importer. Ces importations ont créé une dépendance dangereuse pour un pays longtemps habitué à ne compter que sur ses propres ressources. A partir des années 2000, Pékin s’est aussi inquiété des conséquences écologiques de la consommation énergétique à tout crin, alors que le charbon pesait 2/3 du mix énergétique chinois. Les efforts que l’on observe depuis quelques années dans EnR font simplement partie d’une nouvelle étape de la politique écologique de la Chine, engagée par le XIIème plan quinquennal chinois (2011-2015). Les efforts fournis par la Chine dans les EnR ne sont qu’une nouvelle étape de la politique écologique et industrielle du pays.

Ces mesures vont-elles permettre d'améliorer les conditions de pollution en Chine, et de façon équitable sur le territoire chinois ?

En théorie, oui bien sur, le développement des EnR devrait réduire la pollution en Chine, notamment en réduisant l’usage du charbon. Le XIIème plan quinquennal prévoit d’ailleurs une réduction de 17% des émissions de dioxyde de carbone par unité de PIB entre 2010 et 2015, et une part de 15% d’énergie verte dans le mix énergétique en 2020. La Chine est sur les rails en ce qui concerne ces objectifs d’énergie verte, mais elle a encore un long chemin à faire pour contrôler ses émissions. Le mix énergétique est semblable à un paquebot en pleine mer, il est très long de lui faire changer de cap. Le charbon compte encore plus de 60% du mix énergétique, un niveau quasi identique à celui des années 2000. En ce qui concerne leur développement équitable sur le territoire, on en est loin. Alors que certaines régions comme celle de Pékin mènent une guerre au charbon, certaines régions comme le Shaanxi ou la Mongolie intérieure ouvrent encore des centrales à charbon. Les différences tiennent aussi au fait qu’il existe d’immenses écarts de développement entre les régions, notamment entre l’ouest et l’est, et que toutes n’ont pas les moyens d’investir dans la transition énergétique.

Les investissements considérables mis en place par la Chine révèlent sa connaissance du secteur. Connaissant le fonctionnement économique de ce pays, peut-on imaginer la mise en place de matériaux bon marché et extrêmement rentable sur les marchés chinois mais également européen, américain…?

La Chine est déjà passée par l’étape où elle développe une industrie solaire et éolienne low cost, capable de rivaliser avec les producteurs européens et américains. A partir des années 2000, en 2004 pour être exact, le pays a imposé un part de matériau local dans la construction des parcs éoliens. De 50% d’abord, puis de 70%. Cette politique a incité les leaders occidentaux du marché à installer leurs usines dans le pays. La Chine s’est ainsi construit une importante industrie éolienne, et quelques noms d’entreprises chinoises ont commencé à émerger, comme Sinovel ou Goldwind. Dans le solaire la démarche a été peu ou prou la même. A partir du tournant des années 2000, ces groupes sont ainsi arrivés sur les marchés occidentaux avec une offre low cost, jusqu’à 40% moins cher sur les panneaux solaires par exemple. Mais cette politique n’a pas permis de mettre en place une industrie chinoise innovante. La Chine a ainsi développé les partenariats avec les constructeurs occidentaux plus sophistiqués, pour monter en gamme. C’est pourquoi si les investissements dans les EnR de la Chine sont immenses, 90 milliards de dollars sur la seule année 2014, ils ne témoignent pas de la compétitivité de l’industrie à l’international. Pour l’instant l’innovation dans le solaire et l’éolien est encore entre les mains des occidentaux.

Est-ce que la Chine pourrait tout à fait renoncer à sa production d'énergie fossile et s'ériger en leader de l'énergie propre, damant le pion aux pays occidentaux, jusque là prescripteurs ?

Il faudrait pour cela que le pays réussisse à développer son marché intérieur. Or à côté du retard technologique pris par la Chine, le pays se heurte encore à une quantité de problèmes pour développer son marché. Certains problèmes sont partagés par les autres pays, certains lui sont propres. D’abord les régions qui possèdent les plus importantes ressources en soleil et en vent ne sont pas celles qui en ont le plus besoin. Le soleil est à l’ouest, alors que les industries sont à l’est par exemple. De même dans l’éolien, les ressources en vent les plus importantes sont au nord. Ensuite le développement de ces ressources s’est fait de manière un peu anarchique, sans uniformité technique. Ce point pose des problèmes lors des raccordements au réseau. On estime qu’un tiers des éoliennes n’étaient pas raccordées en Chine en 2009. Enfin le pays ne dispose pas, à l’instar de beaucoup de pays européens, d’un réseau électrique moderne et intelligent, capable de repartir la production intermittente. Comme en Europe, le développement des EnR se heurte au manque de technologie des réseaux.

Les entreprises européennes, et notamment françaises, spécialisées en énergie renouvelable pourraient-elles résister à ce nouveau concurrent ?

Le développement des partenariats à l’international, à l’instar des partenariats avec First Solar et Apple, est d’abord un constat d’échec de la stratégie d’internalisation de la production d’équipement solaire et éolien. C’est un peu ce que l’on peut observer dans le secteur de l’automobile, où devant l’incapacité des constructeurs locaux à monter en gamme, l’Etat les a incité à s’allier avec des constructeurs étrangers. Il existe donc encore des opportunités pour les sociétés occidentales de profiter de l’essor du marché des EnR. Encore faut-il avoir des acteurs nationaux. En ce qui concerne les entreprises françaises spécialisées dans les EnR, elles restent faibles dans le solaire. Par contre dans l’éolien et l’hydraulique, elles ont encore un coup à jouer.

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