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Sénatoriales : décryptage d'un coup de tonnerre

Publié le 28 septembre 2011
Les élections sénatoriales ont failli passer inaperçues, mais c’était sans compter sur la victoire historique de la gauche à la Chambre Haute. Près de 72 000 grands électeurs se sont prononcés dimanche dernier : sur les 170 sièges renouvelés, 95 sont revenus à la gauche, lui permettant ainsi de renverser la majorité dans l’hémicycle à sept mois de l’élection présidentielle. Retour sur les enjeux des élections sénatoriales…
Guillaume Peltier est député de Loir-et-Cher et vice-président délégué des Républicains. Il a été professeur d'histoire-géographie, chef d'entreprise et porte-parole de Nicolas Sarkozy.
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Guillaume Peltier est député de Loir-et-Cher et vice-président délégué des Républicains. Il a été professeur d'histoire-géographie, chef d'entreprise et porte-parole de Nicolas Sarkozy.
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Les élections sénatoriales ont failli passer inaperçues, mais c’était sans compter sur la victoire historique de la gauche à la Chambre Haute. Près de 72 000 grands électeurs se sont prononcés dimanche dernier : sur les 170 sièges renouvelés, 95 sont revenus à la gauche, lui permettant ainsi de renverser la majorité dans l’hémicycle à sept mois de l’élection présidentielle. Retour sur les enjeux des élections sénatoriales…

Une étude de l’Ifop pour la Lettre de l’opinion publiée quelques jours avant le scrutin révélait que seuls 35% des Français interrogés se sentaient « concernés » par le renouvellement du Sénat. Le manque d’intérêt pour ce scrutin peut tenir en plusieurs hypothèses : défaut de médiatisation des travaux du Sénat, scrutin complexe, sénateurs élus indirectement, réforme des collectivités territoriales, etc... Toutefois, espoir d’un renversement du Sénat oblige, les sympathisants de gauche semblaient plus attentifs au scrutin que les autres. 45% d’entre eux se sont dit « concernés », et même 14% « très concernés » contre une attention plus mesurée de la part des sympathisants de l’UMP (41%) ou du FN (39%).

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Conséquence de la crise ou de la réforme territoriale, quoiqu’il en soit, la défaite de la droite au Sénat marque un tournant historique pour le Palais du Luxembourg. Jamais, sous la Vème République l’institution n’a connu de majorité de gauche. La Chambre des Anciens comprend désormais 178 sénateurs de gauche (communistes, socialistes, écologistes et divers gauche) pour 170 Sages affiliés à la majorité présidentielle. Reste à savoir désormais « quel parti » prendront les sénateurs du centre, eux qui furent si précieux à la majorité présidentielle depuis 2008…

Zoom sur les départements déterminants

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  • En Nouvelle-Calédonie, un nouveau siège était à pourvoir et c’est l’UMP qui a conservé un candidat sortant et confirmé son implantation avec l’élection d’un second sénateur. Sur les 6 sièges renouvelés pour les Français établis hors de France, le Parti Socialiste emporte un sénateur : dimanche 25 septembre, l’assemblée des Français de l’étranger a élu 4 sénateurs UMP et 2 sénateurs de gauche. La gauche l’emporte également à Saint-Pierre-et-Miquelon avec l’élection de son unique sénateur : la socialiste Karine Claireaux élue au premier tour. Le quatrième siège créé sur l’île de la Réunion revient également à la gauche, le département détient désormais 2 sénateurs UMP et 2 sénateurs de gauche.

A Mayotte, la droite perd un siège au centre, gagné par un sénateur proche des radicaux et divers gauche.

  • En Loire-Atlantique, la gauche confirme son avancée et fait élire un écologiste. Ainsi, le département détient 3 sénateurs de gauche contre 2 à droite.
  • Dans le Loir-et-Cher, la sénatrice du MoDem, Jacqueline Gourault conserve son siège dès le premier tour, mais la surprise vient de la défaite de Maurice Leroy, ministre de la Ville et président du conseil général. Le PS emporte un siège dans ce département, à égalité avec le MoDem.
  • Dans le Lot-et-Garonne la gauche remporte un des deux sièges à l’UMP.
  • Dans le Nord, le département aux 11 sénateurs, Europe-Ecologie-Les-Verts remporte un siège sur une liste commune avec les socialistes. La gauche dispose désormais de 7 sénateurs contre 4 pour la droite. Même constat dans le département voisin du Pas-de-Calais, où le PS gagne un siège sur l’UMP.
  • En Lozère, l’élection au premier tour de Jacques Blanc (UMP) s’est jouée à une voix, mais le second tour a donné l’avantage au socialiste Alain Bertrand.
  • Le Maine-et-Loire quant à lui conserve 2 sièges à l’UMP mais la gauche s’empare du 4ème siège créé dans le département.
  • Dans le Morbihan, « traditionnellement à droite », l’UMP perd ses deux sièges.
  • En contrepied de la situation nationale, en Moselle, la droite décroche le 5ème poste de sénateur, et défend sa supériorité par 3 sénateurs contre 2 à gauche.
  • En Indre-et-Loire, le sénateur UMP Dominique Leclerc perd son siège, ce qui « offre un carton plein à la gauche » dans le département (3 sièges).
  • Dans l’Isère, l’UMP conserve ses 2 sièges et la gauche parvient à décrocher le nouveau poste du département, ce qui donne 2 sénateurs à droite contre 3 à gauche.
  • Dans l’Oise, égalité : l’UMP conserve deux sièges et la gauche en gagne un supplémentaire.
  • Dans le Puy-de-Dôme, l’UMP perd son seul poste : le département détient désormais 3 sénateurs socialistes.
  • Dans les Pyrénées-Atlantiques, les candidats de la majorité sont partis divisés, ce qui a permis à la gauche de remporter un deuxième siège, le troisième étant acquis au MoDem.
  • Dans les Pyrénées-Orientales, Christian Bourquin, président de la Région Languedoc-Roussillon offre un siège de sénateur à la gauche, le premier depuis trente ans, aux dépends de Jean-Pierre Alduy, le sortant.
  • A Paris, la gauche remporte un siège supplémentaire, ce qui amène à 8 le nombre de sénateurs socialistes, communistes ou écologistes contre 4 sénateurs à droite. La liste UMP parisienne, menée par Chantal Jouanno n’a remporté que 2 sénateurs alors que la droite disposait de 5 sénateurs sortants dans la capitale. Cependant, Pierre Charon a tout de même réussi à remporter l’élection en gagnant un siège malgré sa liste dissidente. C’est le Nouveau Centre Yves Pozzo di Borgo qui permet à la droite parisienne de sauver son 4ème siège. Conséquence de son élection, Chantal Jouanno, a annoncé sa démission du gouvernement pour assumer son mandat dans la Haute Assemblée et sa voix sera certainement décisive pour l’élection du président du Sénat.

 

Jean-Pierre Bel, favori à la présidence de la Haute Assemblée

Au soir des résultats, les favoris à la primaire n’ont pas manqué de se rendre au Sénat pour célébrer leur victoire. Tous allaient de leurs commentaires dans les couloirs du Sénat : de la « décomposition du système politique » pour François Hollande au souhait de profiter de cette nouvelle majorité pour accorder le droit de vote aux étrangers de Martine Aubry. La droite, plus mesurée, a joué la carte de la prudence sans pour autant dramatiser, à l’image de Patrick Ollier, pour qui si le basculement du Sénat à gauche peut « compliquer le travail parlementaire », l’article 45 de la Constitution donne toujours le dernier mot à l’Assemblée.

Ainsi, reste aujourd’hui aux sénateurs la responsabilité de désigner le vainqueur du « troisième tour ». Jean-Pierre Bel, jusque là président du groupe socialiste au Sénat se présente comme favori à la présidence de la Haute Assemblée. Face à lui Gérard Larcher, candidat à sa propre succession. Les 348 sénateurs devront se prononcer samedi 1er octobre : aussi importante que les deux premiers tours, l’élection du plateau promet d’être riche en débats et tractations. Bref, comme le résume Jean-Pierre Raffarin « rien n’est joué »...

Basculement historique, donc, mais si la gauche a toujours su gagner les élections intermédiaires, elle n’a pas transformé l’essai de la présidentielle. En somme, la droite a certainement péché par excès de confiance avant l’échéance, démobilisant peut-être une partie de ses élus. Aujourd’hui, si la confiance semble avoir changé de camp, la gauche serait bien imprudente de confondre Palais du Luxembourg et Palais de l’Elysée…

Quoiqu’il en soit, la campagne présidentielle est lancée !

 

Guillaume Peltier pour La Lettre de l'opinion

Jérôme Fourquet pour l'IFOP

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