En direct
Best of
Best of du 3 au 9 août
En direct
© Reuters
Affiche suisse anti-immigration massive.
Vous avez dit réac ?

Pourquoi le referendum suisse sur l’immigration restera peut-être comme le coup d’envoi d’un vaste mouvement de réaction à l’intégration toujours plus poussée des nations

Publié le 20 février 2014
Avant le vote suisse, on considérait que l'évolution vers l’intégration était incontrôlable, irréversible, que c’était un combat perdu d’avance que de s’y opposer. Après cinq ans de crise, on s’interroge sur ses bienfaits.
Bruno Bertez est un des anciens propriétaires de l'Agefi France (l'Agence économique et financière), repris en 1987 par le groupe Expansion sous la houlette de Jean-Louis Servan-Schreiber.Il est un participant actif du Blog a Lupus, pour lequel il...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Bruno Bertez
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Bruno Bertez est un des anciens propriétaires de l'Agefi France (l'Agence économique et financière), repris en 1987 par le groupe Expansion sous la houlette de Jean-Louis Servan-Schreiber.Il est un participant actif du Blog a Lupus, pour lequel il...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Avant le vote suisse, on considérait que l'évolution vers l’intégration était incontrôlable, irréversible, que c’était un combat perdu d’avance que de s’y opposer. Après cinq ans de crise, on s’interroge sur ses bienfaits.

Nous disons : « Attendez-vous à ce que la question de l’extrême-droite, la question du fascisme, tiennent le devant de la scène médiatique au cours des prochaines semaines et prochains mois ». 

Pourquoi? Parce que nous sommes à un tournant, à un point critique du processus de globalisation, d’intégration mondiale et bien sûr, européenne. Nous sommes à un point critique parce que les  évolutions suivies jusqu’à présent sont réversibles et que le vote suisse l’a montré, d’une part, et fait comprendre, d’autre part. 

Il suffit pour s’en convaincre de regarder la levée de boucliers que ce vote, qui restreint ou met des limites à l’intégration européenne et globale, a provoquée. Avant le vote suisse, on considérait que cette évolution vers l’intégration était incontrôlable, irréversible, que c’était un combat perdu d’avance que de s’y opposer. Le choix était remplacé par le « il faut », tombé du ciel de la Nécessité, du déterminisme historique. Le vote suisse est un coup de tonnerre qui brise ce qui était devenu un tabou, c’est une brèche, une déchirure du mythe de l’inéluctable. 

Ce n’est pas un hasard si ce vote est intervenu maintenant. Il  été produit par la situation dans laquelle le monde, l’Europe et les émergents, se trouvent : après cinq ans de crise, on s’interroge sur les bienfaits de l’intégration. 

Les niveaux de vie ont cessé de progresser, le chômage à fortement gonflé, le welfare est plus que menacé, il est partiellement condamné, la précarité s’est considérablement disséminée, la violence connaît des regains qui inquiètent, les libertés sont rognées, les contrôles multipliés. Pire, les gens ont un sentiment de dépossession identitaire, d’impuissance démocratique, ils souffrent de perdre leurs repères, leurs références, et de ne voir aucun moyen de reprendre en main leur avenir. Déficit de niveau de vie, déficit d’avenir, déficit démocratique, vont de pair. Le tout sous le vécu révoltant de l’impuissance perçue. 

La montée des extrêmes, la radicalisation des individus et des groupes est une réaction. Le mot fort est ce mot de « réaction ». Il a mauvaise presse, car les associations d’idée, la polysémie, qui lui sont liées sont à forte consonance négative. Il suffit de prononcer le mot pour déclencher le jugement a priori, pour déclencher la condamnation. Le mot « réaction », comme le mot « extrême » est satanisé. Bien entendu, puisque nous vous mettons en garde, vous n’allez pas tomber dans le piège et vous allez faire l’effort de considérer que nous ne visons dans l’usage du mot réaction que ce qui est déclenché par ce qui l’a précédé, l’action. 

La réaction, c’est ce qui suit dialectiquement, organiquement, une action, voilà ce que la propagande veut depuis des décennies occulter. On considère comme un phénomène qu’il faut mettre au grand jour, analyser, stigmatiser, ce phénomène réactionnaire, mais on ne veut pas voir que, s’il y a réaction, c’est qu’il y a eu action auparavant. On veut faire comme si le mal réactionnaire tombait du ciel ou plutôt comme s’il sortait, sans cause, « du ventre immonde » de Brecht. Le politique, le penseur, le commentateur, eux, doivent, au risque de se condamner à l’idiotie du rabâchage stérile, ces gens-là doivent inverser la démarche : ils doivent comprendre l’action, la décortiquer sous tous ses aspects afin d’approcher un tant soit peu l’examen de la réaction. 

Voilà notre message essentiel. Si nous sommes dans une période de  réaction, c’est parce qu’une action est en cours et que c’est d’abord sur cette action qu’il faut porter attention pour comprendre et agir. 

Il faut oser dépouiller le mot « réaction » de son côté sulfureux, il faut dé-diaboliser ses manifestations, ses symptômes, ses modes d’apparaître ; bref, il faut en faire un objet d’étude à part d’autant plus entière que l’avenir de nos sociétés est en jeu. Et la démarche honnête, scientifique, tout simplement celle de l’homme de bonne volonté,  pourrait-on dire, commence non par l’anathème, mais par l’examen des conditions de l’action qui lui ont donné naissance. 

Nous soutenons, mais c’est simple bon sens, que la réaction est produite, elle ne tombe pas du ciel de la méchanceté ou de l’ignorance et elle ne sort pas du « ventre immonde » toujours prêt à enfanter. 

Nous lisions ces derniers jours une contribution française faite par un « chercheur » du CRHISM de Perpignan, fondateur de l’Observatoire des Radicalités Politiques. Nous mettons « chercheur » entre guillemets car,  si on y regarde bien, ce garçon ne cherche rien, il a déjà trouvé avant même que de commencer à chercher. Sa démarche ne comporte aucune originalité, aucun nouveau savoir-faire, elle est copie conforme de tout ce qui est fait sur ce sujet et, en particulier, de ce qui a été fait par Pierre Milza qui  prétend avoir compris quelque chose à l’extrême droite et au fascisme parce qu’il en a collecté l’histoire superficielle et a procédé à une multitude d’amalgames, lesquels ne prouvent que l’indigence de la méthode dite des RG,  renseignements généraux, la police politique. On ne comprend rien,  mais on met bout à bout et le sens se dégage, voilà la méthode. On sort des passés sulfureux, quelques erreurs de jeunesse, quelques enthousiasmes débiles, et le tour est joué, on a compris ce qu’était l’extrémisme, le fascisme, etc. 

Nous sommes les premiers à lutter contre le fascisme et les extrêmes et les avatars racistes, xénophobes, antisémites, qui s’y rattachent ou s’en réclament, mais c’est parce que notre volonté, notre désir, sont sincères que nous stigmatisons ceux qui prétendent lutter contre la réaction tout en négligeant de s’intéresser à l’action qui lui a donné naissance ou renaissance. 

La première des démarches, soutenons-nous, est d’analyser ce qui s’est passé ces dernières décennies qui fait que le corps social s’est à nouveau fragmenté, que le consensus de base a disparu, que les gens sont montés les uns contre les autres, que l’on est obligé de s’écarter des règles de la démocratie, que le mensonge et la propagande règnent en maître, etc. 

Le fascisme, l’ultra-gauchisme, sont des  réactions. Et  le scientifique, ou simplement l’homme de bonne volonté, n’ont  pas à se poser la question de savoir si  une réaction est légitime ou pas, car se poser la question obscurcit et invalide le travail de recherche,  et pour avoir accès à un début de compréhension, il faut un minimum de neutralité. Le scientifique doit étudier les conditions, les caractéristiques de production des extrémismes dans les circonstances historiques présentes. 

Les grandes lignes des conditions de production de l’extrémisme sont évidentes, mais elles sont méconnues. On les voit, mais elles aveuglent tellement qu’on ne les perçoit pas, cela ne remonte pas jusqu’au cerveau! 

  • Le phénomène de base, c’est la tendance à l’intégration mondiale, globale. Tendance à l’intégration qui se fait sous la force, sous la houlette de l’économie ou de l’économisme (dictature de la catégorie « économie »).  L’économie étant depuis le début des années 80 en mutation vers une forme financière, bancaire, dominée par le crédit et non plus par l’épargne. Ce qui pose la question de l’avenir des classes moyennes, de leurs systèmes de protection sociale, de leur promotion sociale. L’épargne s’incarne dans des couches sociales. 
  • L’intégration à la fois globale et dans des blocs régionaux a,  dès avant la crise, provoqué stagnation du pouvoir d’achat des salaires et un chômage de plus en plus de masse. La réalité des 19 millions de chômeurs  officiels en Europe est que  30 millions de personnes sont en sous-emploi. Il s’y est ajouté de forts mouvements de population sous diverses formes, urbanisation, désertification des campagnes, immigration. 
  • La crise financière de 2008/2009… 2020 a accéléré la mise au chômage, les pressions sur les pouvoirs d’achat, la précarité, détruit les perspectives d’avenir, les régressions et déchéances de statut social.  La visibilité de l’Autre par l’immigration, l’a transformé en concurrent pour les uns et en bouc émissaire pour les autres. L’Autre est devenu la cause des maux. Rien de positif en tous cas. La distension des liens de la famille a fait disparaître divers filets de sécurité et renforcé la perte d’identité. 
  • Le traitement de la crise s’est fait, non pas par le changement et la correction des erreurs, mais par la fuite en avant, par l’accélération et l’amplification de ce que les peuples considèrent comme des injustices. Les cadeaux aux banques, donc au monde de l’argent, les ponctions fiscales, les contrôles considérés comme scélérats, la destruction de la rémunération des économies des gens, le tout alors que les inégalités provoquées par le jeu financier progressaient de façon exponentielle, a constitué un facteur explosif d’éclatement des consensus. Auquel les classes politiques n’ont pas su apporter de bonne réponse. Tout ce qu’elles prévoient, c’est d’aller plus loin voire d’accélérer. Ainsi au Davos de 2011, « ils » ont osé présenter comme une nécessité l’obligation de créer 103 trillions de crédit nouveau d’ici 2020. 
  • Les classes dirigeantes  se sont enfoncées dans la dissimulation, l’opacité, la tromperie et les reniements de fausses promesses qui, de toute façon, étaient intenables. Pire, la convergence des politiques a fait apparaître au grand jour la convergence des partis de gouvernement et leur profonde similitude, l’illusion de l’alternative a disparu, les yeux se sont décillés sur la fausse segmentation du marché de la politique, sur le fait que le même produit était vendu sous deux emballages différents. 

Voici quelques pistes, il y en a d’autres, mais elles sont plus ou moins réductibles ou dérivées de celles que nous avons tracées. 

Notre époque est caractérisée par une tentative, un mouvement,  vers ce que l’on appelle historiquement « L’intégration ». Ce mouvement n’est pas maîtrisé. Ainsi personne ne se pose la question de savoir si le rythme - qui découle plus ou moins des besoins américains -, convient aux autres peuples. Il y a des choses qui sont peut-être souhaitables, mais pas forcément maintenant, tout de suite, comme la Grande Négociation Transatlantique par exemple. Les sociétés ont une épaisseur, une inertie, un rythme d’évolution, que l’on a intérêt à ne pas ignorer. 

La mauvaise gestion du facteur temps est une constante des politiciens, ils sont nuls sous beaucoup d’aspects, mais sur celui-là tout particulièrement. C’est normal, car le temps, c’est la complexité, il est fluide, différent selon les individus, les corps sociaux, les métiers,… 

La gestion déplorable est au centre des difficultés qui s’entassent devant nos sociétés, mais la mauvaise  gestion n’est pas tout, elle masque le jeu des intérêts particuliers des puissants qui polluent la réflexion, achètent le personnel  politique et les médias. La mauvaise gestion n’est pas innocente, elle est intéressée, partisane, elle vise au maintien d’un ordre que les progrès des sciences, des connaissances, des  techniques, des processus de fabrication, devaient normalement remettre en question en continu… et qu’ils bloquent. 

L’intégration n’apporte pas prospérité, paix et harmonie, mais régression, désenchantement, haine et finalement refus, rejet, repli sur soi. 

Tout ceci constitue un cadre général, global, dans lequel s’inscrit l’histoire de chaque bloc et de chaque communauté. Bien souvent les conditions générales déterminent les évolutions locales, mais quelquefois, il y a exacerbation, comme en Europe où une intégration monétaire ratée, bancale, multiplie et amplifie tout, en complexifiant les situations. 

Sans être franc-maçon, nous apprécions l’utilité logique de la loi du Triangle. 

Face à l’Action décrite ci-dessus, la Réaction était inévitable, inscrite dès le premier jour de la mise en branle des phénomènes. 

La loi du triangle dit : « lorsqu’une force s’exerce et tente de provoquer une action dans un sens, cela déclenche une force de réaction, ainsi,  le résultat constaté n’est pas celui que l’on attendait au début de l’action sur la base de la constatation de la force initiale, mais une résultante, mélange complexe des deux forces d’action et de réaction ». 

Comme le disait Toynbee, "History is again on the move" ("L'histoire se remet en marche, ndlr).

Cet article a initialement été publié sur le blog de Bruno Bertez

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Seniors : cette méthode qui vous permet de profiter pleinement de votre retraite

02.

Pourquoi vous devriez éviter le régime keto

03.

Tempête dans les bénitiers : qui de Salvini ou du pape est le plus catholique ?

04.

Le général iranien Qassem Souleimani, maître de guerre sur le front syro-irakien

05.

Services secrets turcs : les hommes des basses œuvres du président Erdogan

06.

Psychogénéalogie : comment les générations familiales qui nous précèdent laissent leur empreinte sur notre identité

07.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

01.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

02.

Crise de foie, 5 fruits et légumes : petit inventaire de ces fausses idées reçues en nutrition

03.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

04.

Pourquoi vous devriez éviter le régime keto

05.

Manger du pain fait grossir : petit inventaire de ces contre-vérités en médecine et santé

06.

Jean-Bernard Lévy, celui qui doit faire d’EDF le champion du monde de l’énergie propre et renouvelable après un siècle d’histoire

01.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

02.

Ces quatre pièges qui pourraient bien perturber la rentrée d'Emmanuel Macron (et la botte secrète du Président)

03.

Record de distribution des dividendes : ces grossières erreurs d'interprétation qui expliquent la levée de bouclier

04.

Un été tranquille ? Pourquoi Emmanuel Macron ne devrait pas se fier à ce (relatif) calme apparent

05.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

06.

Rencontres diplomatiques : Boris Johnson pourrait-il profiter du désaccord entre Paris et Berlin sur le Brexit ?

Commentaires (10)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
francoise
- 21/02/2014 - 07:11
Referendum urgent
Il vient urgent de faire un tel referendum en France. Il y a beaucoup trop d'immigrés en France, entre les anciens et les nouveaux, l'ambiance est cassée....

Vivement que l'on puisse voter et retrouver une certaine quiétude, une certaine identité propre à la France.
jirem
- 21/02/2014 - 01:35
le probleme, c est la religion...
si il ne ba-nd-ait pas autant sur la religion, il n y aurait pas de soucis. le debat est clos.
qu ils se mettent a manger du cochon et parler francais entre eux ... deja ce sera mieux..
mx
- 20/02/2014 - 20:57
attention
sur atlantico on peu dire que les sales français ont utilisés des esclaves mais qu'a l’époque de Charles Martel c'est les musulmans qui se servaient des catholiques comme esclaves, et c'est la censure direct, drôle de vision de l'histoire.