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Tension

Violence du débat politique : pourquoi la France doit éviter la double tempête venue à la fois de la gauche et de la droite

Publié le 06 février 2014
La gauche compare chaque mouvement de protestation contre sa politique à une atteinte envers la République. La droite, en retour, nie systématiquement la légitimité du président. Ces deux postures ne permettront pas de retrouver un débat démocratique apaisé.
Philippe Bilger est président de l'Institut de la parole. Il a exercé pendant plus de vingt ans la fonction d'avocat général à la Cour d'assises de Paris, et est aujourd'hui magistrat honoraire. Il a été amené à requérir dans des grandes affaires qui...
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Philippe Bilger est président de l'Institut de la parole. Il a exercé pendant plus de vingt ans la fonction d'avocat général à la Cour d'assises de Paris, et est aujourd'hui magistrat honoraire. Il a été amené à requérir dans des grandes affaires qui...
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La gauche compare chaque mouvement de protestation contre sa politique à une atteinte envers la République. La droite, en retour, nie systématiquement la légitimité du président. Ces deux postures ne permettront pas de retrouver un débat démocratique apaisé.

La démocratie est le meilleur des régimes avant tous les autres quand on n'a pas d'adversaires !

Comment ne pas proférer cette incongruité en considérant ce qui est advenu depuis quelques semaines ?

Une querelle minuscule est révélatrice du climat.

Henri Guaino traite le président de la République de "petit monsieur" parce que celui-ci, dans un livre à paraître, a qualifié son comportement de "factieux" lors du débat et des manifestations liés au mariage pour tous.

Ce terme de factieux est très grave et renvoie une opposition politique on ne peut plus légitime dans la sphère des coups de force contre l'Etat et de l'incivisme.

Cette polémique - même si Henri Guaino ne les déteste pas d'initiative, notamment quand il quitte le plateau de C à vous parce qu'il ne supporte plus Jean-Luc Romero et l'arbitrage orienté de Patrick Cohen - n'aurait même pas été remarquée si elle ne s'inscrivait dans une tendance préoccupante.

Celle-ci montre le pouvoir socialiste et ses soutiens politiques en proie à une véritable démesure républicaine, voire, pour Manuel Valls, à la permanence d'un ton d'apocalypse, hier pour l'affaire Dieudonné et avant la manifestation massive et pacifique du 2 février. J'ai été plus qu'étonné par un entretien où le ministre de l'Intérieur, avant même la survenue du moindre incident, menaçait, se posait en défenseur farouche de la police comme si c'était ces citoyens-là qui allaient s'en prendre à elle et les dénonçait préventivement comme étant "contre la République et nos principes". Heureusement que le président de la République a déclaré qu'on avait le droit de manifester en France !

Au soir de ce défilé dont on avait été contraint de reconnaître l'ampleur, comment Harlem Désir avait-il le front de reprocher à certains députés UMP d'avoir été présents dans cet immense mouvement démocratique ? De quoi se mêle-t-il ? Tolérerait-il qu'on l'accablât parce qu'il a approuvé des mesures, selon la droite choquantes ? Je lui suggère de s'occuper du seul Parti socialiste : il lui donne assez à faire et la réussite du gouvernement n'est pas telle qu'elle n'exige plus son concours, à le supposer souhaité par le président.

Quelle déplorable conception idéologique de la République et de ses valeurs, comme si l'une et les autres appartenaient, tel un bien dévolu de toute éternité, à la gauche, au socialisme et à ceux qui applaudissent les bouleversements de société que le pouvoir a fait voter ou qu'il projette !

Cette manière de susciter par un verbe comminatoire les orages qu'on prétend vouloir apaiser et le recours, pour faire peur, à l'atmosphère des années 30 définissent clairement une stratégie d'effervescence et de trouble dont on voudra imputer la responsabilité aux adversaires expulsés magiquement du processus démocratique.

Derrière toutes ces controverses il y a la volonté perverse de faire peser sur l'opposition une présomption d'illégitimité comme si toute contradiction, toute manifestation, toute réaction étaient forcément inspirées par un dessein malfaisant et ne méritaient pas de s'insérer normalement dans notre espace public.

Je regrette que certains médias favorisent cette propension au complexe de persécution et à la défiance, notamment Le Monde qui, pour ces questions de société, adopte une vision certes homogène mais toujours dénuée d'empathie et de compréhension à l'égard de ceux qui ne pensent pas comme lui. Même Gérard Courtois ne parvient pas à nous expliquer pourquoi être réactionnaire constituerait une réplique décisive sur le fond et le devoir éthique qui résiderait dans l'adaptation au fil du temps. Je ne parviens pas à appréhender un abandon paresseux à toutes les formes d'évolution et de modernité comme la marque d'un progressisme qui serait une vertu et d'une politique qui aurait du courage.

Je crains que de plus en plus on fasse des opposants des ennemis de la République.

Il est essentiel que ceux-ci ne tombent pas dans le piège que la surenchère socialiste a mis en place. Faire lever des orages pour en accuser d'autres qu'eux-mêmes. Hurler à des périodes sombres pour laisser croire qu'elles sont là, présentes à nos portes, à cause d'une droite pourtant si timorée puisqu'elle comprend mal cet émoi populaire qui la dépasse et auquel elle a peu adhéré. Parce que la gauche a gagné, sur ce plan, la bataille de la mauvaise conscience. Que je sache, Jour de colère, c'était le 26 janvier, et non pas le 2 février !

Rien ne sert de protester dans la rue à l'encontre d'une loi votée et qui est devenue celle de la République. C'est donner un mauvais exemple et à son tour, de la part d'une certaine droite, et donner du grain démocratique à moudre à ses adversaires.

Le président de la République, qui a mis du temps, a reporté sine die le projet de loi sur la famille qui n'aurait pas traité de la GPA mais abordé la question délicate de la PMA. Ce n'est pas la peine de crier victoire sur un mode arrogant. Au contraire il convient de féliciter François Hollande qui pour une fois a préféré l'écoute d'une partie non socialiste du peuple à son totalitarisme subtil et mou. Tous les dangers ne sont pas écartés puisque les députés socialistes ulcérés par ce report vont remettre sur le chantier des éléments non négligeables contenus dans le texte renvoyé aux calendes grecques.

La droite doit prendre garde aussi au fait de ne pas dénier la légitimité du président de la République. Certes il déçoit. Pour faire pièce à l'agitation de son prédécesseur, il s'est campé dans une attitude à la fois volontariste et apparemment plus sereine mais s'il a choisi la social-démocratie pour sa politique économique et financière, il va demeurer plus que jamais socialiste, pour le pire et pour compenser, sur tous les autres registres, notamment sociétaux, de sa mission. Ce n'est pas parce qu'il est tombé, et nous avec lui, dans le ridicule récemment qu'il faut oublier que le grand débat national aura lieu seulement en 2017. Jusque-là, l'opposition devra avoir de la tenue, vigoureuse si nécessaire, réceptive si besoin est mais en tout cas jamais sectaire au point de s'en prendre grossièrement et sur un mode grotesque à celui qui a été élu au mois de mai 2012.

Elle devra d'autant plus se maîtriser et être intelligente que l'engagement fondamental de François Hollande d'être un président qui rassemble et unit a été clairement battu en brèche. François Hollande n'est plus qu'un homme qui parle de concorde. C'est trop peu.

La France doit résister à une double tentation contradictoire et perverse. A une double tempête.

Celle soufflée par la gauche pour discréditer, par avance, le combat de la droite contre ce qui menace subtilement ou ostensiblement.

Celle, en réaction, venue de la droite exaspérée par un suffrage universel qui en 2012, selon elle, s'est égaré.

Cet article a été initialement publié sur le blog de Philippe Bilger

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Imragen
- 07/02/2014 - 07:49
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pertuisane
- 07/02/2014 - 06:55
Allons, au fait !
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stephanoise
- 06/02/2014 - 23:40
Désolée
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