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Pendant des années la NSA a espionné le monde à grande échelle
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Espionnage électronique généralisé de la NSA : les sociétés occidentales se sont-elles vraiment saisies de l'occasion que voulait leur donner Edward Snowden de se changer elles-mêmes ?

Publié le 26 décembre 2013
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Dans sa première interview accordée ce mardi au Washington Post depuis l'octroi de son asile politique par la Russie, Edward Snowden considère qu'il a accompli sa mission d'alerte des citoyens des démocraties occidentales sur la fin de la vie privée et l'avènement de la société de surveillance. Mais ces derniers ont-ils accompli la leur en terme de protection de leurs libertés civiles ?
Fabrice Epelboin est enseignant à Sciences Po et entrepreneur. Michel Nesterenko est directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Après une carrière passée dans plusieurs grandes entreprises du transport aérien, il...
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Fabrice Epelboin est enseignant à Sciences Po et entrepreneur. Michel Nesterenko est directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Après une carrière passée dans plusieurs grandes entreprises du transport aérien, il...
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Dans sa première interview accordée ce mardi au Washington Post depuis l'octroi de son asile politique par la Russie, Edward Snowden considère qu'il a accompli sa mission d'alerte des citoyens des démocraties occidentales sur la fin de la vie privée et l'avènement de la société de surveillance. Mais ces derniers ont-ils accompli la leur en terme de protection de leurs libertés civiles ?
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Atlantico: Edward Snowden accordait mardi sa première interview depuis de nombreux mois au Washington Post. Il a notamment affirmé: " Pour moi, en termes de satisfaction personnelle, la mission est déjà accomplie". Quel(s) but(s) recherchait-il en faisant ses révélations ? Les a-t-il véritablement atteints à première vue ?  

Fabrice Ebelpoin: Comme tous les lanceurs d'alertes, Edward Snowden cherchait a mettre sur le devant de la scène médiatique un sujet qu'il considérait - à raison - comme critique pour l'avenir des sociétés modernes. Nous sommes à un tournant historique de l'Histoire de l'humanité, et les régimes démocratiques que nous avons connus durant les deux précédents siècles s'annoncent comme une parenthèse - peut être enchantée - au regard de ce qui va suivre. Avec la NSA et le Patriot Act, suivi, un peu plus de dix ans plus tard, par la France et la loi de programmation militaire, nous sommes entrés de plein pied dans la post-démocratie. Un monde où la vie privée n'existe pas, où les citoyens sont nus face à un Etat tout puissant, qui accède en temps réel à leur moindre faits et gestes, tant chacun d'entre eux est désormais synonyme de traces numériques.

Si la vie privée, comme le souligne Google, n'était qu'une parenthèse dans l'Histoire de l'humanité, ce que nous apprend des lois telles que la loi de programmation militaire, c'est qu'il en est probablement de même avec la démocratie. Selon les cultures, et surtout selon les générations, tout cela est désormais clairement établi. C'est pour Snowden une grande réussite, là où les révélations de Wikileaks, avec les Spyfiles deux ans auparavant qui concernaient pourtant le même sujet, ont été, elles, un échec.

Michel Nesterenko: La démocratie ne peut pas exister dans un système d'espionnage des citoyens fonctionnant dans l'opacité la plus totale. Seuls les tyrans et les fascistes prospèrent dans le secret. La question fondamentale n'a jamais été l'espionnage inter-étatique ou militaire, qui a toujours existé et qui perdurera. La vraie question est de savoir si un Etat démocratique peut impunément violer le sens même de la Constitution et donner pouvoir aux forces de police et judiciaires de poursuivre ses propres citoyens avec des informations collectées illégalement et jamais communiquées. L' Allemagne de l'Est, et le régime stalinien nous ont montré où menait une telle dérive. 

Car c'est bien là le problème. La NSA a identifié comme terroriste tout étranger utilisant le mot "terroriste" ou autre. Pris hors contexte, ce mot (il n'en fallait pas plus) est  suffisant pour confirmer l'appartenance à un hypothétique groupe de personnes dangereuses. Puis cette personne innocente communique avec ses amis de part la planète, qui eux même communiquent avec d'autres amis, pour finalement communiquer avec un citoyen américain résident aux USA. Et voilà un réseau terroriste qu'il faut surveiller. Et le citoyen américain verra ses droits civiques bafoués par l'Etat même auquel il croit. La NSA n'a pas été capable, même lors de témoignages secrets au Congrès, de montrer que les informations collectées ont été essentielles ou indispensables pour empêcher un quelconque attentat au Etats-Unis. Pire, le poseur de bombe de Boston, le 15 avril 2013, est resté invisible pour la NSA.
 
La rumeur voudrait, que les informations de la NSA ont permis de faire tuer plus d'une vingtaine de présumés chefs de la guérilla colombienne. Plus loin, il est dit que ce programme aurait coûté près de $ 10 milliards. On croit rêver, on est en plein Far-West, la mise à prix, vivant ou mort, est de $ 500 millions par tête; oui il s'agit bien de $ 500 millions pour une vie humaine condamnée sans jugement ! Et on nous parle de crise budgétaire et de déficits !
 
Le but de Snowden était, comme il l'a exprimé lui-même, de faire réfléchir les électeurs des représentants de la démocratie. En cela il a réussi au-delà de toute espérance, grâce à une presse libre et au travail de journalistes courageux. Les journalistes ont été menacés par les gouvernements américain et britannique. Certains représentants au Congrès à Washington ont senti le vent tourner et proposent, ni plus ni moins, le démantèlement de la NSA. Cette bataille ne fait que commencer.
 
 

"Je voulais donner à la société une occasion de décider si elle voulait se changer elle-même": le message a-t-il été reçu et suivi par nos sociétés occidentales ? Comment ont-elles réagi d'une manière générale aux révélations faites par Snowden ? 

Fabrice Ebelpoin: Dans cette même interview, Snowden ajoute qu'il "voulait donner la possibilité aux populations d'avoir leur mot à dire sur la façon dont ils sont gouvernés". Au regard de ces objectifs, on peut dire que Snowden a plutôt réussi. Mais en pratique, cela dépend beaucoup des cultures, des générations, ainsi que des pays, et comme beaucoup d'Américains, Snowden a tendance à voir le monde de façon americano-centrée. Au-delà des Etats-Unis, les révélations de Snowden lèvent un voile sur la réalité de la plupart des démocraties occidentales, qui, toutes ou presque, ont entamé une mutation vers une "société de la surveillance", vers une approche orwellienne de la gestion de la cité, parfaitement décrite par le panoptisme de Michel Foucault. 

Mais les révélations de Snowden ne concernent pas, loin s’en faut, la seule nation américaine, car comme l'a révélé la presse allemande, sur la base de documents fournis par Edward Snowden (sans que la presse Française ne relaie cela), la France travaille main dans la main avec la NSA depuis 2010 et partage avec les services américains une large part de ce que les installations françaises de surveillance de masse récoltent. On imagine bien, par ailleurs, que ce partage ne soit pas à sens unique.

Or force est de constater que la réaction des populations civiles est, elle , très variée d'un pays à l'autreLa société américaine, par exemple, a réagi vivement, et a par ailleurs subit de gros dégâts financiers : non seulement les agissements de la NSA sont contraires à la Constitution américaine - qui a valeur de livre sacré aux Etats-Unis- mais la confiance envers les technologies américaines s'est effondrée, causant d'importantes pertes économiques. La société de la surveillance est ainsi devenue aux Etats-Unis un véritable débat public. 

L'Allemagne a également vu sa population réagir rapidement, mais pour d'autres raisons. Le souvenir de la Stasi est encore bien vivant, et les hackers sont depuis longtemps devenus des acteurs de la société civile. Ainsi, la surveillance a été un sujet récurrent lors de la récente campagne électorale, et on imagine qu'il en sera de même pour les futures élections américaines - sans que cela ne change nécessairement grand chose, mais au moins, les populations de ces deux pays sont conscientes de ce qui est en train de se passer.

La France, elle, a mis entre parenthèses son histoire récente vis-à-vis de la surveillance des populations - Vichy - et a depuis toujours relégué les hackers au ban de la société. Sa presse ne s'est jamais saisi des sujets technologiques, et il y a peu encore, cantonnait la technologie à la promotion du dernier iPhone. Les médias ont découvert en moins d'un an les technologies de surveillance, le rôle de la France - leader mondial dans ce business fort discret - et sa dimension politique. Du coup, la presse n'a pas su ou pu assumer son rôle qui consiste - dans l'idéal - à défendre la démocratie. La population, de son coté, ne s'est pas particulièrement mobilisée, et nous avons entériné, à travers la Loi de programmation militaire, votée début décembre, la légalisation de la surveillance globale de la population. Cela a toutefois permis de mettre en évidence, plus encore qu'avec Hadopi, que l'Assemblée Nationale fait la sourde oreille quand l'ensemble des acteurs de la société civile, des ONGs et des lobbies s'opposent unanimement à une loi. L'objectif des députés est ici clairement contraire à l'avis de l'ensemble des acteurs de la société civile; plus personne ne peut décemment croire à une quelconque recherche de l'intérêt général par la représentation nationale.Pour les jeunes générations, qui se sont éveillées à la politique avec Hadopi, c'est la confirmation qu'ils ne vivent pas dans une démocratie, mais dans une République, qui poursuit avant tout comme objectif sa propre préservation. Pour cette génération, le contrat de confiance entre le peuple et ses dirigeants a définitivement été rompu à cette occasion, ainsi que pour quelques autres, plus âgés, et qui ont été sensibilisés aux sujets technologiques. Mais les raisons de la rupture de cette confiance en France sont multiples, et les révélations de Snowden ont tendance à être noyées dans un nombre sans cesse croissant de prétextes donnés à la population de ne plus accorder la moindre confiance au politique.

L'Angleterre, qui, elle, n'a pas connu de dictature dans son histoire récente, est elle aussi sur le chemin de la société de la surveillance. Le "filtre à pornographie" annoncé par David Cameron se révèle, en pratique, filtrer tout un tas d'autres choses, et s'avère n'être qu'un filtre à contenus jugés "inappropriés" par le pouvoir en place, censurant une quantité astronomique d'informations, tels des contenus LGBT n'ayant aucun rapport avec la pornographie ou tout ce qui touche à l'éducation sexuelle, comme des informations abordant la contraception.

Pour finir, on peut dire que Snowden a remarquablement réussi la mission qu'il s'est donné en ce qui concerne les Etats-Unis et l'Allemagne, mais que pour ce qui est de la France et de l'Angleterre, cela n'aura permis qu'à une minorité, ainsi qu'à la jeunesse, de prendre conscience de la gravité de la situation, et de faire une ultime tentative destinée à alerter le reste de la population avant qu’il ne soit trop tard.

Michel Nesterenko: Nous disposons de résultats de sondage effectués aux Etats-Unis. Pour les citoyens d'un certain niveau de formation, l'avis est largement majoritaire (70%) contre ce qui est perçu comme un abus du gouvernement et une violation des droits civiques. Pour les catégories défavorisées, la position est inverse et ils préfèrent une réponse totalitaire, volontiers xénophobe.

 

Le souci de la protection de la vie privée et de l'espionnage électronique est-il devenu aujourd'hui une priorité pour les citoyens de nos sociétés occidentales ? Si oui, comment cela se traduit-il ? 

Fabrice Ebelpoin: Non, la "protection de la vie privée" n’est une préoccupation que pour une minorité de nos concitoyens. Par ailleurs, il faut insister sur le fait qu’il ne s’agit pas du tout de la protéger, mais de la reconquérir, car au regard de la Loi de programmation militaire, il n'existe plus de vie privée des citoyens vis à vis de l’Etat. La reconquérir passe par un luxe de précautions dans les usages que l’on fait de différentes technologies de communication, d'une prise de conscience quotidienne de la façon dont nous dispersons en permanence des données personnelles, et d'une responsabilisation croissante de chacun d’entre nous face à cela. C’est assez similaire en terme de démarche à l’adoption d’une démarche responsable face à l’environnement. Si vous vous contentez de recycler vos ordures et que vous continuer à rouler en 4x4, vous avez tout faux. Si vous voulez être responsables vis-à -vis de l’environnement, vous allez vite vous apercevoir que cela impacte presque tous les aspects de votre vie. Avec la reconquête de la vie privée, c’est tout à fait similaire. Là où il y a une énorme différence, c’est que les conséquences restent collectives pour ce qui est de l’environnement, alors que la fin de la vie privée est une chose d’on ne peut plus individuelle et personnelle, et que l’on peut parfaitement imaginer une société où certains disposent d’une vie privée et pas d’autres. En pratique, c’est déjà le cas; ce qui manque, c’est une aggravation de la crise sociale, ou une alternance radicale du pouvoir politique, qui fasse apparaître de façon flagrante les conséquences pratiques de la fin de la vie privée.

La vie privée est bel et bien devenu un luxe, et elle n'est désormais accessible qu'à une minorité, pour ne pas dire une élite. Il est important de comprendre qu’il n'existe pas de solution miracle pour reconquérir un droit à la vie privée - qui vient d'être nié purement et simplement à travers l'adoption de l'article 20 de la Loi de programmation militaire. Cela demande une véritable expertise, et il faudra changer de très nombreuses habitudes, ou les conserver en toutes connaissance de cause, et en ayant clairement mesuré les conséquences de ses choix.

Une pratique telle que l'usage quotidien de Google constitue, par exemple, une concession vis-à-vis de votre vie privée qu'il est facile de reconquérir, en utilisant un moteur de recherche qui respecte la vie privée de ses utilisateurs, ne les piste pas, et n'a jamais été lié à la NSA, comme Qwant.com ou DuckDuckGo, qui sont d'excellentes alternatives. Installer un plugin comme Ghostery sur votre navigateur vous permettra d'échapper à une multitude de systèmes de pistage publicitaire, dont de nombreux collaborent sans doute avec la NSA - de grès ou de force, car avec le Patriot Act aux Etats-Unis, ou la Loi de programmation militaire en France, les entreprises, à moins de mettre en place des solutions juridiques et technologiques ad hoc, n'ont guère le choix. L'usage systématique de logiciels libres est l'étape suivante, car ce sont les seuls logiciels en mesure de vous apporter une réelle garantie quant au respect de votre vie privée, et les révélations de Snowden sur des entreprises telles que Microsoft ou Apple ne laissent guère de doutes quant à la complicité de ces industriels avec la société de la surveillance.

Au final, reconquérir le droit à la vie privée demande beaucoup de travail, beaucoup d'apprentissage, et une formation permanente. Une chose est désormais certaine: cela relève de l'unique ressort des individus, et il ne faut en aucun cas compter sur les institutions politiques pour cela, bien au contraire; c’est vis-à-vis des Etats qu’il s’agit désormais de reconquérir ce droit.

 Michel Nesterenko: Le souci de la vie privée et de l'espionnage électronique devient rapidement une des préoccupation majeures de tous les consommateurs. D'un seul coup, 40 millions des informations clients de Target, une grande chaîne de magasins, incluant les cartes de crédit, ont été volées grâce à une faiblesse de défense informatique, pour laquelle la NSA a payé. Le coût pour chaque consommateur sera certainement important mais difficilement chiffrable. D'un autre côté, les parents apprécient de pouvoir savoir où se trouvent leurs enfants grâce au GPS du téléphone, et les entreprises peuvent accroître la productivité de leurs livreurs où la sécurité des camions. C'est donc seulement l'espionnage étatique des citoyens, et accessoirement l'espionnage des consommateurs par les entreprises, qui sont en cause.

"Je n'essaie pas de faire tomber la NSA, j'essaie de l'améliorer": à l'inverse, quelles conséquences ont eu les révélations de Snowden sur les institutions en charge de la sécurité intérieure (type NSA), et plus généralement sur les Etats dans leur rapport à l'espionnage électronique ? 

Michel Nesterenko: Pour la sécurité de tout un chacun, l'espionnage militaire et stratégique doit continuer et, pour cette même raison, les écoutes de groupes armés sur une zone en guerre, limitée à cette zone, doivent aussi  perdurer. Le grand problème, c'est l'utilisation des mêmes armes stratégiques par les forces de police et judiciaires et l'impact d'informations, souvent erronées et jamais corrigées car tenues secrètes, sur les libertés fondamentales des citoyens, libertés protégées par la Constitution. Les gouvernements disposant de ces armes, comme les Américains et les Britanniques, veulent continuer à les utiliser encore plus. Le président et le gouvernement français proposent de dépenser des fortunes pour acquérir un tel système. Pour punir les journalistes osant divulguer les activités gouvernementales abusives, le Premier ministre britannique propose même d'utiliser des lois anti-terroristes et non pas des lois relatives à la divulgation d'Informations confidentielles. Où va la démocratie britannique ?

Fabrice Ebelpoin: C'est très difficile de dire, à l'heure qu'il est, si la NSA se réformera suite aux révélations d'Edward Snowden. Un certain mouvement semble s'engager du coté des Etats-Unis, et un dialogue semble s'être mis en place entre les industriels des technologies et l'Etat américain. Ce qui peut sauver les Américains, c'est que la perte de confiance induite par ces révélations ont des conséquences lourdes sur l'économie numérique américaine, notamment sur la prometteuse industrie du Cloud; or le numérique pèse lourd dans la santé de l'économie américaine.

En France, il n’y a ni Google, ni Facebook, et l'économie numérique nationale est très liée à la surveillance. L'essentiel est constituée de ce que l'on range pudiquement dans les "infrastructures", et a un rôle actif et prépondérant dans la mise en place de l'industrie de la surveillance. Du coup, nous sommes, au "pays des Droits de l'Homme", dans une situation où la plupart des acteurs nationaux qui pèsent dans l'économie numérique sont très liés à la surveillance. Ainsi, le Guardian révélait il y a deux mois que l'avance considérable prise par la France en matière de surveillance de masse s'expliquait en grande partie par la collaboration active d'un grand opérateur Internet national avec la DGSE - dont le Guardian ne révèle pas le nom, et que personne en France n'a cherché a démasquer. En pratique, comme pour le reste des effets des révélations d'Edward Snowden, les conséquences sont très variables d'un pays à l'autre.

 

"J'ai déjà gagné": n'y a-t-il vraiment plus rien à faire en matière de protection de la vie privée et d'espionnage sur Internet ? Si non, qu'est-ce qui doit encore être accompli en la matière ? 

Fabrice Ebelpoin: La vie privée, c'est terminé, ou tout du moins, sa protection n'est plus du tout du ressort des Etats, qui, au contraire, mettent en place une surveillance de masse des populations qui s’oppose totalement à toute notion de vie privée. La vie privée est devenue un luxe que certains individus peuvent néanmoins se payer. Enfin, quand je dis payer, c'est une image, car il n'est nullement question d'argent ici. C'est en accumulant et en mettant à jour en permanence des connaissances que vous pourrez contrer tout ou partie de ces technologies de surveillance, et reconquérir un droit à la vie privée. C'est désormais l'affaire des individus, et non d'une quelconque institution. Chacun est (encore) libre de décider s'il souhaite ou non disposer d'un droit à la vie privée, et doit en payer le prix à travers un apprentissage et un changement parfois radical de ses habitudes face aux technologies de l'information qu'il utilise quotidiennement, souvent sans le réaliser. La seule chose qui puisse être accomplie est de l’ordre de l’éducation et de la mise à disposition de connaissances et de technologies permettant de protéger sa vie privée, tant que cela n’est pas censuré par le pouvoir en place, comme cela semble être sur le point d’arriver en Angleterre sous le prétexte d’un filtrage de la pornographie.

Si l’on sort d’une vision purement individualiste - où c’est désormais à chacun de se prendre en charge afin d’assurer la reconquête d’un droit qui semblait acquis - il est un domaine plus collectif où la disparition de la vie privée est à reconquérir d’urgence, c’est celui de la presse. Car, même si le secret des sources est garanti pour les journalistes par la loi, c’est - il faut bien regarder cela en face - un secret de polichinelle aux yeux de l’Etat. Il est impensable aujourd’hui de réaliser une investigation touchant à quoi que ce soit de sensible pour le pouvoir en place sans être immédiatement repéré et pisté par l’Etat, sauf à savoir s’en protéger. Or, peu nombreux sont les journalistes à être en mesure de reconquérir un droit à la vie privée, et la plupart d’entre eux sont passés, en quelques années, de l’indignation face à des affaires touchant aux fadettes à la surveillance électronique ultra sophistiquée, à laquelle ils ne comprennent absolument rien, et qui ne leur permet plus, désormais, d’assurer la moindre protection à leurs sources ou la moindre confidentialité dans une investigation en cours.

Enfin, il conviendra également d’apporter une attention particulière au sort réservé à ceux qui sont en mesure de sensibiliser et d’éduquer le public à la reconquête de ce droit, qu’ils soient journalistes, hackers, ou lanceurs d’alerte, car ils sont désormais les canaris dans la mine de charbon , et toute atteinte à leurs libertés ou leur réputation est clairement annonciatrice de quelque chose de bien pire pour l’ensemble de la population. Au vu des procès, contrôles fiscaux et autres campagnes de diffamation qui pleuvent en ce moment sur ces ‘trois gus dans un garage’, on est en droit de s’inquiéter.

Michel Nesterenko: Snowden, au péril de sa vie, a bien posé le débat. Maintenant c'est aux citoyens et à leurs élus de mener le combat pour imposer le changement. Dans le monde de l'entreprise, la protection des réseaux informatiques est devenue l'une des premières préoccupations, mais il faut trouver des systèmes non-américains, ce qui prendra du temps.

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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_zoedubato
- 25/12/2013 - 22:41
Article inintéressant au possible
Cet article est le bal des faux culs. Il faudrait plutôt repartir sur les déclarations du terroriste Carlos et de l'affaire Mérah. Pour le premier il était sponsorisé par la Famille ASSAD, le deuxième par AL QUAIDA, le khelkal par le GIA lui même sponsorisé par l'IRAN tous les deux sponsorisés par POUTINE aux services secret car les terroristes étaient des mercenaires à la solde du camp de l'Est. Les roumains et les autres pays de l'Est ont dans leur archive tous les anciens secrets des réseaux tout comme les réseaux pasqua avec luicano. On prend encore les gens pour des cons et le terrorisme d'Etat que ce soit le drakkar à Beyrouth en passant par l'attentat de lockerbie ou le mehra, tout est histoire de terrorisme d'Etat. On peut le prévenir et il faudrait relire le contrat social de rousseau ou l'homme laisse la charge de sa sécurité à la société contre sa soumission. Maintenant si on a rien à cacher, Delà à aller imaginer un hoover dans chaque citoyen. Bof
ignace
- 25/12/2013 - 17:49
bon article...points de vues interessants..merci

le pire de la soumission de la France aux USA : L’avion du président bolivien Evo Morales a été contraint mardi d’atterrir à Vienne, en Autriche, à son retour de Moscou. Les espaces aériens français et portugais lui ont été interdits, selon le ministre bolivien des Affaires étrangères...........Hollande .......quelle honte...
Renaud Bouchard
- 25/12/2013 - 15:32
Un Prix Nobel pour Snowden et Assange
Deux mots et un concep à retenir et d&fendre impérativement : libert&s publiques.
Les sombres précurseurs
Une sociologie pragmatique de l´alerte et du risque
Francis Chateauraynaud & Didier Torny
́Édition augmentée d’une préface de Claude Gilbert

Augmentée d’une préface, cette nouvelle édition survient après le vote de la loi sur les lanceurs d’alerte au printemps 2013. En déployant les dynamiques sociales liées aux crises sanitaires et environnementales, qui ne se réduisent pas à l’expression de « peurs irrationnelles », l’ouvrage permet d’en saisir toute la portée politique.
Face à des dangers ou des risques, imminents ou diffus, lancer une alerte est avant tout un acte éthique, délibérément tourné vers autrui. Selon la trajectoire qu’elle emprunte, une alerte peut être à l’origine de controverses ou d’affaires publiques, à travers lesquelles se révèlent des rapports de force et de légitimité.
Fondé sur une sociologie de la vigilance, cet ouvrage a installé dans le monde francophone la notion de lanceur d’alerte, clairement distinguée de celle de « whistleblower » utilisée dans le monde anglo-saxon. A lire :http://editions.ehess.fr/ouvrages/ouvrage/sombres-precurseurs/