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Économie : celle qui gagne, celle qui perd, où en est l'Afrique ?

Publié le 05 décembre 2013
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Pascal Airault est journaliste à L’Opinion, où il couvre les thèmes relatifs à l’Afrique. Il a suivi des pays en crise comme la République démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire et les printemps arabes, notamment la transition démocratique marocaine.
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Pascal Airault est journaliste à L’Opinion, où il couvre les thèmes relatifs à l’Afrique. Il a suivi des pays en crise comme la République démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire et les printemps arabes, notamment la transition démocratique marocaine.
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L'image d'une terre exploitée par les puissances extérieures - des anciens colonisateurs aux Chinois en passant par les États-Unis - qui jusqu'ici collait à l'Afrique pourrait bien s'étioler ces prochaines décennies. En témoigne le boom des activités de services, notamment dans la téléphonie et la banque.

Atlantico : Quels sont les secteurs dans lesquels l'Afrique a une place de choix dans l'économie mondiale actuellement ? Et quels sont les secteurs dans lesquels on peut l'attendre dans les années à venir ?

Pascal Airault : Actuellement, l'Afrique occupe une place de choix dans le secteur des matières premières, à savoir des mines et de l'énergie, ainsi que de l'agriculture.

L'Afrique est l'un des premiers fournisseurs mondiaux dans le secteur des mines et de l'énergie. D'ici 2020, la part des exportations africaines d'hydrocarbures devrait atteindre à peu près 15 % des exportations mondiales. De très nombreux pays exploitent leurs gisements miniers, qu'il s'agisse du fer, du diamant, du cuivre, du manganèse, ou encore, de l'uranium, avec lequel Areva travaille beaucoup, notamment au Niger.

De même, les pays africains tirent leur épingle du jeu en ce qui concerne leurs matières premières. A titre d'exemple, on peut citer la Côte d'Ivoire, premier pays producteur mondial de cacao. Côte d'Ivoire et Ghana assurent à eux deux près de 60 % des exportations mondiales. Le coton est un autre produit phare de l'économie africaine, et plus précisément de l'économie égyptienne. Il est également présent dans la plupart des pays francophones d'Afrique.

En dehors de ces matières premières, ces dix dernières années nous avons constaté l'émergence des services, notamment des télécoms. Le taux d'utilisation des téléphones portables a profondément augmenté. Puisque aujourd'hui la couverture est bonne, l'objectif est maintenant de passer à la 3G et à la 4G. De plus, le maillage internet est important. De nombreux investissements sont opérés en direction de cette filière.

Ensuite, le marché de la grande distribution est en fort développement, avec de grandes enseignes américaines et des groupes européens comme Carrefour ou Métro. Des enseignes de moindre importance progressent aussi, à l'instar de boulangeries françaises.

Enfin, il faut parler du secteur bancaire, qui est assez dynamique. Plusieurs banques ont été créées depuis une quinzaine d'années, qu'elles soient africaines ou panafricaines. On devrait assister dans le futur à un mouvement de concentration dans plusieurs pays, parce qu'il y existe de nombreux établissements bancaires.

Dans les années à venir, l'économie africaine va continuer à se développer dans les mines et l'énergie, car il y a encore beaucoup de réserves exploitables, et même, à découvrir. Et à côté de cela, une classe moyenne émerge – on estime qu'elle atteindrait les 700 millions de personnes en 2050, voire un milliard d'individus sur les 2 milliards d'habitants prévus. Ce qui ne peut que favoriser le développement du secteur des services.

En dehors des exportations de matières premières, on constate que l'Afrique demeure peu insérée dans la mondialisation. A quel degré estimez-vous que l'Afrique participe à la mondialisation ? Que faudrait-il pour qu'elle soit mieux insérée, voire complètement, dans la mondialisation ?

L'Afrique est plus insérée qu'elle ne l'était dans le passé. Il y a une dizaine d'années, on a estimé que le commerce de l'Afrique avec le reste du monde était d'environ 2% ; aujourd'hui, il se situe plutôt à hauteur de 4 ou 5 %. Il y a donc bien un certain progrès. En outre, autrefois le commerce était fortement lié aux matières premières. Mais aujourd'hui, le secteur des services se développe de plus en plus sur le continent, qui tend à diversifier ses économies. Donc l'Afrique trouve progressivement sa place dans la mondialisation.

Néanmoins, il est vrai qu'il existe certains problèmes de financement qui empêchent l'émergence d'une industrie culturelle en Afrique. En effet, il faut d'énormes moyens pour que l'industrie cinématographie se déploie, il n'y a pas beaucoup de lecteurs pour que l'édition se développe – malgré le progrès d'une classe moyenne. Mais tout cela est appelé à évoluer avec la hausse du pouvoir d'achat et la montée de classes moyennes. Il n'y a pas forcément de volonté politique pour développer le secteur culturel, car il existe d'autres priorités pour le moment (autosuffisance alimentaire et réseaux d'infrastructure à développer dans les pays, notamment).

Quels sont les pays leaders de la mondialisation en Afrique ? A contrario, quels sont les pays africains à la traîne ?

Les pays interconnectés avec le monde sont ceux qui sont les plus dynamiques, autrement dit l'Afrique du Sud, première puissance économique du continent, mais aussi les d'Afrique du Nord dont les économies sont très liées avec l'Europe. On trouve aussi des pays très dynamiques dans les nouvelles technologies et les télécoms comme le Kenya, l'Ile Maurice, le Ghana ou le Rwanda. Bien d'autres pays vont venir rejoindre cette liste dans les années à venir.

Parallèlement, il reste des États très enclavés, comme au Sahel, qui n'ont pas les infrastructures commerciales, portuaires ou en télécommunication qui leur permettraient de maximiser ou d'avoir des échanges très développés avec le reste du monde. De même, certains pays d'Afrique centrale sont concernés par cet enclavement. Prenez le cas de la République Démocratique du Congo : toute une partie de ce pays se trouve enclavée, car il manque des infrastructures de transport qui partiraient notamment de Kinshasa vers l'est du pays.

Quels sont les partenaires commerciaux de l'Afrique ?

Historiquement, les anciens partenaires de l'Afrique sont les anciennes colonies. On peut parler de la France qui a eu des relations économiques importantes avec toutes ses anciennes colonies, mais on peut également parler du Royaume-Uni et d'autres pays comme l'Italie.

Mais cela était vrai jusqu'à il y a une quinzaine d'années, car depuis, un certain nombre d'acteurs émergent, avec en premier lieu les États-Unis, qui s'intéressent aux ressources pétrolières africaines et qui sont devenus un acteur de premier plan sur le continent. Cependant, le premier partenaire commercial de l'Afrique reste la Chine. Cette dernière a doublé tout le monde sur le continent : elle exporte ses produits finis qu'elle vend à bas prix dans la plupart des pays, investit énormément dans les infrastructures, gagne de plus en plus de terrain dans les marchés de la construction des routes, des hôpitaux, des stades, etc.

Puis, dans le sillage de la Chine sont arrivés de nombreux pays émergents comme le Brésil, la Turquie, l'Inde.

L'Afrique est convoitée par les pays émergents, surtout la Chine, et dans une moindre mesure, l'Inde, qui n'hésitent pas à investir dans le continent au détriment du vieux partenaire français qui voit ses parts de marché diminuer. A tel point que depuis 2009 la Chine est devenue le premier partenaire commercial de l'Afrique, et qu'en 2011 les échanges avec l'Afrique ont atteint 166 milliards de dollars...

Cette lune de miel sino-africaine peut-elle engendrer un divorce franco-africain d'un point de vue économique, et par extension, d'un point de vue diplomatique – justement à cause de relations économiques en baisse ?

Non, il n'y a pas de risque. D'ailleurs, il ne s'agit pas vraiment d'une "lune de miel" entre la Chine et l'Afrique. La Chine a les mêmes difficultés que les autres pays pour se positionner sur le continent. Ces dernières années, les sociétés chinoises ont connu un certain nombre de déboires.

Quant à la France, elle a perdu énormément de parts de marché ces dix dernières années – elles ont été divisées par deux –, en revanche en volume financier elle a progressé. Elle conserve en effet une influence économique et des parts de marché importantes sur le continent. A la suite des évolutions économiques et politiques, la France a été obligée de s'accommoder d'une nouvelle donne : depuis quinze à vingt ans maintenant, on ne peut plus décréter une intervention militaire en Afrique sans l'aval des Nations Unies et l'assentiment de l'Union africaine. La France est obligée de discuter avec les partenaires internationaux et africains.

Fin octobre 2013, un rapport intitulé "L'Afrique est notre avenir" a été présenté à la Commission des Affaires étrangères du Sénat. Les auteurs y préconisent dix mesures prioritaires que la France devrait mener. La troisième priorité consiste à "renforcer nos liens économiques avec l'Afrique qui décolle", la sixième à "moderniser notre coopération au développement", et enfin, la septième veut "promouvoir l'expertise technique française" notamment d'un point de vue commercial. Quelles sont les meilleures manières d'y parvenir, selon vous ?

Face à la concurrence des produits très bon marché, surtout chinois, il est  très difficile de se positionner sur les mêmes marchés.

Par contre, sur les marchés de pointe français, il y a encore une offre française de qualité, un savoir-faire, une capacité à monter des dossiers de financement pour certains projets que peuvent faire valoir les entreprises dans le secteur des infrastructures. C'est le cas de Bouygues et Vinci, quand ils construisent des routes, des ponts ou des stades. On sait que même si le travail est plus cher, il est en général de qualité et n'aura pas besoin d'être corrigé quelques années plus tard.

En outre, il y a d'autres secteurs de pointe où les entreprises françaises ont une expertise à faire valoir : les groupes Safran, Morpho ou Gemalto sont positionnés sur les solutions électroniques permettant, entre autres, d'organiser des élections, dans la gestion électronique des visas, des contrôles frontaliers. La France étant également une puissance agricole mondiale, elle peut s'imposer dans le secteur de l'agroalimentaire avec son savoir-faire reconnu mondialement. Demeurent donc encore des parts de marché à gagner. S'il est vrai que dans le domaine des mines nous ne sommes plus vraiment présents, nous restons dans celui des hydrocarbures. Effectivement, l'entreprise nationale Total, major mondiale, est experte dans les forages ultra-profonds qui se développent au Nigeria et en Angola.

Là où nous sommes moins présents, c'est dans le domaine des PMI-PME. Elles doivent peut-être estimer qu'il y a des risques à investir le continent. La stratégie actuellement mise en place par les autorités françaises est d'encourager ces PMI-PME dans le sillage des grands groupes français, pour lesquels elles pourraient travailler comme sous-traitantes.

La crise touchant les pays occidentaux et les révolutions ravageant le Monde arabe peuvent-elles constituer une opportunité d'affirmation de l'économie africaine ?

Il s'agit de deux questions complètement différentes.

En ce qui concerne la crise touchant les pays occidentaux, il faut noter que certaines économies (la France, le Portugal, l'Espagne) se tournent davantage vers l'Afrique. Ces deux-trois dernières années, des missions commerciales se sont multipliées sur le continent, et, pas un mois ne se passe sans que les entreprises françaises, portugaises, espagnoles se rendent en prospection commerciale, souvent dans les pays les plus dynamiques, dans le Maghreb, ou, dans les pays pétroliers ou gaziers.

Quant au Printemps arabe, il a touché l'Afrique du Nord. Donc il a touché de plein fouet les économies de cette région.  Et je ne pense pas que les pays d'Afrique subsaharienne aient gagné des parts de marché au détriment des pays arabes, du Maghreb.

Finalement, l'Afrique a-t-elle une vraie carte à jouer sur l'échiquier mondial ?

Oui, elle a une vraie carte à jouer. Elle est composée d'une population jeune en pleine croissance. Actuellement, l'Afrique doit compter à peu près 900 millions d'habitants. Ce devrait être 2 milliards en 2050. La croissance africaine tourne autour de 5% par an. La classe moyenne ne fait que progresser, pour atteindre 700 millions, voire un milliard d'habitants en 2050. Il y a de plus en plus de réseaux nationaux qui se développent sur le continent, des pays ont même une stratégie d'exportation vers les autres pays africains, en particulier le Maroc, qui possède des entreprises implantées en Afrique du Sud. Le Nigeria regarde également en dehors de son marché national.

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ciceron
- 04/12/2013 - 18:37
Il y a 2 Afriques.......
L'Afrique anglophone qui progresse et qui se fiche de notre avis
Et il y a l'Afrique francophone qui a la mentalité de sa langue.........
Celle là va un peu moins bien.........
La corruption mine l'Afrique mais elle s'éveillera aussi.....
lsga
- 04/12/2013 - 13:47
L'Afrique sera la première puissance écologique
mais pour cela, il faut d'abord qu'elle se débarrasse du parasitisme français, qui lui impose des guerres civiles et des dictateurs pour pouvoir piller ses ressources en matière première.
HdL C
- 04/12/2013 - 11:29
Encore des efforts à réaliser
L'Afrique a énormément évoluée ces dernières années dans le domaines des télécoms et des TIC.
Malheureusement, comme l’auteur de l'article le souligne les pays qui n'ont pas d'accès à la mer et donc aux câbles sous-marins ont beaucoup souffert de leur manque de capacités; les connexions aux satellites offrant un service nettement insuffisant.
Il est important de noter que sous l'égide de la Banque mondiale, de la Banque Africaine de Développement et d'autres bailleurs internationaux, de nombreux projets de désenclavement sont en cours et permettront , dans un temps raisonnable de connecter quasiment l’ensemble des pays africains aux nombreux câbles qui longent les côtes africaines.
Lorsque ces capacités seront développées, il restera un obstacle majeur au développement de l'économie des TIC : l’ouverture des marchés intérieurs aux ISP et autres acteurs de services, qui souffrent aujourd'hui du quasi monopole des opérateurs majeurs (Orange, MTN, Vodacom, Airtel etc...) sur les connexions au capacités de transit.
L'avenir des TIC en Afrique passe par une adaptation de la régulation et une prise en compte des spécificités africaines par les bailleurs.