En direct
Best of
Best of du 18 au 24 mai 2019
En direct
© Reuters
Le congrès annuel des maires de France s'ouvre ce mardi.
Cahiers de doléances
Grogne au congrès des maires de France : ce dont les élus locaux se plaignent
Publié le 19 novembre 2013
Alors que se réunissent près de 12 000 maires à l'occasion de leur congrès annuel, le mécontentement des élus locaux semble toucher toutes les sensibilités politiques, y compris le PS.
Philippe Laurent est maire de Sceaux et, depuis novembre 2014, secrétaire général de l'Association des maires de France. Il est l'auteur de Décentralisation, pour en finir avec les idées reçues (LGDJ / 2009).  
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Philippe Laurent
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Philippe Laurent est maire de Sceaux et, depuis novembre 2014, secrétaire général de l'Association des maires de France. Il est l'auteur de Décentralisation, pour en finir avec les idées reçues (LGDJ / 2009).  
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Alors que se réunissent près de 12 000 maires à l'occasion de leur congrès annuel, le mécontentement des élus locaux semble toucher toutes les sensibilités politiques, y compris le PS.

Atlantico : A quelques mois des élections municipales, les maires semblent de plus en plus remontés contre l'exécutif et le climat promet d'être tendu. Quels sont les principaux motifs de cette colère ? Quels sont les doléances des maires ?

Philippe Laurent : D’abord les maires éprouvent le sentiment désagréable que les décideurs nationaux ne leur font pas confiance. Les rapports accusatoires se succèdent, certains ministres se comportent en donneurs de leçons, le ministère des Finances a fait des élus locaux et des maires en particulier de commodes boucs émissaires. Tout ceci crée un climat effectivement tendu, car les maires n’ont aucunement le sentiment d’avoir démérité ces dernières années. Bien au contraire, ils pensent être le dernier rempart du « vivre ensemble », dans une société en voie de lente désagrégation.

Ensuite, et plus concrètement, il y a le « double discours » national : vous dépensez trop, mais vous devez continuer à développer l’offre de service public et les investissements. Et bien nous disons très clairement : assez d’hypocrisie. Définissons un bonne fois pour toutes, ensemble, le contenu et le niveau des politiques publiques que nous souhaitons, et mettons nous d’accord sur leurs modalités de mise en œuvre. Evitons les faux-fuyants et les faux procès.

Enfin, et encore plus concrètement, il y a les finances. Baisse historique des dotations (que n’aurait-on dit si un gouvernement de droite avait osé…), charges nouvelles avec par exemple les cotisations retraite des agents ou la hausse de la TVA, ou encore la mise en œuvre de la réforme des rythmes scolaires : tout ceci conduit à un effet de ciseau redoutable, dont le pouvoir central ne mesure pas l’effet dévastateur sur l’investissement public local, pourtant facteur de croissance, d’emploi et de préparation de l’avenir du pays.

La réforme des rythmes scolaires de Vincent Peillon promet d'être un dossier chaud à l'heure où seulement 4000 communes l'ont adoptée. Les maires ont-ils été livrés à eux-mêmes sur cette réforme ?

Dès le départ, en 2012, nous avions tiré la sonnette d’alarme sur le financement et les difficultés d’organisation que ne manquerait pas de provoquer la mise en œuvre de la réforme. Nous n’avons pas été écoutés par le ministère. Il y a un an, le président de la République avait accepté, lors de notre congrès, un délai d’un an supplémentaire.

Aujourd’hui, avec les premières expériences, nous voyons d’une part que le coût réel est supérieur à ce que nous avions estimé (de 150 à 300, voire 400 euros par enfant scolarisé, une charge nouvelle pour les communes qui pourrait approcher les 2 milliards d’euros en année pleine !), d’autre part que la mise en œuvre est parfois très complexe par suite notamment du manque d’encadrement compétent des enfants, et enfin que la réforme elle-même, dans ses fondements, n’est pas pertinente dans certaines circonstances et sur certains territoires. Cela fait quand même beaucoup pour une évolution sensée être consensuelle... C’est la raison pour laquelle nous sommes nombreux à proposer un réexamen approfondi des principes et des modalités de cette réforme qui, en outre, ne nous semble pas venir au bon moment : il faut en effet commencer par les programmes et la formation des maîtres, poursuivre par le calendrier annuel, puis terminer par les rythmes hebdomadaires. C’est le bon sens, évidemment.

En l'absence du président de la République, le Premier ministre devra également aborder d'autres thèmes embarrassants comme les plans locaux d'urbanisme, les dotations d'Etat ou encore les deux milliards de charges nouvelles qui grèveront le budget des communes. De manière générale, les maires ont-ils les moyens de répondre aux nouvelles contraintes qui pèsent sur eux ?

S’agissant des plans locaux d’urbanisme, le projet de loi Duflot prévoyait initialement de les rendre obligatoirement intercommunaux. Nous étions totalement opposés à cette obligation, car pour nous l’intercommunalité est un outil au service des communes et doit donc être choisie, tant dans son périmètre que dans ses compétences. Heureusement, un amendement parlementaire a permis que les communes recouvrent la liberté de s’opposer à cette obligation.

S’agissant des finances, les choses sont claires : pour le secteur public local, entre baisse des recettes et hausse des dépenses obligatoires, ce sont 3,5 milliards qui « disparaissent » en quelque sorte, qui ne peuvent pas être affectés au service public. Cela représente 10% de la capacité d’autofinancement. Or, les maires, prudents, ne combleront pas cette diminution de l’autofinancement par une progression de l’endettement. Il y aura donc poursuite de la baisse des investissements publics locaux, avec des suppressions d’emplois à la clé : 3,5 milliards de moins d’investissement, c’est en gros 30 000 emplois supprimés dans le BTP. A moins que les élus locaux ne choisissent de diminuer notablement le niveau de service public : moins de places de crèches, moins de personnel dans les écoles, moins d’auxiliaires de vie chez les personnes âgées… Dans tous les cas, c’est vers un rétrécissement de l’action publique de proximité, utile à la vie quotidienne des gens, que nous nous dirigeons. 

La majorité des maires sont socialistes. Existe-t-il un décalage entre l'exécutif et les élus locaux ? Le pouvoir est-il assez l'écoute ? Tient-il compte des remontées du terrain ?

Non, la majorité des maires est sans étiquette. Seule la majorité des maires de grandes villes est socialiste. Mais oui, il existe un certain décalage entre l’exécutif et les élus locaux, l’affaire des rythmes scolaires le montre parfaitement. 

Cela étant, il me semble que le vrai problème réside dans le système institutionnel que nous connaissons en France, et qui n’est absolument pas adapté à l’époque que nous vivons. Il faut être souple et adaptable, l’administration centrale reste rigide et uniforme. Il faut faire surgir l’innovation dans les territoires, le pouvoir central ne sait pas faire confiance aux acteurs locaux. Il faut mobiliser toutes les énergies locales, l’Etat enferme tout le monde dans un carcan normatif, qui ne fait que donner bonne conscience à quelques hauts fonctionnaires. Le logiciel de l’Etat est grippé. Il n’est plus capable de « sentir » le pays. Si les maires jettent l’éponge, le risque est immense de voir le pays s’enfoncer dans une grave crise morale et sans doute politique.

Comment est interprétée l'absence du président de la République ?

Pour celles et ceux d’entre nous dont c’est le dernier congrès, cette absence est évidemment dommage. La plus haute autorité de la République aurait pu en effet leur rendre un hommage mérité, par sa présence toujours appréciée lors de notre congrès, même si elle n’est pas systématique. Ceci étant, il ne faut pas tirer d’enseignement particulier de cet état de fait. La République sera elle bien présente dans notre congrès, car, en France, elle est tout aussi chez elle à la mairie qu’à l’Elysée. C’est ce qui fonde la relation particulière entre l’Etat et les maires, dont nous devons ensemble veiller à ce que la crise que nous connaissons ne la détruise pas. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Il agresse un agriculteur pendant que son épouse filme
02.
Mais pourquoi les Français épargnent-ils une part non négligeable du pouvoir d’achat gagné ces derniers mois ?
03.
Rihanna éconduit Neymar, Charlotte Casiraghi & Gad Elmaleh s’ignorent, Anthony & Alain-Fabien Delon se vengent de leur père; Karine Ferri investit lourdement pour son mariage (et invite utile); Johnny Depp : c’est Amber qui l’aurait battu
04.
Automobile : des centaines de milliers de moteurs Renault suspectés de malfaçon
05.
Tensions grandissantes en Algérie : Bouteflika n’est plus là, mais les généraux, si
06.
Forte hausse des cleantechs. Bulle financière ou investissement d’or et déjà productif ?
07.
"Les nationalistes stupides aiment leur pays… et n'aiment pas ceux qui viennent de loin" (Jean-Claude Juncker)
01.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
02.
Burkini à la pisicine municipale : les périlleuses relations de la mairie de Grenoble avec les intégristes musulmans
03.
Cancer : cette découverte sur le cerveau qui ouvre de prometteuses voies de traitement
04.
Il agresse un agriculteur pendant que son épouse filme
05.
Rihanna éconduit Neymar, Charlotte Casiraghi & Gad Elmaleh s’ignorent, Anthony & Alain-Fabien Delon se vengent de leur père; Karine Ferri investit lourdement pour son mariage (et invite utile); Johnny Depp : c’est Amber qui l’aurait battu
06.
Mais que ferait l’UE face à une répétition de la grande crise 2008 ? Le sujet étrangement absent de la campagne des Européennes
01.
Mondialisation, libre-échange et made in France : l’étrange confusion opérée par François-Xavier Bellamy
02.
La bombe juridique qui se cache derrière la décision de la Cour d’appel de Paris de sauver Vincent Lambert
03.
Des experts estiment dans un nouveau scénario que la hausse du niveau des océans pourrait dépasser deux mètres d'ici 2100
04.
Vidéo de Vincent Lambert : son épouse va porter plainte
05.
LREM, UDI, LR ou abstention ? Petit guide pour ceux qui voudraient (vraiment) voter libéral aux Européennes…
06.
L'arrêt des soins de Vincent Lambert a débuté
Commentaires (11)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
vangog
- 19/11/2013 - 23:07
Quand les maires socialistes rencontrent l'absurdité
de toute politique socialiste!
On pourrait leur dire:
Qu'ils assument leurs choix idéologiques, tant pis pour eux..."
Mais malheureusement, ce sont encore les citoyens qui trinqueront pour ces mauvais choix...
zebulon54
- 19/11/2013 - 19:04
Une simple question.
Il en est où l'institut public promis par le locataire de l'Elysée lors de sa visite à Florange?
fentreti
- 19/11/2013 - 18:36
à pidmerd
Vous avez raison , en 5 ans le rond point près de chez moi à été refait 3 fois c'est pas se foutre de la gu..e du monde ça ?