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L'objectif du gouvernement Abe est de tendre vers une croissance voisine de 2%.
Recette japonaise

Des nouvelles des Abenomics : faut-il s'inquiéter du ralentissement de la croissance japonaise ?

Publié le 22 novembre 2013
Alors que la croissance de l'économie japonaise s'est nourrie de la politique monétaire de la banque centrale du pays, celle-ci semble ralentir.
Philippe Waechter est directeur des études économiques chez Natixis Asset Management.Ses thèmes de prédilection sont l'analyse du cycle économique, le comportement des banques centrales, l'emploi, et le marché des changes et des flux...
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Philippe Waechter et Nicolas Goetzmann
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Alors que la croissance de l'économie japonaise s'est nourrie de la politique monétaire de la banque centrale du pays, celle-ci semble ralentir.

Atlantico : Oscillant autour de 4% entre avril et juin (en taux annualisé), la croissance japonaise n’atteindrait, en glissement trimestriel, désormais qu’1,9% entre juin et septembre, notamment à cause d’une baisse conjuguée de la demande intérieure et de l’exportation de certains biens. Faut-il voir l’échec de la politique japonaise dite des « Abenomics » - du nom de Shinzo Abe, l'actuel Premier ministre japonais - ou n’est-ce qu’un ralentissement structurel ?

Philippe Waechter : Il est bien trop tôt pour juger de l'échec de la politique menée par Shinzo Abe. En l'occurrence, c'est le chiffre de 4% du deuxième trimestre qui était excessif et bien au-delà de la tendance de long terme de l'économie japonaise.

L'objectif du gouvernement Abe est de tendre vers une croissance voisine de 2%, il n'y a donc pas d'inquiétude particulière à voir la progression revenir sur ce niveau.

Quand on regarde les contributions à la croissance, on note que les ingrédients de la stratégie d'Abe sont toujours là, notamment l'investissement public qui progresse de 6.5% (28.7% en taux annualisé) après déjà 4.8% au trimestre précédent (20.6% en taux annualisé).

La stratégie du gouvernement est de recaler l'économie sur une trajectoire de 2% à moyen terme. Il utilise à court terme une politique monétaire très accommodante et une politique budgétaire volontariste. Ces deux points n'ont pas changé mais l'économie ne va pas se transformer en quelques mois seulement.

Dans le détail, on ne peut pas exclure que la fragilité des exportations soit liée à l'inquiétude qu'il y a eu au cours de l'été dans de nombreux pays émergents après l'annonce d'un éventuel changement de politique monétaire aux USA. Cela est surement conjoncturel.

En revanche je serai beaucoup plus attentif à la consommation des ménages. Non pas sur ce chiffre spécifique du 3ème trimestre mais parce que les indicateurs de confiance qui s'étaient franchement améliorés avec l'arrivée d'Abe à la fin 2012 sont en train de s'inverser. Les ménages sont plus inquiets désormais sur leur pouvoir d'achat car ils observent une hausse de l'inflation sans que leur salaire suive le même chemin. En d'autres termes ils ont le sentiment d'être contraint et de subir l'ajustement.

Par ailleurs, le gouvernement japonais a prévu une augmentation prochaine (avril 2014) de la TVA de 5 à 8%. Faut-il voir là une menace supplémentaire, si ce n’est plus importante ?

Philippe Waechter : C'est le point important des prochains mois. Shinzo Abe souhaite caler la trajectoire de l'économie sur une trajectoire de 2% de croissance afin de permettre à terme un rééquilibrage des comptes publics. Des mesures structurelles doivent être annoncées, notamment sur le marché du travail, sur les femmes sur ce marché du travail, sur l'immigration, pour permettre à l'économie de converger vers cette trajectoire de 2%.

Le rééquilibrage des finances publiques passera à partir d'avril prochain, début de l'année fiscale, par une hausse de la TVA. Deux axes de réflexions à avoir. En 1997 la hausse de 3 à 5% de la TVA avait eu un effet déprimant et emporté le Japon en récession. C'est une crainte que l'on peut avoir aujourd'hui. D'autant que, et c'est la deuxième remarque, les ménages ont une perception plus négative de leur environnement comme je le notais plus haut. Il y a donc une incertitude forte sur cette question. C'est un pari du gouvernement.

D'ici à avril la consommation se portera bien puisqu'il y aura, comme c'est le cas lors d'annonce de hausse de TVA, une augmentation de la consommation. Les ménages préfèrent acheter avant que les prix ne subissent la hausse du taux d'imposition indirecte. On peut aussi espérer avoir des annonces plus précises sur les réformes structurelles et l'on aura le maintien des investissements publics afin de bien indiquer que le gouvernement souhaite un impact temporaire de cette mesure.

La dette japonaise, qui s’élève tout de même à 245% du PIB, est-elle soutenable dans de telles conditions ?

Philippe Waechter : La dette japonaise est très majoritairement détenue par les japonais et la banque du Japon et les taux d'intérêt réels sont désormais négatifs puisque le taux à 10 ans est à 0.6% et l'inflation à 1%. En outre l'effet "boule de neige" de la dette ne joue pas car le taux de croissance nominal (2.3% sur un an au troisième trimestre) est bien supérieur au taux d'intérêt nominal. Le rééquilibrage recettes-dépenses souhaité par Abe dans la durée permettra de réduire progressivement ce déséquilibre qui spontanément ne pose pas de problème majeur.

Ce 21 novembre dernier, Haruhiko Kuroda, le gouverneur de la Banque du Japon, a annoncé qu'il allait continuer sa politique ultra-accomodante. Quelle impact auront ces déclarations sur l'économie japonaise et sur les marchés ?

Nicolas Goetzmann : Après le décollage de l’économie japonaise des deux premiers trimestres, la vitesse de croisière voulue par Shinzo Abe est atteinte à 2.00%. Les récentes inquiétudes résultaient de la confirmation de la hausse de la sales tax pour avril prochain. Une hausse de 60% du taux, de 5 à 8%, était justement perçue comme une promesse de ralentissement de la croissance. La décision de la Bank Of Japan de ce 21 novembre vient contrer cette inquiétude. En relevant de plus de 10% le soutien monétaire mensuel, la banque centrale vient en effet neutraliser ce qui n'est aujourd'hui qu'une prévision. Le but est surtout de donner un signal au marché, une indication que l'institution ne va pas laisser la hausse fiscale venir saboter le programme monétaire. Il reste que le gouverneur Kuroda devra encore intervenir l'année prochaine pour tenir la promesse qu'il fait aujourd'hui.

La hausse de la sales tax est en effet un écueil suffisamment important qui nécessitera d'être neutralisé totalement si Shinzo Abe ne veut pas voir son projet s'effondrer. La BOJ semble bien l'avoir compris et le démontre avec cette décision.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Bonaventure

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