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De "Plus belle la vie" à "Mad Men", quels sont les mécanismes qui rendent accro aux séries télévisées ?

Publié le 16 novembre 2013
Aurélie Blot décrypte des séries télévisées à travers leurs héros les plus emblématiques afin de mieux comprendre comment les producteurs rendent les spectateurs accros à Monica, Dexter, Lynette Scavo ou à Dr House. Extrait de "Héros en séries... Et si c'était nous ?" (1/2)
Spécialiste de civilisation américaine contemporaine, Aurélie Blot est l'auteur de 50 ans de sitcoms américaines décryptées : de "I Love Lucy" à "Desperate Housewives".
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Spécialiste de civilisation américaine contemporaine, Aurélie Blot est l'auteur de 50 ans de sitcoms américaines décryptées : de "I Love Lucy" à "Desperate Housewives".
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Aurélie Blot décrypte des séries télévisées à travers leurs héros les plus emblématiques afin de mieux comprendre comment les producteurs rendent les spectateurs accros à Monica, Dexter, Lynette Scavo ou à Dr House. Extrait de "Héros en séries... Et si c'était nous ?" (1/2)

À la fin des années 1990, alors que le succès de Friends bat son plein aux États-Unis, un phénomène curieux s’empare des salons de coiffure. De plus en plus de jeunes femmes demandent la « coupe Rachel », ce dégradé légèrement gonflé qu’arbore dans la série le personnage de Rachel Green joué par Jennifer Aniston. Incontournable effet de mode, la nouvelle coiffure de la jeune femme devient culte jusqu’à envahir les rues de toutes les grandes villes américaines. Élue meilleure coiffure de l’année de 1995 à 2001 aux États-Unis, la coupe Rachel serait selon les médias « la coupe de cheveux la plus influente de tous les temps ». Elle a d’ailleurs traversé les frontières puisqu’elle fut également arborée par de nombreuses Françaises. Cette anecdote qui peut faire sourire en dit long sur l’influence des séries dans notre quotidien.

La coupe Rachel marquera les prémices d’un phénomène dont la mode vestimentaire va très vite s’emparer. Les grandes marques vont se féliciter de l’engouement des téléspectatrices pour certaines séries, tels les créateurs de chaussures de luxe Jimmy Choo et Manolo Blahnik qui, on l’a vu, doivent beaucoup au succès de Sex and the City et au déhanché de Sarah Jessica Parker. Depuis 2004, les vêtements de grandes marques portés par les actrices de Desperate Housewives sont répertoriés et mis en vente sur le site Internet SeenON! de ABC. Avec ce site, la chaîne ABC dévoile un but commercial à peine caché, les marques et les prix de l’ensemble des articles étant stipulés. Cependant, seules quelques admiratrices de la série particulièrement fortunées pourraient s’offrir les tenues de Bree Van de Kamp ou Gabrielle Solis.

Il semblerait que, plus qu’un site commercial, SeenON! permette surtout de prolonger le rêve, comme on rêve devant la vitrine d’un magasin.

Plus récemment, c’est Mad Men qui s’est invitée dans nos garde-robes. Cette série qui a pour cadre le New York des années 1960 a remis au goût du jour les jupes crayons, les talons aiguilles et autres accessoires vintage. Les hommes ne sont pas en reste puisque le costume et la chevelure gominée façon Don Draper font également leur petit effet sur les podiums et dans les pages des magazines. De nombreux ouvrages ont été publiés pour plébisciter le lifestyle Mad Men, et des articles dans la presse féminine ont mis en avant le personnage de la belle Joan Harris pour appeler à un retour aux rondeurs féminines assumées.

La mode se voulant éphémère, les références vestimentaires aux séries changent au fil des saisons. Ces derniers mois, c’est Girls qui a remporté un vif succès. Pour ressembler à son personnage favori de la série, un seul mot d’ordre : s’assumer telle que l’on est.

Cette technique de rapprochement induit une volonté des réalisateurs de séries de brouiller la frontière entre la réalité et la fiction. Nous l’avons vu, les personnages nous accompagnent au quotidien à travers des expressions, des gestes ou encore des réactions que nous allons reproduire. Alors qu’il y a encore quelques années nous prenions pour exemples les acteurs de cinéma, il semble qu’aujourd’hui les personnages de séries aient la part belle. Qu’on le veuille ou non, notre monde est empli de références « sérielles » visuelles et langagières.

De même, il est rare que lors d’une soirée entre amis les séries ne soient pas évoquées. Désormais, il y a toujours un moment où quelqu’un demande : « Quelle série regardez-vous en ce moment? », « Tu as vu le dernier épisode de Dexter ? »… Ou s’insurge : « Comment? Tu ne regardes pas Dr House! »

Tous ces phénomènes révèlent l’emprise des séries télévisées sur notre quotidien : nous parlons des séries parce que nous les aimons, parce que cela nous intéresse, mais aussi et surtout parce que c’est fédérateur. Elles participent à notre socialisation. Regarder une série, c’est communiquer, échanger, converser, partager. Les nombreux forums qui leur sont dédiés en sont l’exemple le plus probant : les téléspectateurs s’expriment tour à tour sur une intrigue ou la réaction d’un personnage, permettant ainsi à la série de persister dans le temps, en dehors de sa diffusion. En somme dans notre réalité.

C’est le cas de Plus belle la vie, qui tient en haleine près de cinq millions de téléspectateurs chaque soir depuis 2004. Une longévité que la série française doit à sa simultanéité avec le quotidien des téléspectateurs. En faisant évoluer les personnages au même rythme que nous et en suivant l’actualité au jour le jour, les scénaristes créent un sentiment de cohésion très fort, les personnages devenant des compagnons de vie. Le mariage gay entre Thomas, le serveur du Mistral, et Gabriel, le médecin, qui a eu lieu le 12 juillet 2013, illustre particulièrement ce procédé. L’intrigue faisant écho à l’actualité puisque le lendemain du tournage de l’épisode se célébrait à Montpellier le premier mariage gay, bien réel celui-ci. Une fois de plus, Plus belle la vie laisse filtrer l’actualité pour le plus grand bonheur de ses téléspectateurs. En prétendant vivre notre quotidien, les personnages nous apparaissent plus réalistes encore. Une proximité avec les héros entretenue par les producteurs et France 3 grâce à des forums sur lesquels les téléspectateurs peuvent converser non pas avec les acteurs mais avec les personnages ! Ainsi, ce n’est pas à Anne Décis que nous nous adressons mais à Luna Torres, cette jeune femme qui nous fait rire et nous émeut parfois, à l’instar d’une amie. Ce brouillage des repères entre fiction et réalité engendre un lien solide et induit une véritable addiction du téléspectateur envers la série. Aussi parce qu’ils se nourrissent de nos émotions pour étoffer leur personnalité et parce que nous reproduisons inconsciemment leurs réactions dans notre quotidien, quand nous ne nous en inspirons pas. Et qu’on le nomme identification, connexion, attachement ou projection, ce phénomène nous rappelle chaque jour un peu plus que ces personnages ne sont ni plus ni moins qu’une représentation de notre humanité. Parce que, au fond, ces héros, c’est nous.

Extrait de "Héros en séries... Et si c'était nous ?", Aurélie Blot (Plon Editions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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sam75
- 17/11/2013 - 09:22
Plus belle la vie
Etre accro de cette daube bien pensante et nullissime, il faut etre un peu limite du bulbe.
Septentrionale
- 16/11/2013 - 20:03
En rupture de ce qui se fait,
souvent tendues psychologiquement, avec art,
Les séries sur Arte
tubixray
- 16/11/2013 - 19:01
sous produit bas de gamme
Avis très personnel mais pour moi une série télé est un sous produit du cinéma au même titre que la techno ou le rap est un sous produit de la musique.
Bon allez j'ai déjà regardé plusieurs épisodes de: Mr Bean, Dr House, les comptes de la crypte...