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Vol de la Joconde : comment le tableau fut retrouvé deux ans après

Publié le 06 octobre 2013
Sacre du printemps et facéties du pétomane, ménagères en lutte contre la vie chère et sommes colossales englouties dans des bals somptueux… : les quatre vingt- sept notices de ce dictionnaire illustre le monde de la Belle Epoque, rendu fascinant par ses évolutions, ses excès et ses contrastes. Extrait de "La France de la Belle Epoque" (2/2).
Jacqueline Lalouette
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Jacqueline Lalouette est professeur d'histoire contemporaine à l'université Lille III.
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Sacre du printemps et facéties du pétomane, ménagères en lutte contre la vie chère et sommes colossales englouties dans des bals somptueux… : les quatre vingt- sept notices de ce dictionnaire illustre le monde de la Belle Epoque, rendu fascinant par ses évolutions, ses excès et ses contrastes. Extrait de "La France de la Belle Epoque" (2/2).

Le 22 août 1911, venus de bonne heure au Louvre pour travailler à leur prochaine composition – une jeune femme se mirant dans le verre protecteur récemment placée sur la Joconde –, le peintre Louis Béroud et le graveur Frédéric Laguillermie constatèrent que le tableau n’était pas à sa place ; interrogés, les gardiens répondirent que l’œuvre se trouvait probablement à l’atelier de photographie. On ne l’y trouva pas. Le préfet de police, Lépine, et le chef de la Sûreté furent prévenus.

Il fallut se rendre à l’évidence : la Joconde avait été volée. Le Louvre fut immédiatement évacué et fermé pour faciliter la recherche d’indices. On retrouva le cadre du tableau, ainsi que le verre protecteur sur lequel fut découverte une empreinte digitale ; on prit, sans résultat, celles de toutes les personnes travaillant dans le musée. L’affaire fit d’autant plus de bruit qu’à diverses reprises la presse avait dénoncé des négligences dans la surveillance du Louvre ; L’Illustration et Paris- Journal promirent une prime à la personne qui permettrait de retrouver la Joconde. L’enquête fut confiée au juge Drioux, qui explora toutes les pistes, y compris les plus improbables.

Un jeune homme, Géry Pierret, qui avait été secrétaire de Guillaume Apollinaire et hébergé par lui, profita de la circonstance pour vendre au Paris- Journal une tête phénicienne qu’il avait dérobée au Louvre, en même temps que d’autres statuettes. Bien sûr, on pensa qu’il pouvait être responsable de la disparition de la Joconde. De Pierret, la police remonta à Apollinaire, qui fut emprisonné pour recel à la Santé du 8 au 12 septembre ; son arrestation scandalisa le monde des lettres. Octave Mirbeau, Rémy de Gourmont, les frères Tharaud… demandèrent son élargissement. Picasso, qui avait acheté à Pierret l’une des statuettes volées, dont il ignorait, semble- t-il, la provenance, fut longuement interrogé. Il apparut enfin que ni Pierret ni aucune personne de sa connaissance n’avait quoi que ce soit à voir avec le vol du tableau.

Le juge Drioux lança de nouvelles investigations ; de fins limiers partirent pour la Belgique et l’Allemagne, à la recherche de supposés trafiquants internationaux ; on soupçonna même Guillaume II d’être responsable de la disparition de Mona Lisa. Les échecs de la police nourrissaient caricatures, plaisanteries et canulars ; Georges Léonnec publia un dessin intitulé « Le clou du Louvre », représentant un groupe de touristes conduits par un guide devant le clou auquel avait été accroché le portrait de la Joconde. Au mois de décembre, l’administration du Louvre se résolut à remplacer le portrait de Mona Lisa par celui de Baldassare Castiglione, de Raphaël. D’avisés commerçants tirèrent un parti publicitaire de la situation : la maison de lingerie Claverie lança un corset « Joconde ». L’énigme de la disparition fut résolue près de deux ans et demi plus tard. Voulant monter une exposition, un antiquaire florentin, Alfredo Geri, publia une annonce pour se porter acquéreur d’œuvres. Ayant reçu une lettre d’un M. Léonard, se disant disposé à lui vendre la Joconde, il prévint le directeur du musée des Offices, Poggi, et tous deux donnèrent rendez- vous à ce vendeur, à Florence, le 10 décembre 1913.

Il s’agissait d’un ouvrier italien, Vincenzo Peruggia, vivant en France. Vitrier-miroitier, il avait travaillé au Louvre lors de la pose des verres protecteurs. Un comble : aucun lien n’avait été établi entre l’empreinte relevée sur la vitre ayant recouvert le tableau et les empreintes de Perugia qui figuraient cependant déjà dans les fichiers de la police. Depuis le vol, la Joconde était restée cachée à Paris, dans la chambre de Perugia, sous son lit. Une tournée triomphale fut organisée pour la Joconde à Florence, Rome et Milan, puis elle fut solennellement restituée à la France le 21 décembre et arriva à la gare de Lyon le 31. En juin 1914, Perrugia fut jugé en Italie, où il acquit une stature de héros national. Il affirma qu’il avait voulu rendre à l’Italie le chef-d’œuvre dérobé par Bonaparte : ignorait- il vraiment que François Ier avait acheté la Joconde à Léonard de Vinci ? Il fut condamné à un an et quinze jours de réclusion, fit appel, vit sa peine réduite à sept mois et huit jours, durée de peu supérieure au temps qu’il avait passé en prison, et fut libéré. Ultérieurement, il raconta qu’il avait volé le tableau parce que Mona Lisa ressemblait à une jeune femme qu’il avait aimée et qui avait disparu dans une avalanche.

Extait de "La France de la Belle Epoque, : Dictionnaire de curiosités", Jacqueline Lalouette, (Editions Tallandier), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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