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Le Tumblr "Je connais un violeur" publie des récits - anonymes - de personnes victimes de viols.
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"Je connais un violeur" : l'incroyable écho du Tumblr qui faisait boule de neige
Publié le 03 octobre 2013
Lancé il y a un mois, le Tumblr "Je connais un violeur" invite les victimes de viol à décrire anonymement leur agresseur pour casser les clichés et sortir de la culpabilité. Plus de 800 témoignages y sont publiés.
Véronique le Goaziou est titulaire d'un DEA de philosophie, d'une licence d'ethnologie et d'un doctorat en Sciences Sociales. Elle a écrit plusieurs articles et essais sur la question du viol en FranceElle est notamment l'auteur de "La violence : Idée...
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Véronique le Goaziou est titulaire d'un DEA de philosophie, d'une licence d'ethnologie et d'un doctorat en Sciences Sociales. Elle a écrit plusieurs articles et essais sur la question du viol en FranceElle est notamment l'auteur de "La violence : Idée...
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Lancé il y a un mois, le Tumblr "Je connais un violeur" invite les victimes de viol à décrire anonymement leur agresseur pour casser les clichés et sortir de la culpabilité. Plus de 800 témoignages y sont publiés.

Atlantico : Le Tumblr « Je connais un violeur », lancé le 30 août dernier et destiné à collecter les témoignages de femmes violées, devient un véritable phénomène. Plus de 800 femmes se sont exprimées en moins d’un mois. Comment explique-t-on le succès de cette interface ?

Véronique Le Goaziou : C’est un espace de parole anonyme, qui vient sans nul doute occuper un espace manquant. Car le premier espace manquant dans le domaine de la violence sexuelle, de la violence tout court d’ailleurs est un espace de parole pour les victimes.  Dans la mesure où les agresseurs sont dans la majorité des proches, les victimes doivent souvent trouver d’autres espaces que celui, justement, des proches.

En matière de violences sexuelles, le voile est en train de se lever. Ce qui masquait ces violences pendant des décennies et des siècles se révèle peu à peu. L’important, pour les victimes, c’est l’expression, pouvoir dire ce qui est arrivé, c’est la première étape du processus de reconstruction.

Le site permet de déconstruire les représentations sur le viol et les violeurs. En présentant le portrait de leurs violeurs, les victimes présentent des pères, des frères, des collègues… Un panel de personnes qui ne correspond pas forcément à l’image du violeur. Les bourreaux font-ils  effectivement le plus souvent partie de l’entourage de la victime ?

Sur les violences sexuelles, il y a beaucoup d’idées reçues en partie fausses. L’image de l’agresseur inconnu, anonyme, qui va agresser une femme adulte, en général à la tombée de la nuit, lorsqu’elle rentre chez elle, il la suit dans le hall d’immeuble et la viole dans l’ascenseur... Cela existe bien sûr, en particulier dans les grandes agglomérations mais ce n’est pas le tout venant des violences sexuelles.

Le viol est ce que j’appelle un crime de proximité, une violence du proche. D’après les enquêtes, dans 8 cas sur 10, la victime connaît son agresseur. Les images mentales collectives que nous avons des violences sexuelles sont donc en partie fausses. Par ailleurs, ce ne sont pas d’abord des femmes adultes qui sont agressées mais des enfants ou des adolescents. Généralement, ils sont les victimes des membres et des proches de leur famille. Toute la difficulté est là. Plus l’agresseur est proche, plus il devient difficile de rapporter le viol. Dans les faits, il est plus facile d’accuser un inconnu.

Par ailleurs, un enfant n’accuse jamais son parent. Lorsqu’il devient un adolescent ou un jeune adulte alors il peut parler, mais souvent après un long chemin, après s’être fait aider éventuellement et lorsqu’il a compris qu’il avait subi une agression… Mais un enfant ne peut pas accuser son bourreau lorsque l’agresseur est son père, son grand-père ou son frère : quelqu’un en qui il avait confiance, qu’il aimait et qui devait le protéger.

Une grande majorité des viols ne sont pas toujours connus ou dénoncés, et les auteurs ne sont pas inquiétés. Ce site permet- ainsi aux victimes de se décharger du lourd poids du silence. Y a-t-il une vraie visée thérapeutique ? Et y-a-t-il en France une loi du silence particulière ?

Non, il n’existe pas de loi du silence particulière en France. Le silence est lié au type de violence, qui n’a pas plus d’impact en France qu’ailleurs.

Je ne sais pas si l’expression d’une souffrance sur ce type de site est à visée thérapeutique, mais elle a valeur de témoignage.

Ce site crée un espace de parole qui permet aux victimes de moins se sentir seules peut-être car elles découvrent qu’un grand nombre d’autres personnes ont subi cette agression. Alors peut-être le tumblr a la vertu de pouvoir légèrement alléger le fardeau de la honte et de la culpabilité.

La teneur émotionnelle de ces témoignages est évidente. Un tel site pourrait servir à dénoncer la réalité du viol et ainsi participer à sa dénonciation en France. Quel constat peut-on dresser en France ? Le viol est-il encore tabou ?

Les violences sexuelles sont encore taboues mais nous vivons un paradoxe. Au fond, nous n’avons jamais autant parlé de cette violence, mais nous restons bloqués. Car finalement, quelle suite peut-il y avoir à l’expression d’une parole ? Que se passe-t-il après le témoignage ? La possibilité de faire passer l’affaire en justice, certes, mais ça ne concerne qu’un nombre très faible de cas. On estime que seuls 10% des viols vont en justice, reste les 90% qui n’y vont pas… Cela pose bien sûr la question de la voie judiciaire. Le parcours judiciaire, il faut le savoir, est un vrai parcours du combattant pour la victime de viol.

Pour autant, je ne dresse pas une critique ou encore moins une accusation du système judiciaire, qui est efficient. Il va poursuivre ou condamner l’auteur de ces actes ou il ne va pas le faire. En fait, l’institution judiciaire peut ne pas reconnaître le statut de victime à une personne qui a été agressée, et ce pour de nombreuses raisons qui peuvent être légitimes du point de vue judiciaire. Mais alors, si ce n’est pas la voie judiciaire, qu’est-ce qui peut aider ces victimes? A mon avis, il manque des lieux d’écoute, d’accompagnement et de prise en charge sociale, matérielle et psychologique. Il y a un grand nombre d’initiatives portées par des associations, mais elles demeurent fragiles, sans réel lieu de centralisation et de régulation. Et la grande difficulté reste de savoir comment adapter l’offre de soutien à une myriade de besoins très spécifiques. En effet, les victimes de violences ont toutes une histoire et un vécu particulier et les violences sexuelles sont diverses et multiples. Dès lors, les lieux de conseil et d’aide que l’on peut ouvrir ne sont pas forcément bien adaptés à la situation concrète des victimes à ce moment-là. Il y a encore beaucoup travail et beaucoup d’améliorations à apporter.

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anakyn
- 03/10/2013 - 15:55
Une grande majorité des viols
ne sont pas dénoncés par les tenants d'une certaine religion, selon laquelle la femme est ravalée au rang de faire valoir, de potiche, ou plus simplement de jouet pour le plus grand plaisir du croyant !
ciceron
- 01/10/2013 - 22:41
Et y-a-t-il en France une loi du silence particulière ?
Le viol est-il encore tabou ?
Faut en avoir du courage pour répondre à de pareilles questions........
Et sinon, on fait quoi ?
La justice serait efficiente et les lieux d'aides ne sont pas adaptés......
Tais toi, baisse la tête, subis ?
Oui, le chemin est encore long..............
Dr PEB
- 01/10/2013 - 17:21
Le pilori, est-ce de la démocratie?
Je ne pense pas que cette solution est la bonne. Sachant que 8 agresseurs sur 10 sont des proches, ce genre de mesure n'apportera qu'une prévention limitée.
C'est une réaction épidermique compréhensible mais le corps social ne peut pas se faire justice tout seul.

L'obligation de suivi socio-judiciaire est, dans la plupart des cas, efficace pour éviter la récidive. Ce qui compte, c'est que la réponse judiciaire soit arrivée rapidement.

Ce genre de liste peut empêcher une réinsertion sociale et professionnelle. Le fait de vivre dans une communauté où on est connu participe à l'évitement de la récidive à travers le contrôle social. Le pire est de laisser les individus livrés à eux-mêmes dans la relégation. Ne leur laisser que le bidonville: la belle affaire!

La démocratie, c'est aussi le respect de l'opacité de tout un chacun malgré tout. En matière délictuelle, la peine doit garder son caractère expiatoire: la dette symbolique réglée, le coupable doit pouvoir retrouver une place. Car les délinquants ressortent toujours un jour...