En direct
Best of
Best of du 4 au 10 mai 2019
En direct
Comptez vous
Pourquoi il y a (presque) autant de pauvres que de méthodes pour mesurer la pauvreté et donc de moyens pour la combattre
Publié le 22 septembre 2013
Combien sont les pauvres ? A chaque publication des chiffres de la pauvreté, la controverse guette. Petite revue des différentes méthodes de mesure.
Julien Damon est professeur associé à Sciences Po, enseignant à HEC et chroniqueur au Échos. Fondateur de la société de conseil Eclairs, il a publié, récemment, Les familles recomposées (PUF, 2012), Intérêt Général : que peut l’entreprise ? (Les Belles...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Julien Damon
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Julien Damon est professeur associé à Sciences Po, enseignant à HEC et chroniqueur au Échos. Fondateur de la société de conseil Eclairs, il a publié, récemment, Les familles recomposées (PUF, 2012), Intérêt Général : que peut l’entreprise ? (Les Belles...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Combien sont les pauvres ? A chaque publication des chiffres de la pauvreté, la controverse guette. Petite revue des différentes méthodes de mesure.

Qui et combien sont les pauvres ? Chaque année voit, à l’annonce des chiffres de la pauvreté par l’INSEE, une série de petites controverses sur les données et les méthodes. Il en va d’ailleurs de même aux Etats-Unis. Les chiffres 2011, pour la France, et les chiffres 2012, pour les Etats-Unis, viennent d’être diffusés, et les mêmes mini-polémiques ont repris de l’ampleur. Tentons d’y voir clair. Au fond le problème attaché à ces discussions, qui sont politiques et techniques, est assez simple : tout dépend des définitions.

Sous un déluge de données et d’approches toujours plus sophistiquées, il est tout de même difficile de se faire, aisément, une idée. La France compte-t-elle près de 9 millions, voire plus de 11 millions de pauvres ? Ce sont des chiffres de la statistique publique nationale et européenne. N’en compte-t-elle aucun ? C’est ce que retiennent les rapports des institutions internationales (Banque mondiale et FMI), il est vrai à partir d’une définition très restrictive, pour les pays riches, de la grande pauvreté. À l’échelle européenne, doit-on compter près du quart des Européens comme des exclus ou pauvres ? Ou 1 %, seulement, d’entre eux ? Les deux thèses peuvent être valablement soutenues, à partir de la même source d’information. Un peu de pédagogie s’impose pour tenter d’y voir clair.

Soulignons d’entrée, à ce sujet de la pauvreté qui a fait et qui continuera à faire couler beaucoup d’encre, qu’aucune définition ne s’impose, ni en France par éventuel consensus des experts, ni dans le débat européen, ni dans les discussions internationales sur les vertus comparées des différentes méthodes. On peut tenter de résumer le fond du débat par une formule. La pauvreté a des dimensions relativement absolues (le dénuement total dans les pays pauvres, comme dans les pays riches). Elle est, dans une large mesure, absolument relative car elle dépend des gens, du moment et de l’environnement.

La pauvreté relève, au moins, de trois possibles dimensions : dans les esprits (des représentations), dans les textes (des normes), dans les poches (des budgets).

  • Des individus s’estiment pauvres ou sont estimés comme étant en situation de pauvreté.
  • Des textes, du doit social et du doit fiscal, délimitent des populations qui peuvent être dites pauvres ou défavorisées.
  • Les ressources des ménages, selon certains seuils établis par les experts, placent les membres d’un ménage en situation de pauvreté.

 

Une autre tripartition, plus technique, spécifie trois approches : « absolues », « relatives », « administratives ». Par symétrie de conventions, on peut également approcher la richesse selon ces trois approches. Le tableau 1. contient une synthèse de ces trois approches.

Richesse et pauvreté en un tableau
(cliquez sur le tableau pour l'agrandir)

Une première approche délimite une pauvreté « absolue » : un seuil de ressources, qui ne varie pas en fonction des évolutions de la richesse, en dessous duquel on est compté comme pauvre. C’est l’option suivie aux Etats-Unis depuis la fin des années 1950. L’idée sous-jacente est de convertir en montant monétaire ce qui est nécessaire pour pouvoir, a minima, se nourrir, se vêtir, habiter. Cette option, absolue, a également été retenue pour le calcul, par les institutions internationales, du nombre de personnes en situation d’extrême pauvreté (disposant quotidiennement de moins de 1,25 dollar de pouvoir d’achat). Symétriquement, une approche absolue de la richesse ne doit pas faire référence à la distribution des revenus et des positions sociales. Une définition, semble-t-il proposée par un membre fondateur de la dynastie Rothschild, pourrait être de vivre des intérêts sur les intérêts de son capital. Mais une approche plus large, par exemple de vivre des seuls intérêts sur son capital, est certainement recevable. L’approche est, toujours, conventionnelle.

Un deuxième genre porte sur la pauvreté « administrative ». Sont pauvres, en France, les personnes qui bénéficient des prestations visant à atténuer la pauvreté (principalement les minima sociaux de type RSA, minimum vieillesse, etc. mais aussi la Couverture Maladie Universelle - CMU). Symétriquement, sont riches les personnes délimitées administrativement comme riches, par exemple lorsqu’elles vivent dans des ménages assujettis à l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF). Le nombre de riches et de pauvres dépend alors, au premier chef, du barème des prestations sociales et de l’ISF. Encore une fois, il y a là une convention dont on peut discuter les fondements et les montants.

Une troisième famille méthodologique s’intéresse à la pauvreté « relative ». Les pauvres vivent avec des revenus et/ou dans des conditions de vie sous un certain seuil défini en fonction de la distribution des revenus et/ou des conditions sociales. Cette famille est la plus nombreuse dans la mesure où l’on peut distinguer trois sous-familles.

  • Dans un premier cas, totalement relatif, on estime que les pauvres sont les 20 % (ou les 10 % les moins riches). Cette définition a les vertus de la simplicité. Elle ne permet cependant pas de mesurer des progrès en matière de diminution du taux de pauvreté puisque, par construction, il est fixe. Symétriquement, pour la richesse, ce sont les 20 % (ou les 10 % les plus aisés).
  • Une deuxième sous-famille, la plus classique maintenant en France et dans l’Union européenne, approche la pauvreté à partir d’un seuil monétaire. Le seuil le plus souvent utilisé est à 60 % de la médiane des niveaux de vie (c’est-à-dire des ressources des ménages provenant de toutes les sources – salaires, prestations, revenus du capital, etc. – dont sont soustraits les impôts). Relevons que ce seuil atteint un niveau élevé : en 2011, 977 euros mensuels pour une personne seule - une somme proche du Smic -, plus de 2 000 euros pour un couple avec deux enfants. Ce seuil de 60 % du revenu médian est discuté, et des experts lui préfèrent des seuils à 50 % ou à 40 % du revenu médian, ceci permettant d’approcher une pauvreté plus réduite mais plus intense. De l’autre côté, ce montant d’environ 1 000 euros comme seuil de pauvreté correspond à ce que les Français, dans certaines enquêtes d’opinion, estiment, en moyenne, comme revenu net an dessous duquel un individu peut être considéré comme pauvre. Il est, en tout cas, important d’avoir à l’esprit que la mesure de la pauvreté monétaire relative est extrêmement sensible au seuil choisi. Avec un seuil à 60 % de la médiane des niveaux de vie, on compte plus de 2 millions d’enfants pauvres (i.e de mineurs vivant dans des ménages sous le seuil de pauvreté. Avec un seuil à 50 % on ne compte que 1 million d’enfants pauvres. Symétriquement, pour saisir la richesse, on pourrait en fixer le seuil à 200 % du niveau de vie médian (soit 3 000 euros par mois pour une personne seule, 6 600 euros pour un couple avec deux enfants). Mais là aussi, tout se discute.
  • Une troisième sous-famille « relative » a trait aux conditions de vie. Une liste de biens et services (nombre de repas avec de la viande, accès à un téléviseur, vacances, sanitaires dans l’habitation, etc.) que l’on estime nécessaire est établie. On mesure la proportion des ménages qui ne disposent pas d’un certain nombre de ces éléments (trois ou quatre parmi neuf). Les personnes composant ces ménages sont dites pauvres en conditions de vie, ou bien en situation de privation matérielle. Bien entendu, rappelons-le encore et encore, tout ceci est conventionnel donc infiniment discutable.
     

Insistant sur les multiples dimensions du phénomène, les innombrables rapports ont abouti à des dizaines d’indicateurs. Le plus commun est celui de la pauvreté monétaire relative. Avec une définition technique assez compliquée. Une orientation très simple – au risque du simplisme – est de dire, simplement, que les pauvres sont les 10 % les moins riches. Naturellement il est difficile de faire baisser alors la proportion de pauvres. Mais il est judicieux d’observer, chaque année, les évolutions positives ou négatives de leurs conditions de vie. Cette optique la simple n’est jamais privilégiée. C’est étrange.

Pour continuer sur ces sujets, on peut renvoyer, autant pour discuter des définitions et s’informer des chiffres, aux deux sites de la statistique publique nationale et européenne : www.insee.fr  ; www.epp.eurostat.ec.europa.eu. Et pour une vision claire des données et des débats, on s’instruira sur l’excellent site de l’Observatoire des inégalités (un Observatoire privé de grande qualité, à la différence des Observatoires publics spécialisés) : www.inegalites.fr

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
02.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
03.
Immobilier : l’idée folle de la mairie de Grenoble pour protéger les locataires mauvais payeurs
04.
La taxe carbone va prendre l’avion, très bonne idée, sauf que ceux qui vont payer ne sont pas ceux que l’on croit
05.
Montée du Brexit Party dans les sondages : Le Royaume-Uni en voie de s'enfoncer dans l'une des plus graves crises politique de son histoire
06.
Semaine à haut risque pour Emmanuel Macron : les trois erreurs qu’il risque de ne pas avoir le temps de corriger
07.
Mondialisation, libre-échange et made in France : l’étrange confusion opérée par François-Xavier Bellamy
01.
Semaine à haut risque pour Emmanuel Macron : les trois erreurs qu’il risque de ne pas avoir le temps de corriger
02.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
03.
Immobilier : l’idée folle de la mairie de Grenoble pour protéger les locataires mauvais payeurs
04.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
05.
Pétition anti-Delon : l’erreur psychologique majeure commise par ceux qui croient que le bonheur serait garanti dans un monde 100% bon sentiment
06.
Le Monde a découvert une nouvelle et grave pathologie : la droitisation des ados !
01.
Appel des personnes en situation de handicap ou familles concernées pour sauver Vincent Lambert d’une mort programmée
02.
Mondialisation, libre-échange et made in France : l’étrange confusion opérée par François-Xavier Bellamy
03.
Pétition anti-Delon : l’erreur psychologique majeure commise par ceux qui croient que le bonheur serait garanti dans un monde 100% bon sentiment
04.
Chômage historiquement bas mais travailleurs pauvres : le match Royaume-Uni / Allemagne
05.
De l'art d'utiliser les morts : et Nathalie Loiseau enrôla Simone Veil dans sa campagne
06.
Emmanuel Macron, l’Europe, le RN et les Gilets jaunes : un cocktail détonnant de vérités et d’erreurs intellectuelles ou politiques majeures
Commentaires (12)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
la saucisse intello
- 23/09/2013 - 13:38
Ah oui, j'oubliais........
Et en plus, souvent ils sont sales et sentent fort ! Yen a même qui bouffent les croûtes des fromages !
la saucisse intello
- 23/09/2013 - 05:28
Et en se mariant entre eux...........
Les pauvres deviennent de plus en plus pauvres. Et comme en général ils sont laids, ils deviennent de plus en plus laids ! C'est une forme de déterminisme trés bien décrite par Delfeil de Ton dans Hara-Kiri au tout début des années 70. Vers la même époque, Sempé (je crois) avait dessiné une planche trés évocatrice : On y voyait un immeuble marqueé "solidarité nationale". Un hélicoptère se posait sur le toit et débarquait de pleins sacs de billets. Puis, à chaque étage, chacun se servait (les plus hauts se gavant le plus comme de bien entendu !). A la fin, un grouillot du rez-de-chaussée sortait et jetait une pièce à un clodo assis devant l'immeuble en disant "tenez, mon brave, dela part de la solidarité nationale" ! Et ça, c'était il y a plus de quarante ans ! Nous n'avons rien inventé !
charlesingalls64
- 22/09/2013 - 20:02
Mais le socialisme n'a d'autre but que la pauvreté pour tous.
Vous pensez vraiment qu'en votant Hollande vous alliez pouvoir vous gaver ? Mais vous rêver. Des gens ont cassé des murs uniquement pour pouvoir bouffer..... Sachant que sur l'échelle de "Loser Premier" on est riche à 4000 euros par mois n'espérez pas être pauvre à moins de 2000. Ça laisse de la marge pour l'INSEE....