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Le luxe, comme le tourisme, fait partie des secteurs où la France tire son épingle du jeu.
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Pourquoi la France est une des championnes de la mondialisation mais n'en profite pas vraiment
Publié le 02 septembre 2013
Pour Pascal Lamy, qui a quitté ce samedi la présidence de l'Organisation mondiale du commerce, la France est une des gagnantes de la mondialisation et dispose de nombreux atouts pour s'imposer dans la compétition économique mondiale.
Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'Ecole militaire de Saint-Cyr Coëtquidan. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus...
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Alexandre Delaigue Delaigue et Sylvie Matelli
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Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'Ecole militaire de Saint-Cyr Coëtquidan. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus...
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Pour Pascal Lamy, qui a quitté ce samedi la présidence de l'Organisation mondiale du commerce, la France est une des gagnantes de la mondialisation et dispose de nombreux atouts pour s'imposer dans la compétition économique mondiale.

Atlantico : Dans une interview accordée au journal Les Echos, Pascal Lamy, qui a quitté la présidence de l'Organisation mondiale du commerce après deux mandats, a déclaré que qu'il n'était "pas d’accord avec l’idée que la France a été une des grandes perdantes de la globalisation". En quoi la France est l'une des championne de la mondialisation ?

Sylvie Matelly : La question des enjeux de la mondialisation dans le cas de la France est une question complexe et même s'il est un peu rapide de qualifier la France de championne de la mondialisation, il est aussi incontestable que notre pays tire assez bien son épingle du jeu. Côté atouts, le premier d'entre eux est probablement le classement de notre pays dans le top 10 des grandes puissances économiques alors que la France reste un tout petit pays en termes de population ou de superficie (en 2011, notre pays produisait 4% des richesses mondiales alors qu'il ne représente que 0,4% de la superficie mondiale et 0,9% de la population...). Le revenu par habitant est également l'un des plus élevé au monde et n'a cessé d'augmenter depuis des décennies. 

C'est également un pays qui attire. Jusqu'en 2008, notre pays était le premier pays pour l'investissement direct étranger sur notre territoire. Les entreprises du monde entier investissaient plus chez nous qu'aux Etats-Unis, créant ou maintenant au passage des centaines de milliers d'emplois qui auraient peut-être disparus sans cette ouverture de notre économie aux capitaux étrangers. Il est difficile de déterminer combien d'emplois crée la mondialisation en France, il y a bien évidemment un problème de définition et de périmètre mais il est communément admis qu'un emploi sur quatre dépend en France directement des investissements étrangers.

Dans le même ordre d'idée, la croissance de nos grandes entreprises est en grande partie réalisées aujourd'hui à l'international. La France dispose encore de deux grands constructeurs automobiles qui restent parmi les leaders mondiaux grâce notamment aux marchés émergents. Et, même s'il est vrai que nombre d'entreprises délocalisent parce que la mondialisation rend cela possible et facile, les retours économiques liés à ces délocalisations restent positifs. Outre les retours directs tels que la meilleure qualification des emplois ou les profits réalisés, il faut aussi penser aux prix de ces produits qui ont diminué tant parce que la concurrence est plus importante que parce que les coûts de production diminuent.

Alexandre Delaigue : Raisonner en termes de "gagnants" ou de "perdants" est déjà mal poser la question. L'économie internationale n'est pas un monde à somme nulle dans lequel l'enrichissement des uns ne peut se faire qu'au détriment des autres ; l'économie française aujourd'hui souffre des difficultés de ses partenaires commerciaux dans la zone euro, et se porterait bien mieux si ces pays voyaient leur situation s'améliorer. Sur le long terme, la croissance française ralentit depuis les années 70, mais c'est le cas dans tous les pays développés ; la France ne se distingue pas de ce point de vue. Les seuls pays qui connaissent une forte croissance depuis cette période sont ceux qui rattrapent les pays riches, comme l'Irlande, la Corée du Sud, ou les pays émergents. En somme, dans l'ère de la mondialisation, la performance française n'est ni bonne ni mauvaise, mais moyenne.

Ce n'est pas ce qu'on pourrait croire en suivant l'actualité, remplie d'usines qui ferment, de glorifications sans nuances de la performance allemande, et de dénonciation de la menace chinoise. Mais c'est une vision biaisée qui ne s'appuie sur rien d'autre que des anecdotes. Quand on observe la totalité de la balance des paiements française, on constate que s'il y a un déficit des échanges de marchandises (le déficit commercial dont on nous rebat régulièrement les oreilles) il y a un excédent dans les services, et que la France est l'un des premiers pays au monde recevant des investissements directs étrangers. Le grand nombre d'entreprises françaises internationalisées et qui réussissent permettent de recevoir des revenus considérables du reste du monde. La France est la première destination touristique au monde, dispose d'une main d'oeuvre qualifiée et productive, d'une position centrale dans une zone euro qui est la première économie mondiale ; voilà les éléments majeurs.

Surtout, il faut arrêter ce mythe consistant à penser que c'est le commerce extérieur qui détermine la prospérité nationale. Nous avons des problèmes, mais ceux-ci sont largement distincts de la question de la "place de la France dans la mondialisation".

Pascal Lamy a également déclaré que "la France a des atouts considérables, mais va devoir faire des choix". Pourquoi malgré ses atouts la France ne profite pas assez de sa place dans la mondialisation ? Le problème est-il un manque de volonté politique ?

Sylvie Matelly : La mondialisation fait souvent peur et là encore pour de bonnes raisons. La désindustrialisation de ces 30 dernières années peut être en grande partie imputée à l'ouverture économique de notre pays et avec elle, ce sont des centaines de milliers d'emplois qui ont disparu, créant un sentiment d'insécurité. Deux idées sont souvent sous-jacentes lorsqu'il est question des choix que doit faire notre pays dans la mondialisation. La première concerne celle de notre "modèle social" qui alourdit le coût du travail le rendant moins compétitif dans une concurrence mondiale exacerbée. Cela ne veut toutefois pas dire qu'il faut y renoncer comme certains le préconisent (ce serait d'autant plus dommage que les pays émergents commencent à comprendre l'intérêt de la protection sociale et que cela se développe aussi chez eux !), cela signifie juste que si le travail est coûteux, il doit être plus productif. La France est de ce point de vue un pays où la productivité est élevée mais le maintien de cette productivité élevée n'est pas (ou plus acquise). Le monde a changé et l'éducation, la formation initiale et tout au long de la vie sont fondamentaux et devront être financés au prix peut-être de la réduction d'autres dépenses...

L'autre concerne l'ouverture de notre pays avec l'idée que nous sommes encore trop prudents voire frileux dans la mondialisation et qu'il faut accélérer les réformes. C'est toutefois une question plus complexe qu'il n'y parait. Dans un monde idéal où tous les pays respectent les règles de la mondialisation, où ces règles sont équitables et permettent l'amélioration de la qualité de vie de tous, il est clair que plus d'ouverture pourrait aussi être source de plus de pouvoir d'achat, de stabilité etc. C'est toutefois loin d'être le cas, et les règles qui régissent la mondialisation sont encore très imparfaites et mal respectées, donnant l'impression d'un processus à géométrie variable suivant les cas et les situations et créant un réel sentiment d'injustice (repensez aux polémiques récentes sur les paradis fiscaux, la délocalisation des bénéfices de certaines grandes entreprises de l'internet)...

Alexandre Delaigue : Les choix auxquels Pascal Lamy fait référence sont d'admettre que certaines activités sont déclinantes, sous l'effet du progrès technologique et de l'évolution des besoins, bien plus que sous l'effet de la concurrence étrangère. Et que plutôt que de chercher à maintenir à grands coups de subventions ces activités, on ferait bien mieux d'améliorer la protection des personnes qui perdent leur emploi et leurs revenus sous l'effet de ces changements, que de chercher à maintenir des activités non productives par pur fétichisme manufacturier. 

La fragmentation des processus productifs fait qu'aujourd'hui, il est très rare qu'un produit provienne en totalité d'un seul pays. Voir l'exemple de l'iPhone ou des avions de ligne. Les services jouent un rôle de plus en plus important dans la valeur des produits. Dès lors, plutôt que d'essayer de tout faire seul, il faut identifier les points forts nationaux et se placer dans les chaînes de valeur, quitte à renoncer à certaines activités. Il n'y a plus par exemple de constructeur automobile de nationalité britannique, mais le secteur automobile se porte bien dans ce pays. 

Tout cela en fait n'a rien de bien compliqué, et est en cours depuis bien longtemps. Ce que nous voyons aujourd'hui est la conséquence de cette adaptation.

Comment la France pourrait mieux tirer parti de sa place dans la mondialisation ? Les efforts à consentir seraient-ils aussi important qu'on nous le présente ?

Sylvie Matelly : Cela dépend de ce que l'on entend par tirer meilleur parti de la mondialisation. Si c'est conserver notre rang mondial en terme de PIB, alors c'est de la croissance économique qu'il nous faut et pour cela une politique d'attractivité forte des investissements étrangers et de soutien des exportations (réduction du coût du travail, dérèglementation, etc.). Si c'est le plein emploi, les recettes sont un peu différentes et même si la croissance reste déterminante, il faut en plus penser qualification de la main-d'oeuvre, développement de pôles d'excellence etc.

Dans les deux cas toutefois, il ne faut pas oublier que la France est un pays prospère aussi parce que la consommation et le pouvoir d'achat y sont élevés, parce que notre patrimoine culturel et historique est unique et attractif, parce que nos infrastructures sont modernes et performantes. Ce sont aussi des atouts à préserver quels que soient les efforts à faire !

Alexandre Delaigue : La première chose à faire à propos de la mondialisation serait de cesser de s'en préoccuper, et de s'occuper de nos vrais problèmes. Depuis trop longtemps, la mondialisation sert de prétexte à deux discours faux sur le thème de la guerre économique. Pour les uns, la "compétition mondiale" nous oblige désormais à faire des efforts pour devenir compétitifs face à la menace des méchants étrangers; en particulier, la mondialisation et la guerre économique mondiale sont utilisées pour rogner le système social.

Ce discours a son contraire : l'idée que tous nos problèmes nous viennent de l'étranger, et que si nous "sortions de la mondialisation" nous pourrions préserver et embellir notre modèle social, et vivre dans une France de paix, d'amour, de retraite précoce, d'emploi à vie et de congés payés. Mais pour prendre un exemple, ce qui met notre système de retraites en difficultés n'est pas la mondialisation, mais l'évolution et le vieillissement de la population, un phénomène purement national.

Ces discours se nourrissent mutuellement et ne facilitent pas les choses. Pour de nombreux salariés, "s'adapter à la mondialisation" est devenu synonyme de baisses de salaires, de flexibilité subie, de chômage, et de pertes d'avantages sociaux. Pour d'autres, elle sert à éviter de se poser les vrais problèmes des grandes entreprises françaises traditionnelles, la hiérarchie pesante et figée par le rang de sortie dans quelques grandes écoles; ou le fait que nous avons bien moins besoin de grandes ambitions et de grands plans que d'adaptations ponctuelles et modestes.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Darina
- 08/09/2013 - 19:55
Pipoconomiste
En voilà un pipoconomiste qui a fait ses preuves :

http://sites.google.com/site/duconoclaste/perles

Mais qui donc décide de ceux qui sont médiatiques et de ceux qui ne le sont pas ?
caribou
- 02/09/2013 - 16:49
Excellent article
Rien n'est jamais parfait, mais il vaut mieux souffrir pour progresser que souffrir stérilement. La mondialisation c'est comme l'immigration: DES SUJETS TRÈS VENDEUR MÉDIATIQUEMENT car complexe à expliquer, les fruits de notre système survivront aux réformes nécessaire... Et tous ces emplois fictif (syndicat, politiques, intellectuel,...) ne seront plus qu'un lointain souvenir.
Oeschterricher
- 02/09/2013 - 14:35
Alexandre Delaigue professeur
Alexandre Delaigue professeur d' economie a St Cyr... hahahaha c' est quoi cette blague ?
L' ecole qui forme les officers perdants de chaque guerre, au service d' un pays qui n'a rien compris a l' economie.

On encadrera la mythique citation de cet article :

"Surtout, il faut arrêter ce mythe consistant à penser que c'est le commerce extérieur qui détermine la prospérité nationale."

Fermez le ban !
Surtout ne faisons pas comme les Allemands, ni les Suisses !