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© REUTERS/Vincent Kessler
Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, refait parler de lui à l'occasion de la Fête de la rose
© REUTERS/Vincent Kessler
Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, refait parler de lui à l'occasion de la Fête de la rose
Coucou, c'est moi

Fête de la rose : Arnaud Montebourg, le ministre du rapport de force permanent

Publié le 18 août 2013
Habitué des opérations de communication explosives, Arnaud Montebourg mène avec le gouvernement dont il fait partie une stratégie politique du "dedans, dehors". Si celle-ci fait résolument du bruit, la question de l'efficacité de ces méthodes reste sujette à débat.
Jean-Luc Mano et Thomas Guénolé
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Habitué des opérations de communication explosives, Arnaud Montebourg mène avec le gouvernement dont il fait partie une stratégie politique du "dedans, dehors". Si celle-ci fait résolument du bruit, la question de l'efficacité de ces méthodes reste sujette à débat.

Atlantico : Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, refait parler de lui à l'occasion de la Fête de la rose : la fédération socialiste de Saône-et-Loire a commandé à l’entreprise bretonne Armor Lux 400 marinières pour l’occasion. Bien que membre du PS depuis 1985, le ministre apparaît comme un allié à double tranchant pour François Hollande et son Premier ministre. A quoi sert-il concrètement au sein du gouvernement ? Quel rôle joue-t-il pour que ses saillies et ses frasques ne lui vaillent pas d'être remercié ?

Thomas Guénolé : François Hollande, tout comme Nicolas Sarkozy avant lui, recherche le rassemblement le plus large de son camp dans la composition du gouvernement. Or, sur la base de son score lors de la primaire socialiste de 2011, Arnaud Montebourg pèse 17% de l’électorat socialiste. Sa présence au gouvernement est donc indispensable à François Hollande. De surcroît, s’il n’était pas là, il n’y aurait pas dans l’attelage gouvernemental d’expression de l’aile gauche du PS sur les questions de politique économique.

À titre personnel, que rapporte à Arnaud Montebourg cette stratégie du "dedans-dehors" avec le gouvernement ? Quel gain politique peut-il en tirer ? Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

Thomas Guénolé : Le duel pour l’après-Hollande a déjà commencé. Ce duel oppose Manuel Valls, sur une ligne social-démocrate, à Arnaud Montebourg, sur une ligne socialiste. Tous deux s’efforcent donc de tirer leur épingle du jeu gouvernemental en faisant régulièrement entendre leur différence. Tandis que Manuel Valls mise sur le thème de l’ordre républicain en flirtant avec le discours de la droite sécuritaire, Arnaud Montebourg, lui, mise sur le thème de la réindustrialisation en flirtant avec le discours de Jean-Luc Mélenchon. Tous deux consolident un positionnement pour l’avenir : Manuel Valls sur l’aile droite de l’électorat socialiste, Arnaud Montebourg sur son aile gauche. Pour ne pas perdre du terrain face à Manuel Valls en vue de l’après-Hollande, Arnaud Montebourg est donc condamné comme lui à ce jeu des « sorties de route » répétées.

Pour son dernier coup de com', Arnaud Montebourg s'est littéralement approprié la Fête de la rose. Quelle dimension stratégique a cette opération ? 

Jean-Luc Mano : Indiscutablement, Arnaud Montebourg s’est approprié cette fête. Il y a quelque chose d’assez mitterrandien dans ce rituel – car c’est un rituel. Cela fait énormément penser au pèlerinage de Latché, dans un genre différent. Le président Mitterrand y emmenait sa garde rapprochée, ses partisans les plus proches et les plus anciens. Et à la fin de cette ascension très symbolique était organisé un déjeuner lors duquel il délivrait à la presse quelques messages. C’est ce que fait aussi Arnaud Montebourg sous une forme différente.

Montebourg croit à la nécessité de repères dans la vie politique. Et de fait, pendant quelques jours, la vie politique tourne autour de cet événement. C’est un peu sa « fête de l’Huma ». C’est son objet, il montre ainsi qu’il existe, qu’il a une puissance relative. Bien qu'au fond, ce soit surtout son score à la primaire qui reste fondateur de sa puissance. Il rappelle qu’il faut compter avec lui, et il a raison, car il a un statut à part au sein du gouvernement, qui lui permet d’exprimer des désaccords profonds tout en restant au gouvernement.

Comment interpréter qu’il invite Claude Bartolone à la Fête de la rose ? Quelle logique cela sert-il et en quoi cet événement lui permet-il de se différencier à l’approche de l’université d’été qui débutera le 23 aout ?

Jean-Luc Mano : Arnaud Montebourg choisit parfois d’élargir son réseau, de montrer qu’il n’est pas isolé parmi les autres cultures politiques. Lorsqu’il invite à la fête d’autres personnalités du parti socialiste, qui ne sont pas exactement de sa mouvance, c’est une façon de donner une indication sur son potentiel développement ou du moins celui de son courant, de ses idées de sa mouvance.

Il utilise aussi la Fête de la rose pour lancer un certain nombre de messages en fonction de l’actualité. Cette fois, il a choisi d'utiliser les marinières pour mettre en avant la défense de la production française. Il envoie ainsi implicitement un message en direction de François Hollande. Le président a choisi de marquer sa première année par des réformes sociétales avec le mariage pour tous, mais lui considère que la bataille se mène autour de l’industrie française, de l’économie et du social. Il continue à marquer une différence, même s’il est bien conscient que l’année qui vient sera plus économique et plus sociale avec la réforme des retraites. Il faut s’attendre à des prises de position sur ces questions.

Cette fête lui permet de ne pas être noyé. Certes, il a une place à part, mais lors de l’université du PS, il coure le risque de n’être qu’un parmi les autres. Les regards seront tournés vers le Premier ministre, les poids lourds du parti. A la Fête de la rose, il est primus inter pares. Nous sortons d’une longue séquence Valls, plutôt droitière. Le jeu politique de Montebourg consiste à créer une séquence plus à gauche avant l’université d’été, de façon à créer une forme d’équilibre et à dynamiser ses troupes.

Maintenant que Delphine Batho a été remerciée, la donne peut-elle changer dans le rapport de force entre Arnaud Montebourg et le duo François Hollande/Jean-Marc Ayrault ?

Thomas Guénolé : Non, car à ce stade, tout indique que vis-à-vis des ministres, François Hollande et Jean-Marc Ayrault sont forts avec les faibles, faibles avec les forts. Objectivement, en termes d’insubordination et d’irrespect envers les supérieurs hiérarchiques, aussi bien Manuel Valls qu’Arnaud Montebourg méritaient davantage le renvoi que Delphine Batho. Pourtant, eux sont toujours là, et pas elle.

L'action ministérielle d'Arnaud Montebourg sert-elle réellement ses idées ? Modifie-t-il concrètement la politique du gouvernement ?

Thomas Guénolé : Il modifie les termes du débat public et du débat à l’intérieur du gouvernement, du seul fait d’en être membre et d’intervenir dans lesdits débats : au même titre d’ailleurs que Christiane Taubira et, dans une moindre mesure, Benoît Hamon. En revanche, visiblement, cette présence est sans impact sur les décisions de l’Elysée et de Matignon. Significativement, au moment de la crise du site industriel de Florange, Arnaud Montebourg a vu sa popularité bondir pour s’être affirmé sur l’idée d’une nationalisation temporaire : puis il a vu cette même popularité se tasser sitôt que le couple exécutif a rejeté son idée. « Vae victis » : ‘‘malheur aux vaincus.’’ Le problème d’Arnaud Montebourg est que concrètement, il n’a aucun levier pour imposer une direction à François Hollande et à Jean-Marc Ayrault. S’il ne veut pas revivre ce type de camouflet, il doit donc créer les conditions d’un rapport de forces favorable. C’est-à-dire : d’une part, constituer à l’Assemblée et au Sénat un réseau de parlementaires du PS explicitement « montebourgistes » ; d’autre part, constituer son propre courant au sein du PS, en particulier au sein de son Conseil national et parmi les élus locaux.

Comment expliquer qu'entre ses opérations de communication Arnaud Montebourg se soit fait si discret ces dernières semaines ?

Jean-Luc Mano : Deux phénomènes se conjuguent. Un phénomène de fond d’abord : les batailles qu’il a entreprises, il les a perdues. La bataille sur l’Europe, la bataille sur l’industrialisation, et dans une large mesure la défense des positions « anti-capitalistes », ou du moins du positionnement contre les patrons, contre les riches, sont des batailles globalement perdues. Lors de plusieurs temps forts, il a perdu ces combats dans des affrontements avec le Premier ministre et le président. Il ne peut pas collectionner les défaites visibles. Donc il ne peut pas être tonitruant sur tous les sujets, car on finirait par penser qu’il parle beaucoup pour rien : sans résultats probants, sans succès.

De plus, il est très performant en termes de communication et il sait parfaitement que la communication doit être faite de séquences, de phases, et qu’on ne peut pas toujours être au même niveau, surtout lorsqu’il est très élevé, sinon il n’y a plus d’effet. Le silence est aussi une manière de communiquer, de dire « ce n’est pas moi qui gouverne, je ne porte pas la responsabilité de tout ce qui est fait et ne fonctionne pas », en étant discret, et en même temps en créant de l’attente de la part de public. Là aussi, c’est très mitterrandien. C’est l’idée selon laquelle il ne faut surtout pas parler trop souvent, il faut se faire relativement rare. Ce conseil vient de Jacques Pilhan, le conseiller de Mitterrand : quand on veut être au « top » on ne parle pas tous les jours.

Deux méthodes de communication se dégagent très clairement : celle de Manuel Valls, qui est plus sarkozienne et celle de Montebourg, qui est mitterrandienne.

Existe-t-il au sein du gouvernement une véritable rivalité Montebourg/Valls ? Selon quelles lignes politiques se définit-elle ?

Jean-Luc Mano : Nécessairement. Ils ont tous deux l'avantage de représenter deux vraies lignes. Il y a un gros marais au PS, qui représente la synthèse hollandaise. Mais cette synthèse se fait sur la base de deux lignes très affirmées : une ligne plus à droite, celle de Valls, et une ligne plus « dure », celle de Montebourg. Plus qu'une rivalité, c'est un combat, un affrontement de lignes politiques. Ce n'est donc pas simplement une rivalité d'images : c'est un affrontement politique de fond, respectable.

Propos recueillis par Julie Mangematin et Jean-Baptiste Bonaventure

 

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Commentaires (11)
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Bruno Cortona
- 19/08/2013 - 02:21
Normal
Un politique assumé est un chef de bande qui contrôle un quartier. Il a pas choisi ce taff pour la sécurité de l'emploi ou bien pour rentrer tt les jours à 17h30 mais pour faire SA loi. Vous êtes neuneu ou quoi chez tico ? Faire sa loi pour etre le meilleur, avoir les plus belles femmes, montres, chemises, bagnoles et se la péter 24/7. Vous espériez quoi ? Qu'il soit normal ? Non, les politiques sont des associaux, pervers manipulateurs et pour certains bien maniaques. Les gens normaux comme vous et moi ne se lèvent pas le matin pour régenter et faire leur flics de cour de récré, eux si. Et comme à l'école ils ont leurs faire valoir, leurs souffre douleur leur bande quoi. Regardez les péter un câble quand un quidam les provoque, dès fois ça sort sur youtube.
piotrpol
- 18/08/2013 - 23:33
Tiens!
Il est de retour celui la aussi tout comme l'autre bouffon de Melangecon. Avec Valls ils font une belle paire des moulins a parole. Braser le vent est leurs spécialité. Tiens deux éoliennes en plus ,deux.
prochain
- 18/08/2013 - 16:14
Redressement productif de la Com ça sent bon l'URSS
Vous allez voir que vous allez voir...la pédagogie socialiste.
Il devrait redresser la production des fonctionnaires
(90 / 1000 habitants Allemagne 50 / 1000) presque deux fois plus nombreux que chez nos adversaires.
Il y a beaucoup plus de travail que chez les autres sans doute.