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Pourquoi les régions productrices de vins sont celles où l'on dénombre le moins d'alcooliques

Publié le 04 août 2013
La France a deux grandes spécialités : son vin et sa capacité à dénigrer le patrimoine national. La loi Evin réunit les deux. Extrait de "Invignez-vous !" (2/2).
Jacques Dupont
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Journaliste au Point, Jacques Dupont est l'auteur de "Choses bues" et "Le guide des vins de Bordeaux", aux éditions Grasset.
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La France a deux grandes spécialités : son vin et sa capacité à dénigrer le patrimoine national. La loi Evin réunit les deux. Extrait de "Invignez-vous !" (2/2).

Le thème de l’impôt, de la taxe, du prix qui ferait reculer la consommation, chère aux gens de l’ANPAA malgré son inefficacité, comme celui de l’interdit au coeur de la loi Evin, n’est donc pas nouveau mais il a trouvé son appui scientifique, sa justification théorique – aujourd’hui encore au coeur de l’argumentaire – avec le démographe Sully Ledermann. En 1956, cet ancien élève d’Alfred Sauvy publie une étude dans laquelle il se propose de mesurer l’état d’intoxication alcoolique d’une population grâce à une loi mathématique, celle de Laplace-Gauss.

Partant du principe (par lui établi) que le nombre d’alcooliques est lié à la consommation moyenne d’une population, il en déduit que : « La proportion des buveurs excessifs paraît croître selon le carré de la consommation moyenne, par tête, de la population à laquelle ils appartiennent. » Conclusion que nous pourrions en tirer : c’est dans le Médoc, en Champagne vineuse, dans la Côte d’Or, à Tain-l’Hermitage où règne Michel Chapoutier, grand déboucheur de flacons pour les gens qu’il aime, dans tous ces endroits où le vin fait partie du quotidien que l’on devrait trouver le plus grand nombre d’ivrognes et de malheureux addicts à l’alcool… On sait bien qu’il n’en est rien, que les régions productrices de vins sont celle où l’on dénombre le moins d’alcooliques… Parce que justement, là où on sait déguster, boire le vin, l’apprécier, on transmet. Il ne joue pas en ces lieux le rôle de béquille sociale mais d’embellisseur de vie. On en jouit, on ne le subit pas. Sully Ledermann, avant d’appliquer sa loi mathématique aux buveurs, aurait sans doute gagné à relire cet avertissement en forme de boutade (douteuse) prononcée par son propre maître Alfred Sauvy : « Une femme est fidèle à son mari. Une autre est infidèle au sien deux fois par semaine. En moyenne, ces deux femmes trompent leur mari une fois par semaine. »

Dit comme cela, au comptoir du café du Commerce, une loi mathématique qui déterminerait le mal de vivre, car c’est bien de cela qu’il s’agit, c’est amusant et presque crédible. Qu’il y a-t-il de plus déshumanisé mais de moins contestable qu’une loi mathématique ? Cela confère un vernis scientifique au discours sur la nécessaire abstinence. Quand on y regarde de plus près la loi de Ledermann semble un peu moins drôle. J’y vois personnellement une approche totalitaire de la société. L’individu dans sa souffrance ou sa joie, tout ce qui constitue son identité, n’existe plus, il se dissout dans la masse, la catégorie, il ne correspond plus qu’à des critères définis par d’autres. L’homme n’avance plus qu’en fonction de cette appartenance à une équation.

C’est ce que Ledermann appelle l’effet « contagion » ou « boule de neige »… J’ai même trouvé chez l’un de ses défenseurs une intéressante comparaison de l’homme avec le mouton ou plus exactement de la femme avec la brebis ! Jugeant de la valeur, cinquante ans après, de la loi de Ledermann, le docteur François Besançon écrit : « Le comportement moutonnier est influençable par la publicité. A l’époque où la télévision pointait la bouteille d’apéritif dans la contre-porte du réfrigérateur, bien des femmes trouvaient naturel d’y loger cette bouteille ; et plus tard de la déboucher pour noyer un chagrin. » D’où la nécessité d’interdire, ce que fit la loi Evin, tout message qui pourrait être interprété comme une incitation à consommer du vin ou d’autres alcools. Le mouton, c’est-à-dire vous, elle, lui et moi, rentre ainsi dans le troupeau, s’éloigne du danger et tend à s’approcher de cette société parfaite, d’où on élimine un par un les risques et les tentations que cette chienne de vie sème sur notre chemin. D’un côté les moutons, la masse, manipulable à l’envi ; de l’autre ceux qui savent, les guident, préviennent, se substituent à leur propre conscience pour leur plus grand bonheur.

Extrait de "Invignez-vous !", Jacques Dupont, (Editions Grasset), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

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Commentaires (5)
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besicles
- 04/08/2013 - 19:44
Pitoyable de mauvaise foi,
Pitoyable de mauvaise foi,
La seule ligne crédible de cet article est l’invitation à acheter un livre, dont je suis assuré qu’il s’agit d’une bien mauvaise piquette : les arguments avancés sont inexistants, dévalorisants, et d’une risible prétention de buveur arrogant.
Vous pouvez idolâtrer le vin, mais ceci ne vous autorise pas à stigmatiser ses victimes, sous prétexte de votre ignorance qui vous fait confondre ivrognes et alcoolodépendants.
Vous-même n’êtes peut-être pas alcoolodépendant (ou pas encore), non à cause d’une prétendue connaissance, retenue, sens de la joie et autre billevesées, que parce que la nature ne l’a pas voulu. Le vaniteux donneur de leçon aura tôt ou tard un accident de la vie, une méchante maladie qu’il n’aura pas choisi. On pourra venir pouffer alors devant votre nullité décrétée ?
La statistique traite les grands nombres. Vous avez des stats détaillées sur vos régions viticoles exemptes d’alcoolisme ? Avec l’indispensable distinction entre alcoolodépendants et « ivrognes » (ce qui n’est pas du tout la même chose) ?
Et le suivi des indigènes qui vont ailleurs ?
Vous êtes le maître de l’éthanol et de ses propriétés ?
jacqueshenry
- 04/08/2013 - 18:45
trois degrés
Mon beau-père qui était négociant en vin avait coutume de dire qu'il y a trois sortes de consommateurs de vin (ou alcool) les buveurs occasionnels, les ivrognes et les alcooliques. Les buveurs occasionnels, selon lui, sont les plus dangereux, les buveurs du vendredi soir qui prennent ensuite le volant, ils ne sont pas habitués à la quotidienneté de l'alcool et le moindre verre les met dans des états ingérables. Il y a ensuite les ivrognes qui boivent par plaisir, ce qui signifie que n'importe quel (quelle) amateur de bon vin est un ivrogne non déclaré, ce plaisir difficilement partagé du vin blanc frais un peu acide quand on vient d'avaler une huitre, vous voyez ce que je veux dire, et si ce vin est trop bon, on a tendance à boire un peu trop, c'est le cas de l'ivrogne. L'ivrogne n'est pas dangereux, il connait ses limites, par opposition à l'alcoolique, l'ex-ivrogne qui a franchi ces limites de la décence et ne boit plus que parce que tout son corps a besoin de sa dose. Moralité: buvez avec modération, restez ivrogne mais évitez de devenir alcoolique ...
pemmore
- 04/08/2013 - 12:22
"Peu mais du bon!" expression ligérienne,
(ligérien de dit des pays de Loire), nous avons ce qu'il nous fait, cabernet d'anjou, côteau du layon, bourgueil, muscadet.
Bien sur que les alcooliques y sont plus rares car la vigne ne pousse que dans les régions heureuses.
Par contre je critique fermement la mode des vins à titrage alcoolique élevé, ce n'est surtout pas un gage de qualité, c'est une astuce pour cacher la misère, au-dessus de 11,5° je n'achète pas.