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Médecins libéraux et du service public, aide-soignants...toute la profession connaît une recrudescence du nombre de suicides.
Mise à mort
Suicide des médecins : silence médiatique sur un massacre programmé du système de santé
Publié le 12 août 2013
Alors que le système hospitalier français, et plus largement le système de la santé, connaît une réforme profonde, le nombre de suicides parmi les professionnels du secteur médical est en pleine explosion. La faute à un harcèlement bureaucratique et à un management d'entreprise qui a déjà fait des ravages, notamment chez France Télécom.
Nicole Delépine ancienne responsable de l'unité de cancérologie pédiatrique de l'hôpital universitaire Raymond Poincaré à Garches( APHP ). Fille de l'un des fondateurs de la Sécurité Sociale, elle a récemment publié La face cachée des...
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Nicole Delépine ancienne responsable de l'unité de cancérologie pédiatrique de l'hôpital universitaire Raymond Poincaré à Garches( APHP ). Fille de l'un des fondateurs de la Sécurité Sociale, elle a récemment publié La face cachée des...
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Alors que le système hospitalier français, et plus largement le système de la santé, connaît une réforme profonde, le nombre de suicides parmi les professionnels du secteur médical est en pleine explosion. La faute à un harcèlement bureaucratique et à un management d'entreprise qui a déjà fait des ravages, notamment chez France Télécom.

Le harcèlement quotidien des personnels de santé

Alertes répétées et à chaque fois silence ! Et le harcèlement des autorités contre le monde médical continue avec chaque jour son flot de mesures vexatoires, diffamatoires et dégradantes pour désespérer un peu plus l’ensemble de la profession. Une visite quotidienne du site Les médecins ne sont pas des pigeons vous convaincra de la gravité du harcèlement subi par les médecins libéraux qui n’a d’égal que le harcèlement des personnels hospitaliers par les restructurations conçues en dehors de tout consensus et réflexions a priori sur conséquences prévisibles avec les personnels concernés et compétents. Les réunions dites de "concertation" ne sont que des simulacres de dialogue et ne consistent qu’à annoncer au personnel désespéré à quelle sauce il sera mangé sans possibilité de refus.

La médecine policière

La bureaucratie représentée par les Agences régionales de santé (ARS) toutes puissantes décide de la vie ou de la mort de tel service ou institution via la délivrance ou non de l’accréditation, soit de l’autorisation de traiter telle ou telle pathologie après des enquêtes, audits et interrogatoires policiers sur vos pratiques, votre obéissance aux recommandations venues d’en haut, les travaux coûteux effectués pour correspondre de nouvelles normes à chaque fois modifiées, bref du harcèlement administratif et autocrate.

Moralité : les suicides et tentatives se multiplient, s’ajoutant aux arrêts de travail pour dépression ou équivalents aggravant la déshumanisation, conséquence de la froideur dans laquelle les personnels victimes de burn out  (épuisement professionnel : on se brûle, on se consume littéralement) se réfugient avant la décompensation finale du suicide. [1]

Le nombre de suicides des médecins trois fois supérieur à celui de la population générale a été dénoncé de nombreuses fois depuis plusieurs années. En 2008 par exemple le Dr Fougeron se suicidait suite à un raté diagnostique. Le président de l’Ordre du Pas-de-Calais se déclarait "non étonné" . Selon lui, 14 % des morts de médecins chaque année sont liés à un suicide contre 4 % dans la population française globale.

Le management à la France Telecom

En 2013, le désastre des restructurations hospitalières s’aggrave, les suicides se multiplient et toujours dans le même silence médiatique. Le patron de la pneumologie de Nevers s’est suicidé le 23 avril 2013, et même le Conseil départemental de l’Ordre des médecins de la Nièvre s’est indigné "du silence des autorités locales, régionales voire nationales et des médias locaux " [2]. Le président, le Dr.  Badoux, insiste dans un courrier d’alerte adressé à Marisol Touraine, au préfet, à l’ARS de Bourgogne et aux instances ordinales. Quelle fut leur réponse à part le bruit assourdissant du silence ? Si elle existe, elle n’a pas inondé les ondes. Le Dr Badoux  a évoqué ce médecin "pilier de la pneumologie", "apprécié de toutes et tous pour sa technicité et sa gentillesse". L’Ordre local "choqué" s’interroge : "Pourquoi une telle indifférence ? La vie des uns et des autres n’a-t-elle pas la même valeur ? Le suicide d’un médecin aurait-il moins d’importance que celui d’un employé de grandes entreprises nationales comme France Telecom ou Renault ? Ce chef de service est revenu à l’hôpital pour mettre sa blouse en cette matinée tragique avant de se taillader les veines et se sectionner la carotide. Qu’on ne nous dise pas qu’il n’y a aucun lien avec le travail quotidien."

Un commentateur de ce drame nous apprend "que la même agence de consulting chargée de restructurer FranceTélécom et EDF avec les conséquences que tout le monde connait... s'occupe depuis les dernières années de restructurer la santé publique". Pas vraiment une surprise vu les conséquences communes, mais l’idée même de la voir embauchée fait frémir …

 

Médecins, aide soignants, infirmiers, personnel ouvrier , même galère , mêmes conséquences : leurs familles ne passeront pas leurs vacances avec eux …

Et l’épidémie chez les médecins se double de celles des paramédicaux chez lesquels les suicides devraient aussi faire la une du 20 heures. Mais, surprise, ils sont également ignorés comme ceux des agriculteurs pendus dans leurs granges victimes de la politique agricole commune (PAC). Dans les six premiers mois de l’année en cours, l’APHP [3], cette célèbre et fière institution d’Ile-de-France, a égalé le nombre de suicides et tentatives de l’année 2012 :" Depuis 2010, avec une accélération en 2012, nous totalisons le triste chiffre de plus de trente suicides ou tentatives de suicide*, toutes catégories confondues, avec sur une période de 5 mois un nombre équivalent à celui (déjà inacceptable) d’une année entière ! " [4].

“Je ne veux plus retourner à Robert Debré. Travail inhumain. Plus la force”. Voilà les quelques mots laissés par Françoise, auxiliaire de puériculture le 22 décembre dernier, avant de mettre fin à ses jours. Depuis, près d’une dizaine d’autres membres du personnel de l’Assistance publique ont imité son geste. Rien que pour 2013, ils sont 9, dont deux ont tenté de se suicider directement sur leur lieu de travail. Le 25 mai 2013, une salariée d’Henri Mondor, âgée de 42 ans, a décidé d’en finir. [5]

L’USAP CGT avait  interpellé la ministre en décembre 2012. A la date du communiqué le 29 mai 2013, "aucune réponse de la ministre, aucune mesure concrète nouvelle à l’APHP, bien que la Directrice Générale nous ait répondu favorablement. De plus les médecins du travail sont de moins en moins nombreux". Est-ce que la mise en place d’une cellule de crise et de soutien psychologique peut effacer les harcèlements quotidiens auxquels sont soumis les personnels ? Ne faut-il pas reconsidérer, comme ce fut fait finalement à France Télécom, le management choisi dans les hôpitaux et la politique de santé actuelle ? Comme le dit si bien ce communiqué : "L’hôpital est devenu une usine de production de soins avec une gestion managériale d’entreprise à la clé. Nous n’avons plus un (e) ministre de la santé mais un (e) ministre à l’économie de la santé ! "

Les médecins infirmiers, ou aide soignants, sont dans le même bateau ivre et victimes des mêmes souffrances, liés aux dysfonctionnements "organisés" dans le but de justifier restructurations de services, fusions d’hôpitaux, suppressions d’emplois utiles avec au passage casse des équipes soudées qui permettaient la joie de vivre malgré la maladie. Pendant que prolifère la bureaucratie hospitalière, les effectifs soignants fondent au lit du patient conduisant l’encadrement à sacrifier leur quotidien au nom du service public. Est -ce que changer les plannings d’un jour à l’autre, annuler des congés prévus, installer la zizanie entre les professionnels améliore le service au patient ? Non, ce type de gestion trop répandu dans les établissements de soin et apprise chez France Télécom le désintègre, entrainant le désarroi des soignants puis le syndrome d’épuisement professionnel (burn out), éloignant du patient et expliquant cette déshumanisation des hôpitaux. Enfin, dans un certain nombre de cas, sans l’aide de médecins du travail trop peu nombreux et pas toujours avertis, toujours absents pour les médecins (sûrement faits de chair et d’os différents des autres hommes), sans l’aide d’une famille attentive qui souvent rattrape le professionnel devenu patient, le pire arrive et l’on s’étonne, pas très longtemps.

Les médecins du travail eux-mêmes ne sont pas à l’abri : Marie-Magdeleine Gressé "a décidé d'en finir pour projeter ces questions taboues du suicide et du harcèlement sur le devant de la scène et dans le débat public ". Médecin du travail, elle travaillait depuis 25 ans à l’association "Alsace santé au travail" et était fortement impliquée dans l'Association d'aide aux victimes de violences psychologiques et de harcèlement moral dans la vie privée ou professionnelle (Avip).

Et ce n’est pas la réponse de l’APHP suite à l’appel au secours des personnels via leurs syndicats qui va améliorer les choses : " 522 000 euros donnés à Ipsos pour un questionnaire imbuvable [6], on s’aperçoit vraiment que l’on ne nous écoute pas. Des audits sont déjà faits régulièrement et cela coûte des fortunes. On ne voit pas bien ce qu’ils vont faire de ce baromètre. Ce n’est pas ça qui va régler le problème”, juge la secrétaire du Comité d’hygiène et de sécurité central de l’Assistance publique.

Elle a raison, chacun comprend et connait  les raisons du désespoir que ne feront pas disparaitre tous les outils éculés du management marchand.

Trop dur, trop douloureux, symptôme d’une société tellement malade qu’elle tue ses professionnels de santé tant en ville qu’à l’hôpital et détruit ses hôpitaux.



[1] « Le suicide d'un médecin ne fera pas la une des journaux comme celui d'un salarié d'une grande entreprise, c'est exact. Mais il en est de même du suicide des commerçants, des agriculteurs qui se pendent dans leur grange, des petits chefs d'entreprise ou artisans... Bref, tout ce qui appartient au monde des travailleurs indépendants ! » autre commentaire de lecteur au suicide du médecin de Nevers.

[2] Le quotidien du médecin : " Suicide d’un pneumologue à l’hôpital de Nevers : l’Ordre dénonce le silence des tutelles" , 15/05/2013

[3] Assistance publique hôpitaux de Paris

[4] Communique de presse  USAP CGT

L’insupportable souffrance au travail : ça suffit !!!

Lundi 25 mai 2013 au soir, une de nos collègues d’Henri Mondor, proche de la CGT, jeune femme de 42 ans à choisi de se suicider.(…) L’USAP CGT par courrier dès décembre 2012 avait  demandé devant cette tragique montée en charge la mise en place d’un observatoire sur les suicides à l’APHP, et alerté la ministre de la santé (…)

[5] www.egora.fr par Sandy Berrebi

[6] Qui devrait être reconduit dans trois ans pour voir les progrès accomplis ….

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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LECANDIDE
- 19/08/2013 - 08:43
@ lejustemilieuestdor
Votre post est lamentable.
Longueur et difficulté des études sont comptés pour zéro dans votre réflexion qui compare allègrement le mercanti avec bac +0 et le médecin spécialiste avec bac +12.
Ensuite on ne voit pas pourquoi quelqu'un qui bosse est un rentier simplement parce qu'il a une grosse patientèle. Un rentier est par définition quelqu'un qui touche des rentes, c'est-à-dire de l'argent sans rien faire.
Votre post est en réalité le symbole de la jalousie du médiocre qui bave d'envie devant, je cite, "golf et voitures allemandes.."
lejustemilieuestdor
- 18/08/2013 - 23:21
Les médecins sont des rentiers "éreintés" par appât du gain
Tout d'abord, après lecture des commentaires, et avant d'apporter ma petite contribution, je souhaite approuver à 100% l'intervention précédente de "ISGA" qui a tapé juste dans ses remarques.
Pour revenir à la problématique des médecins en France, ces derniers sont en réalité des RENTIERS (comme les notaires), contrairement au secteur en libre commerce sans quota à l'installation (la rente est étatique, produite pas le numerus clausus qui induit une pénurie de médecins): bilan, plusieurs semaines d'attente pour obtenir un rdv avec un ophtalmo dont le planning est surchargé (4 patients par h à plus de 40 euros le 1/4 d'h, le tout sur 8 heures/par jour, 5 jours par semaine). BINGO. C'est le loto gagnant à 100%, d'autant plus que le client (pardon, le patient) ne sort qu'un petit euro de sa poche (voire zéro si CMU).
Je suis commerçant et si mes clients étaient remboursés de leur achat par l'état, je peux vous dire qu'il y aurait queue devant ma boutique. Parce que, en ce qui me concerne, les 80 h/semaine, je les fais aussi et souvent, pour des cacahuètes.
Multiplions le nombre de médecins, ils seront moins sous pression, pourront faire 35 h, mais adieu, golf et voitures allemandes..
Fort_Niagara
- 18/08/2013 - 23:07
Auto mécication ?
Alors, vers l'auto médication ?