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En 1984, après ses études, Ioulia Timochenko commença à travailler dans une usine d’armement de sa ville natale.
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Partie de rien, vraiment ? Les mystères de la fortune de Ioulia Timochenko
Publié le 30 juillet 2013
Crimes non élucidés, affaires de sexe et d’argent, anciens espions du KGB : l'enquête de Frank Schumann écorne la figure emblématique de Ioulia Timochenko, ancienne égérie de la révolution orange en Ukraine. Extrait de "La princesse du gaz" (1/2).
Frank Schumann, journaliste de 1978 à 1991 pour un grand quotidien allemand, a créé sa maison d’édition, Ost. Il est l’auteur de plusieurs bestsellers en 2012, dont L’homme qui voulait sauver la RDA.
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Crimes non élucidés, affaires de sexe et d’argent, anciens espions du KGB : l'enquête de Frank Schumann écorne la figure emblématique de Ioulia Timochenko, ancienne égérie de la révolution orange en Ukraine. Extrait de "La princesse du gaz" (1/2).

Mon chauffeur de taxi fait sans aucun doute partie des Ukrainiens qui n’aiment pas particulièrement Timochenko. Peu importe qu’elle ait passé son enfance dans la cour d’un immeuble de Dnipropetrovsk, où habitaient essentiellement des chauffeurs de taxi ; cour d’immeuble où elle prenait des leçons de vie, comme l’ont écrit, avec beaucoup de sensibilité, ses deux biographes, Dimitri Popov et Ilia Milstein. Sa mère, Ludmila Telegina, gérait les courses des taxis employés par l’entreprise locale. « J’ai appris dans l’enfance qu’un sou est un sou et que l’on ne peut compter que sur soi-même », avait révélé Timochenko aux deux journalistes. Une autre leçon de vie est celle du soi-disant code de l’honneur entre copains de la cour de l’immeuble : « Un coup, ça se rend tout de suite. L’attaque est la meilleure défense. On doit toujours se battre même si on n’a aucune chance de gagner. On peut perdre beaucoup en le faisant mais cela permet de garder la face et de conserver ainsi la chance de récupérer un jour ce que l’on a perdu. Celui qui se rend perd tout et pour toujours. »

À dix-sept ans, Ioulia Telegina faisait la connaissance d’Alexandre Timochenko; à dix-huit, ils se mariaient ; à dix-neuf, elle accouchait de sa fille, la fameuse Evguenia. À ce moment-là, elle avait déjà commencé ses études d’ingénieur. On sait peu de choses sur son mari, mais un peu plus sur le père de celui-ci, Genadi Timochenko, un cadre diplômé de l’administration, qui fit autrefois des recherches à l’université de Lviv sur les crimes nazis en Ukraine, pendant l’occupation. Il avait été le premier à déceler le potentiel hors norme de sa belle-fille. Genadi Timochenko appartenait à un véritable clan. Il fréquentait toute la nomenklatura de Dnipropetrovsk : Koutchma, qui deviendrait Président, Lazarenko et Pustowoitenko, les futurs Premiers ministres. Cette situation en vue dans la société soviétique valut quelques privilèges qui permirent d’ajouter un luxe rare au nouveau bonheur : un petit appartement fut attribué au couple Timochenko, pour eux seuls ; ce qui, à l’époque, était inhabituel. En raison de la pénurie terrible de logements en Union soviétique, bien souvent, plusieurs familles devaient partager un même appartement.

En 1984, après ses études, Ioulia Timochenko commença à travailler dans une usine d’armement de sa ville natale. Elle fabriquait des appareils qui mesuraient les ondes. Au dehors, on disait qu’on y fabriquait les réfrigérateurs prisés de la marque « Dniepr » ! Réussir à protéger cette légende, malgré près de 8 000 employés, chapeau ! Concrètement, notre ingénieure diplômée, Ioulia Timochenko, s’occupait de la comptabilité. Et cette jeune femme ambitieuse, cette komsomolka  de milieu modeste, aurait certainement pu devenir membre du Parti communiste de l’Union soviétique, si le Parti n’avait veillé scrupuleusement au respect de ses fondements : les ingénieurs n’étaient plus considérés comme des travailleurs ! C’est ainsi qu’involontairement, le Parti communiste soviétique lui permit de se faire une virginité qu’elle saurait afficher plus tard. Après l’effondrement de l’URSS, elle expliquait fièrement n’avoir jamais été membre du Parti. Elle le martelait comme si elle avait été une résistante et s’était opposée de toutes ses forces à la contrainte.

Au bout de cinq ans, elle quittait l’entreprise, dont l’existence était l’une des raisons pour lesquelles Dnipropetrovsk restait une ville interdite aux étrangers, et créait – la Perestroïka lui en donnant la possibilité – un commerce de location de vidéos. Le beau-père de Timochenko dirigeait – quel hasard ! – la vidéothèque de la région de Dniprope- trovsk. Le business devait été très lucratif. Lorsqu’on s’interroge sur les origines de la fortune de Timochenko, le mystère demeure entier. Elle ne laisse rien filtrer. Mais d’où pouvaient bien provenir les 5 000 premiers roubles qui l’ont conduite à ouvrir son magasin de location de vidéos ? Cela correspondait tout de même au salaire d’un ingénieur pendant deux ans, soit 8 000 dollars. Quand elle dut s’expliquer sur le sujet, elle assura qu’elle avait emprunté cette somme à des amis de son beau-père, sans l’en avertir. La location de vidéos n’était qu’une partie de l’entre- prise, « Le Terminal », qu’elle dirigeait avec son mari. Cette coopérative du Komsomol organisait également des concerts avec des groupes de rock. Gagner de l’argent devint pour Ioulia une drogue. Il fallait en gagner de plus en plus et rien, désormais, ne pourrait l’arrêter dans cette quête fascinante.

 Extrait de  "La princesse du gaz - Espions, amours et corruption : enquête sur Ioulia Timochenko, ex-Premier ministre d'Ukraine" , Frank Schumann, (Editions du moment), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

 

 

 

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Le Lampiste
- 30/07/2013 - 21:58
@Jean Bon: une précision encore, sur les légendes zeurolandaises
un pays proche de l'Europe? Oui, si l’Europe reconnait que sa civilisation est chrétienne, qu'elle doit à Byzance, à Constantinople, Athènes et Rome, mais rien à quiconque d'autre.
Un pays proche de l'Europe, mais alors comme la Russie, qu'il est vain de vouloir dissocier de l'Ukraine en jouant sur les contentieux historiques pourtant encore vifs. Il faut bien comprendre que la plupart des Ukrainiens ont été agacés par l'adoption de l'ukrainien comme seule langue officielle, par la traduction, souvent ridicule, des films russes en ukrainien, que les plaisanteries à ce sujet ne manquent pas, et enfin et surtout que de très nombreux couples sont mixtes, surtout dans les classes
moyennes.
Tout cela finira par s’apaiser beaucoup plus surement que peut s'améliorer la situation réelle d'un zeuroland déboussolé et de plus en plus divisé en pays du nord tournés vers l'Europe continentale et la Russie ou l'Angleterre, et PIGs, dont nous sommes comme nous le constaterons bientôt.
Le "désir d'europe" semble nettement moins violent que ce que l'on voudrait faire croire ici par la méthode Coué habituelle. On passe même pour des ringards, surtout au retour de tourisme à Paris, si "divers".
Le Lampiste
- 30/07/2013 - 15:46
Une Icone douteuse, entre empire gazier et intérêts étrangers?
Et bien entendu, avec 5000 roules et une location de vidéos dans un pays qui n'avait pas de magnétoscopes sauf chez certains riches qui adorent les cadeaux, et paient rarement quelque service, on fait fortune pendant la Perestroïka....
Avec une "coopérative du Komsomol", espèce politico-commerciale alors inconnue là bas. Passons, la désignation peut être imprécise.

Période honnie maintenant, cette fameuse perestroïka, où les gens faisaient du troc sur ce qu'ils avaient réussi à glaner dans un magasin dévalisé dès l'ouverture par ceux qui étaient informés de l'arrivée d'un lot quelconque, pourvu d'avoir quelque chose à troquer...
Période de misère qui n'a plus rien à voir avec l'Ukraine actuelle, certes fragile, mais qui a connu une expansion autour de 8% ces dernières années, liée à la sidérurgie lourde.

Pour en revenir aux contes de fées, plutôt que de s'inquiéter de ce qu'elle a pu gagner il y a un quart de siècle où chacun cherchait à survivre ou à exister en saisissant les opportunités, il est plus intéressant de savoir quels ont été les forces qui l'ont amenée au pouvoir et quels sont ses relations avec l'empire gazier.
Ce qui est tout de même le centre du problème
Le Lampiste
- 30/07/2013 - 14:48
@Jean Bon : etes vous certain...
qu'on est bien informé et qualifiés moralement pour traiter l'Ukraine de "dictature"...?
Je ne nie pas que nous commencions à comprendre ce que peut en être une "Molle"....
Mais je constate que le parti, maintenant microscopique, de Madame Timochenko, a toujours des tentes plantées sur la Place de l'Indépendance, un peu comme la "Concorde" et que ses partisans réclament sa libération depuis le début, à grand renfort de musique et d'annonces sonorisées, sur une bonne centaine de mètres de trottoir de l'avenue principale de Kiev, sans être interdits par la "dictature".
Sans compter les écolos qui avaient planté une tente devant l'entrée du ministère de l'agriculture; et y dormaient...
Et oui, en Ukraine, on peut même porter une écharpe orange sans être embarqué et valsisé... C'est sans doute une dictature, mais alors, il y en a de bien plus hypocrites mais lourdes.