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Une semaine après l'abdication de l'émir du Qatar, le président égyptien Morsi est renversé par l'armée. Etrange coïncidence...
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Ricochets au Moyen-Orient : et si le coup d’Etat militaire en Egypte n’était que la première des conséquences de l’onde de choc déclenchée par l’abdication de l’émir du Qatar ?
Publié le 08 juillet 2013
L'abdication de l'émir du Qatar pourrait être l'élément déclencheur de profonds changements stratégiques et diplomatiques au Moyen-Orient, dont le renversement de Morsi ne serait qu'une première manifestation. La chute des Frères musulmans en Egypte s'apparente à une victoire pour l'Arabie-Saoudite dans sa rivalité avec le Qatar, dont les conséquences sont déjà manifestes sur l'avenir du conflit syrien.
Antoine Basbous est politologue et spécialiste du monde arabe, de l'islam et du terrorisme islamiste. Fondateur et directeur de l'Observatoire des Pays Arabes (OPA), il est également l'auteur de plusieurs ouvrages dont Le tsunami arabe ...
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Antoine Basbous et Ardavan Amir-Aslani
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Antoine Basbous est politologue et spécialiste du monde arabe, de l'islam et du terrorisme islamiste. Fondateur et directeur de l'Observatoire des Pays Arabes (OPA), il est également l'auteur de plusieurs ouvrages dont Le tsunami arabe ...
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L'abdication de l'émir du Qatar pourrait être l'élément déclencheur de profonds changements stratégiques et diplomatiques au Moyen-Orient, dont le renversement de Morsi ne serait qu'une première manifestation. La chute des Frères musulmans en Egypte s'apparente à une victoire pour l'Arabie-Saoudite dans sa rivalité avec le Qatar, dont les conséquences sont déjà manifestes sur l'avenir du conflit syrien.

Atlantico : La semaine dernière, l'émir du Qatar Hamad ben Khalifa al-Thani abdiquait au profit de son fils. Aujourd'hui, le président égyptien Morsi a été destitué. Ces deux événements pourraient-ils être liés ? Si oui, de quelle manière et pour quelles raisons ?

Ardavan Amir Aslani : Le constat d’échec de la politique étrangère aventurière du Qatar est ce qui a motivé, globalement, la décision de l’émir du Qatar. Il n’y a qu’à regarder en Libye où les forces soutenues par le Qatar, minoritaires sur le plan politique mais dotées du soutien financier et logistique du Qatar, menacent aujourd’hui le cœur même des institutions libyennes. D’ailleurs, il n’y a plus d’Etat en Libye du fait des agissements de ces forces soutenues par l’émirat. Concernant la Syrie, on constate que les forces soutenues par le Qatar sont globalement des groupes islamistes, voir islamo-fascistes, dont certains sont répertoriés comme étant des groupes terroristes par les États-Unis à l’exemple du Front al-Nusra ou du mouvement Jabhat al-Nosra. Là aussi, l’action du Qatar est un échec puisque depuis deux ans et demi maintenant, les rebelles ne parviennent pas à obtenir le soutien de la communauté internationale en raison des accointances des mouvements islamistes avec le terrorisme. Quant à l'Égypte, le pouvoir est caractérisé par le profond soutien que lui apporte le Qatar, qui a participé à hauteur de 8 milliards de dollars au maintien de la stabilité monétaire du pays. Rappelons que le Qatar a soutenu les Frères musulmans avant même leur arrivée au pouvoir, et qu’il fut l’un des rares pays à tarder à saluer le peuple égyptien du fait d’avoir renversé Morsi.

Le seul constat que l’on puisse faire de cette politique étrangère aventurière du Qatar est donc celui de l’échec. Un changement était donc nécessaire afin de pouvoir libérer l’avenir du Qatar du poids de son action passée. Par ailleurs, il s’agissait avant tout d’éviter la chute de la famille royale du Qatar, détestée par les familles royales des autres pétromonarchies, en même temps que celle de l’ensemble des hommes politiques arabes que l’émirat soutenait. Ce changement vise également à apaiser les relations avec ses voisins du golfe Persique qui ont littéralement ostracisé le Qatar. Je prédis donc un retrait du Qatar de la scène internationale par la petite porte afin d’adopter, dès à présent, une politique silencieuse et d’endormissement.

Antoine Basbous : Les deux processus sont à dissocier l’un de l’autre. Pour ce qui est du Qatar, il est important de rappeler que l’émir a volontairement laissé le pouvoir à son fils alors que lui-même avait fomenté une révolution de palais contre son père afin de s’emparer du pouvoir. Hamad ben Khalifa al-Thani a simplement jugé qu’il avait fait son temps, ayant construit quelque chose de solide dont il était fier. Des soucis de santé seraient également à l’origine de cette décision. En Egypte, les choses sont complètement différentes. Les manifestations populaires qui ont eu lieu, les plus massives de l’histoire du pays, ont réclamé haut et fort le départ du président. On a pu réentendre à l’occasion le fameux « Dégage, dégage !» que la foule scandait déjà pour réclamer le départ de Moubarak. La foule réunie ces derniers jours au Caire était même plus nombreuse que celle réunie pour les funérailles de Nasser !

L’alliance entre l'Égypte des Frères musulmans et le Qatar d’Hamad ben Khalifa al -Thani et de son fils est le seul lien que l’on pourrait faire entre les deux évènements. Les Saoudiens et les Emiriens sont aujourd’hui à la fête car ils détestent les Frères musulmans qui viennent d’être défaits dans leur berceau même. Cette hostilité est telle que les Emirats arabes ont accueilli l’ancien Premier ministre et candidat à la présidentielle égyptienne de 2012, Ahmed Chafiq, qui a perdu au deuxième tour face à Mohamed Morsi.

Ces deux changements politiques préfigurent-ils des changements stratégiques et diplomatiques profonds pour le Moyen-Orient ?

Ardavan Amir Aslani : Je crois que nous sommes partis aujourd’hui pour une longue période d’incertitude. Mohamed Morsi a tout de même été le premier président démocratiquement élu de toute l’histoire de l'Égypte. Le coup d’Etat militaire de l’armée, parce que cela en est un, n’a pas respecté la voix des Égyptiens qui ont soutenu et voté majoritairement pour le candidat Morsi l’année dernière. L’image véhiculée par l’évènement dans le monde arabe est la suivante : la démocratie est possible mais à la seule condition que le candidat au pouvoir convienne bien à l’Occident, et aux États-Unis en particulier. Tout le monde connaît la relation intime qui existe entre les États-Unis et l’armée égyptienne, qui est le deuxième récipiendaire d’aide militaire des Américains dans la région après Israël. Ce que l’on retiendra, c’est que le changement dans le monde arabe est possible, mais à la seule condition que l’Islam politique en soit exclu. Tout ceci révèle au final l’échec de l’islam politique sunnite dans le monde arabe, faisant ainsi le jeu de l’Iran dont la théocratie continue à demeurer et à fonctionner. A cela s’ajoute le fait que les alliés de l’Iran sont déjà au pouvoir ou sont en train d’arriver au pouvoir dans certains pays de la région. : il n’y a qu’à voir du côté de la Syrie, de l’Iraq avec al-Maliki, du Liban avec le Hezbollah… Je pense que le coup d’Etat égyptien n’aurait jamais pu arriver sans l’accord des États-Unis, qui a donc été donné. Seul reste désormais l’islam politique chiite au pouvoir ce qui aura bien évidemment des conséquences à terme.

Antoine Basbous : Le changement qui compte et qui aura de réelles répercussions à l’échelle régionale est celui qui est en train de survenir en Égypte. Ce changement va réveiller, dans les pays qui ont connu les « tsunamis arabes » et dans lesquels les islamistes sont au pouvoir, des craintes évidentes de la part de ces derniers. En Tunisie, le parti Ennahda risque d’être gagné par la peur de commettre les mêmes erreurs que les Frères musulmans en Egypte. Dans le même temps, les évènements d'Égypte risquent de réveiller dans l’opposition tunisienne une volonté de suivre l’exemple de la rue égyptienne. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les Égyptiens ont repris le flambeau en incarnant les initiateurs de la réplique du « tsunami arabe », initié il y deux ans par la Tunisie. 

La destitution de Morsi, sans qu’aucune résistance n’ait été manifestée, est-elle le signe d’une prise de distance du Qatar à l’égard de ses alliés, les Frères musulmans ? Quelles implications, notamment financières, cela pourrait-il avoir pour la confrérie ?

Antoine Basbous : Le Qatar n’a aucunement décidé de lâcher Morsi. Par ailleurs, si l’émirat s’était engagé du plus qu’il le pouvait au côté de Morsi, qu’aurait-il pu faire ? Rappelons que la population nationale du Qatar représente à peine le 1/75ème des habitants du Caire ! Hormis son soutien financier qui a permis de payer les fonctionnaires égyptiens à chaque fin de mois, le Qatar n’aurait pas pu faire grand-chose de plus. Par conséquent, ce qui s’est produit en Égypte n’est que l’échec des Frères musulmans au pouvoir dans le pays. Rappelons tout de même que le Qatar a déjà participé, grâce à son arme de destruction médiatique qu’est Al-Jazeera, à l’éviction de Moubarak et de Tantawi. J’insiste vraiment sur le fait que l’éviction de Morsi résulte de la seule dynamique égyptienne. Les opposants à Morsi ne pouvaient plus supporter ce qu’était devenu leur quotidien : les pénuries, le manque d’électricité, d’eau, de pain, de gaz, d’essence, la hausse du chômage et des prix, la fuite des touristes et des investisseurs étrangers… Ce qui s’est produit devait donc arriver.

L’éviction des Frères musulmans aura incontestablement des répercussions à l’échelle régionale : les monarchies du golfe vont être soulagées, alors que les Émirats arabes unis viennent de condamner plus de 60 Frères musulmans à la prison. Des répercussions seront aussi à noter en Libye où les milices islamistes tiennent le haut du pavé, mais également en Tunisie  et peut-être même au Maroc. En revanche, des pays comme l’Algérie vont être soulagés de voir que l’expérience islamiste a échoué. Les islamistes algériens seront ainsi dans l’incapacité de s’appuyer sur le précédent des islamistes égyptiens pour demander à ce que le pouvoir leur soit confié afin d’améliorer le quotidien de la population algérienne.

Ardavan Amir-Aslani : Je ne pense pas qu’il faille voir en Égypte l’abandon du soutien du Qatar apporté à Morsi. Ce qui s’est passé n’est rien d’autre que la déliquescence de l’Etat égyptien. Cette dernière est à imputer notamment au chef de la police du pays qui a appelé à manifester contre le président élu, qualifiant d’ailleurs les Frères musulmans de "chiens" ; au ministre de la Défense, qui est le chef d’Etat-major de l’armée à l’origine du coup d’Etat ; et plus généralement à tout cet appareil d’Etat encore profondément marqué par l’héritage de Moubarak et par son caractère pro-américain. Dans le même temps, le Qatar a demandé à ce que l’imam sunnite al-Qaradawi, la star d’Al-Jazeera, quitte l’émirat. Il a également été demandé à Khaled Mechaal, chef historique du Hamas, de quitter Doha. On constate donc que le Qatar appuie sur la pédale douce quant à son soutien aux Frères musulmans non pas parce qu’ils ont tout simplement décidé de faire volte-face, mais parce qu’ils ont compris et constaté, comme on l’a vu, que leur politique étrangère est un échec, ayant de surcroit aboutit à leur mise au ban dans leur propre communauté naturelle constituée par les pétromonarchies du golfe Persique. Ces dernières ne supportaient plus ce qu’ils percevaient comme de l’arrogance de la part du Qatar, en particulier l’Arabie-Saoudite. 

Ce revirement de situation en Égypte constitue-t-il une première victoire pour l'Arabie Saoudite, qui soutient les salafistes, dans sa rivalité avec le Qatar ? Quelles pourraient en être les conséquences au sein du monde islamique dans le rapport de force entre salafistes et Frères musulmans ?

Antoine Basbous : Tout d’abord, le Qatar et l’Arabie ne jouent pas exactement dans la même cour même si le Qatar est à l’initiative; son poids et sa place ne sont pas ceux de l’Arabie Saoudite. Par ailleurs l’Arabie Saoudite fait figure de poids lourd, bien que son élite vieillissante s’occupe davantage de ses soucis de santé plutôt que du rayonnement du pays. Il y a  effectivement, à l’échelle régionale, une rivalité très profonde entre les Frères musulmans et les salafistes, mais qui est aujourd’hui masquée par la rivalité entre sunnites et chiites. Deux semaines auparavant, quatre dirigeants égyptiens chiites ont été littéralement lynchés. L’armée et la police qui étaient là n’ont rien fait, laissant ainsi la population les massacrer purement et simplement. La rivalité entre Frères musulmans et salafistes n’est effective que dans des pays où la population est majoritairement sunnite. A l’échelle régionale, c’est davantage le conflit entre sunnites et chiites qui s’impose.

Ardavan Amir-Aslani : L’Arabie-Saoudite n’est pas particulièrement déçue par les évènements qui viennent de se produire, dans la mesure où le pays a soutenu financièrement le deuxième parti islamiste, al-Nur. Il s’agit là d’une entité distincte des Frères musulmans et qui représente près de 20% de l’électorat égyptien. Les Saoudiens étaient surtout gênés par les prises de position des Frères musulmans sur la scène internationale jugées trop indépendantes, notamment sur la question iranienne. Ajoutons à cela le fait que les deux monarchies wahhabites que sont l’Arabie Saoudite et le Qatar ont toutes les deux la prétention à diriger les Lieux saints de l’islam. La crainte de l’Arabie Saoudite était donc que la position du Qatar à travers le monde finisse par lui octroyer le droit de réclamer le titre de gardien des Lieux saints de l’islam. Mais ce qui offusque par-dessus tout l’Arabie Saoudite, c’est que le Qatar a affranchi de la tutelle saoudienne toutes les autres monarchies du golfe Persique qui ont commencé à mener leur propre existence. Il y a encore une vingtaine d’années, aucune de ces pétromonarchies n’osaient prendre une position indépendante de celle de l’Arabie Saoudite sur des dossiers internationaux. Les Saoudiens n’ont donc jamais pardonné aux Qataris d’avoir délié les langues. D’ailleurs la base américaine installée au Qatar n’a pas tant vocation à protéger le Qatar de l’Iran que de protéger le Qatar d’une incursion saoudienne.

Cette rivalité entre l’Arabie Saoudite et le Qatar affecte profondément l’opposition syrienne dans son unité, notamment en ce qui concerne sa branche islamisée. Quel pourrait être l’impact, à terme, de cette rivalité sur l’avenir du conflit syrien qu'Assad prétend déjà terminé (source : Bashar Assad ; it's over, I win - Business Insider) ? 

Antoine Basbous : Il s’agit davantage d’une compétition que d’une rivalité entre les deux pays sur la scène syrienne. Il est évident que le Qatar a désormais donné la main à l’Arabie Saoudite. Cette dernière est maintenant en charge de l’aide et de la structuration de la rébellion, s’engageant ainsi très ouvertement au coté de opposition syrienne. L’avenir nous dira si l’Arabie Saoudite fera mieux que le Qatar. En tout cas, ce dernier a dépensé près de 3 milliards de dollars, sans avoir obtenu de réels résultats dans la conduite du conflit et la victoire de opposition.

Ardavan Amir-Aslani : Nous allons assister, à mon avis, à un « nettoyage »  si j’ose dire parmi les groupes islamistes en Syrie constituant une partie de la rébellion syrienne. Je rappelle d’ailleurs que le président de la République française, lors de son déplacement à Doha, a déclaré que les rebelles devaient régler leurs comptes entre eux. C’est ce qui va se passer parce que le Qatar est sur le point de cesser de financer les groupuscules islamistes. Ceci permettra ainsi aux autres forces en présence au sein de la rébellion de prendre le dessus et de régler les comptes qu’ils souhaitent. C’est ce que je crains pour les semaines et mois à venir : des affrontements intra-rebelles entre la mouvance rebelle laïque anti-Assad et les groupuscules islamistes. Détail intéressant : les rebelles ont finalement tenté de désigner hier un nouveau dirigeant de l’opposition, envoyant ainsi un message positif en direction des Occidentaux afin de pouvoir obtenir des armes. Une désignation qui intervient, comme par hasard, au moment du coup d’Etat égyptien… 

Propos recueillis par Thomas Sila

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jmpbea
- 05/07/2013 - 16:07
chacun ses guerres de religion....
nous avons eu les nôtres, maintenant il faut se libérer des socialistes et ça malheureusement ça ne se règle pas si facilement!
sam75
- 05/07/2013 - 12:44
democratie a geometrie variable
Les occidentaux qui se gargarisent du mot démocratie lorsqu'il s'agit de certains régimes, sont étrangement muets lorsqu'il s'agit de ces monarchies moyen-ageuses d'Arabie Saoudite, des Emirats et de quelques autre paradis de la region. C'est etrange non!!
JP34
- 05/07/2013 - 11:12
Nous devons faire la même
Nous devons faire la même chose que l'EGYPTE, le peuple doit reprendre le pouvoir:


HOLLANDE GO OUT